31/10/20 - 16:21 pm


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Auteur Sujet: La cave aux poupées de Magali Collet Éditions Taurnada  (Lu 1694 fois)

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Hors ligne La Plume Masquée

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Synopsis :

Manon n'est pas une fille comme les autres, ça, elle le sait depuis son plus jeune âge.
En effet, une fille normale ne passe pas ses journées à regarder la vraie vie à la télé.
Une fille normale ne compte pas les jours qui la séparent de la prochaine raclée monumentale…
Mais, par-dessus tout, une fille normale n'aide pas son père à garder une adolescente prisonnière dans la cave de la maison.


Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier Joël des « Éditions Taurnada » pour leur confiance, ainsi que pour l’envoi de ce SP au résumé fort alléchant.
Depuis la disparition de sa mère voici 13 ans, Manon, la vingtaine, vit sous le joug du « père », un homme violent, malsain, nocif, qui n’a de cesse d’assouvir ses pulsions sexuelles perverses.
Très vite, nous comprenons que cette dernière n'est jamais sortie de chez elle. Elle n’a reçue aucune instruction, ne sait ni lire, ni écrire, et a l’âge mental d’une enfant de 12 ans. Seule la télévision lui permet, de temps en temps, quand le « père » part au travail, de connaître « la vraie vie" du dehors.
Son existence se résume donc au ménage et à servir le « père », que ce soit dans la maison, ou dans la cave. Là, en bas des escaliers, le « père » séquestre des jeunes filles dans des cages, « ses poupées », qu'il "utilise" régulièrement, jusqu'à l'épuisement final... pour s'en débarrasser comme un vulgaire meuble.
Manon est chargée de les laver et de les nourrir, mais sans jamais leur parler, afin de ne créer aucune intimité. Il a l’œil, le « père » ; il sait qu’avec des mots, elle pourrait se laisser amadouer.
Des les premières pages, nous voici plongés, happés, enferrés au cœur d’un huis clos terrifiant, glauque et anxiogène. Les questions nous assaillent de toutes parts :
Pourquoi Manon accepte-t-elle cette vie d’asservissement ?
Pourquoi ne cherche-t-elle pas à braver l’autorité parentale ?
Surtout qu’elle a les clés de toutes les portes, que le « père » part toute la semaine au travail en journée...
Va-t'elle finir par se rendre compte qu'elle n'a rien à faire ici et que sa vie pourrait être bien plus belle sans lui ?
Combien de temps Manon tiendra-t-elle, confinée dans cette bâtisse sordide où pleuvent les coups, les injures et les humiliations ?
À moins que, s’occuper des prisonnières lui donne l’impression d’être utile ?
Avec horreur et impuissance, nous nous rendons compte que pour elle, ce sordide quotidien est la norme. Car même si elle a conscience du bien et du mal, que son père est un être abject, qu’il existe une autre façon de vivre... sa « vraie vie » à elle, c’est être là, à assister aux viols et aux meurtres, et à se protéger des coups du « père » ; voire pire, quand « ses poupées » sont indisposés, c’est elle qui est "montée" à son tour...
Mais tout va changer quand la prisonnière du moment va se mettre à lui donner son prénom, à lui parler. Pour la première fois, Manon ne va pas suivre les règles et va être tentée de se livrer et de vouloir l'aider...
Avec elle, de nouveaux liens vont être tissés ; Camille va lui apprendre certaines bases. Mais il ne faut pas que le père l’apprenne... ou Manon recevra les coups si coutumiers...
À ce moment, nous relevons la tête, l’oxygène revient dans nos poumons, et nous nous demandons :
Y-aurait-il un infime espoir ?
Manon peut-elle créer des liens, aimer, décider de passer à autre chose ? Est-elle en capacité de vivre autrement ?
Et puis, elle qui n'a connu que l’enfermement, peut-elle avoir un rapport « normal » aux autres ?
Arrivera-t-elle à sauver Camille, ou continuera-t-elle à obéir aveuglément à son père...
Au fil de ce récit, toutes les émotions nous traversent ; la descente aux abîmes est constante, implacable ; chaque couche découverte nous égratigne un peu plus tant l’atroce, l'horreur, l’inimaginable est présent. Nous nous enfonçons dans les ténèbres d'un huis clos éprouvant, indéfendable, ou la nausée nous tord les tripes à chaque instant.
La plume de l’auteur est incisive, percutante et poignante. L’écriture est précise, très détaillée ; rien ne nous est épargné, ni les sévices, la peur, la douleur, ni les cris, les silences, la résignation...
Quant au style, il est tout à fait en adéquation avec le personnage de Manon. Les phrases tournées bizarrement, les mots peu recherchés, sont tout à fait en accord avec le manque d’éducation de la jeune fille, rajoutant encore une dose de réalisme supplémentaire au roman.
L’emploi de la première personne et également une excellent idée. Ce « je » permet ainsi de se retrouver dans la tête de la jeune fille, au plus près de ses pensées, ses ressentis, ses émotions. L’immersion ainsi que l’empathie envers Manon est donc totale, même si parfois, des sentiments contradictoires nous animent... mon dieu, qu’il m’a été difficile, voire insoutenable parfois, de me mettre à sa place !
Et pour pousser le curseur un peu plus loin, l’auteur a décidé de dépersonnaliser ses personnages : le prénom de notre narratrice nous est donné à postériori, jusqu’à la déshumanisation du « père » par l’absence de son prénom. Seuls subsistent : « Ma Maman », « Le Père », « La fille». L’alternance des retours dans le passé, cet « avant » où la vie de Manon avait un semblant de normalité, renforce chez le lecteur ce sentiment de malaise et d’oppression.
Pour autant, j’ai beaucoup aimé cette plongée au cœur de la psyché humaine dans toutes ses horreurs. Tout au long de ma lecture, je n’ai pas arrêté de me demander si de tels actes pouvaient encore exister à notre époque... et ce que devenaient plus tard, ces filles, une fois libérées d’une telle emprise ?
Comment ne pas haïr ce père tout-puissant capable de cruauté pure, de violence brute, des pires abjections envers la chair de sa chair, celle qu’il devrait protéger de ces ignominies ?
Comment peut-on, de l’autre côté, ne pas ressentir de compassion envers cette jeune fille soumise, mal aimée, dont la seule faute est de reproduire tout ce qu’elle a connu, l’impensable, issu du prisme déformé de ce père déviant ?
Si Manon et le Père sont très présents, Camille parvient elle aussi à prendre sa place au sein de l’intrigue. On attend avidement ses apparitions, un peu comme si on reprenait une goulée d’air après une apnée trop longue.

Et cette fin ; bravo à l’auteur pour son imagination... mais je ne vous en dirai pas plus pour ne pas déflorer l’histoire ^^
Vous l’aurez compris, malgré une lecture difficile par le sujet ô combien délicat, ce roman m’a beaucoup plu, tant pour l’histoire, que par le cran de l’auteur pour avoir abordé un tel sujet, encore tabou de nos jours.
Alors si vous aimez les romans coup de poing, de ceux qui vous remuent les entrailles, vous laissant exsangue à la fin de l’histoire.... foncez, vous ne serez pas déçus :pouceenhaut: 
Âmes sensibles s’abstenir ; vous ne sortirez pas indemne d’une telle lecture 😅


Ma note :

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