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Résumé de la discussion

Posté par: Apogon
« le: jeu. 14 mars 2019 à 17:04 »

Aléas Assassins de Justine Obs


Léa



La journée était belle, ensoleillée, les oiseaux chantaient la vie. Léa se surprit à sourire, elle avait passé une de ses tenues préférées, une robe cintrée au niveau de la taille. On eût dit que le vêtement avait été fait sur mesure tant cela la mettait en valeur. Elle se sentait belle et cela constituait l’essentiel en cet instant.
Célibataire et sans enfants, elle s’était résolue à ne jamais fonder de famille. Léa en avait l’habitude, elle, l’enfant de la DDASS. Désormais, cadre dynamique dans les Ressources Humaines, elle vivait sa vie à pleines dents. Entre son travail et ses voyages, son planning était plutôt bien rempli.
Récemment, elle avait été débauchée de son travail pour intégrer une grosse société de BTP dans la région parisienne. Le patron, Monsieur Landy, ayant fortement insisté pour qu’elle rejoigne ses équipes. Au départ, la jeune femme ne comprit pas très bien cet engouement, pour la convaincre, il alla jusqu’à lui proposer une rémunération au double de ce qu’elle percevait, alors elle n’avait pas résisté longtemps.
La vie n’ayant pas été tendre avec Léa, elle prenait cette réussite comme une revanche sur tous ses malheurs.

   Le métro était bondé de monde ce matin-là, la chaleur suffocante et le contact avec des inconnus transpirants à grosses gouttes semblait malheureusement inévitable. Cela lui donna la nausée.
Au bureau, elle avait prévu, en tout début de matinée, un rendez-vous très important à neuf heures. Un licenciement. Cela faisait partie de son lot quotidien mais, même avec son expérience aguerrie, ce n’était pas sa tasse de thé. Annoncer à des pères de famille qu’ils avaient perdu leur job, rien de réjouissant.
   Après cet entretien des plus pénibles, elle referma la porte de son bureau et soupira. Le gars avait pleuré. Il fallait maintenant qu’elle se concentre sur le reste de la journée. La vie continue…
C’est alors que l’équipe de la paie vint la déranger pour une sombre histoire d’heures supplémentaires à attribuer à un salarié absent. Les filles de ce service se disputant constamment pour des broutilles, celles-ci venaient souvent la voir afin qu’elle tranche. Cela avait le don de l’agacer, les deux plus fortes têtes faisaient tout pour la convaincre que chacune avait raison. Un vrai dialogue de sourds ! Elle appréciait leur dévouement pour leur travail mais de là à venir faire un esclandre dans le bureau de la Directrice des Ressources Humaines, il y avait tout de même une nuance.

Léa leva une main et les deux se turent instantanément :

 — Ça suffit Mesdames ! Le salarié a réellement fait ces heures supplémentaires avant son absence ? Alors payez lui ! Pas la peine de tergiverser !

Les deux femmes repartirent en soufflant et en se jetant des regards noirs. Choquée par cette attitude, Léa décida d’organiser une réunion des équipes « R.H » dès le lendemain matin afin de remettre les pendules à l’heure.
Après avoir envoyé son email de convocation, elle entendit presque immédiatement des plaintes. Elle leva les yeux au ciel, parfois les couloirs prenaient la forme d’une cour de récréation. La réunion n’allait pas être triste.

   Le soir venu, elle reprit son métro en direction de chez elle, puis, arrivée à bon port, son corps fatigué s’affala sur le canapé sans aucune retenue. Toute la journée, elle prenait des airs de grande dame mais en fin de journée, son naturel revenait au galop. Léa était une fille assez simple.
   Son chat Dudule sauta alors sur ses genoux. Il la regarda de ses beaux yeux verts, hypnotisants. Elle l’avait recueilli à la SPA à ses trois ans, personne ne voulait l’adopter car « trop vieux » et pour couronner le tout : il était entièrement noir. Son histoire l’ayant émue, elle décida de repartir avec lui. Bien que son nom soit un peu spécial, voire même très particulier, elle l’avait conservé pour ne pas perturber l’animal. Et puis, elle se l’avouait, ce nom la faisait bien rire.
S’ensuivit alors des heures de jeux et de rigolades avec Dudule qui lui rendait bien la chance qu’elle lui avait offerte. Il s’évertuait à lui faire des câlins en lui décochant des violents coups de tête emplis de ronrons. Très vite, une complicité était née entre eux. Dudule comprenait sa maîtresse même quand elle n’allait pas bien, dans ces cas-là, il « tricotait » de ses petites pattes sur son ventre pour lui faire savoir qu’il était là pour elle.

   Le lendemain, à l’heure prévue, Léa tint sa réunion avec ses équipes. Elle savait qu’il allait falloir user de diplomatie car l’ambiance était à couteaux tirés entre les Gestionnaires des Ressources Humaines et les Techniciens de la Paie. Tout ce beau petit monde représentait tout de même vingt personnes. Lorsqu’elle fit son entrée dans la salle, cela suffit à couper toutes les discussions en cours.

 — Bien, bonjour à toutes et à tous, merci d’être présents.
 — On n’a pas vraiment eu le choix ! entendit-elle au fond de la salle.

Aussitôt, d’autres plaintes s’élevèrent dans un brouhaha insupportable.

 — Je vous demanderai de bien vouloir faire silence s’il vous plaît !

Les choses semblaient débuter assez mal.

 — Si je vous ai demandé de venir, c’est parce que, ces derniers temps, j’ai pu observer un climat assez détestable.

Les deux filles venues la veille prirent soudainement une mine bougonne. Léa préféra ne pas relever et continua dans sa lancée.

 — Pour le bien des nombreux salariés dont nous nous occupons, je vous demande une réelle connexité entre les différents services. Au cas où vous ne vous en rappelleriez pas, la masse salariale approche les 4000 collaborateurs. Ainsi, que vous le vouliez ou non, le Service Paie a besoin du Service R.H pour réaliser les paies correctement. Un contrat de travail bien établi équivaut à un bulletin bien établi. Je ne le répéterai jamais assez…
Et inversement le Service R.H a besoin du Service Paie pour traiter correctement les dossiers des salariés notamment en matière de prévoyance et de mutuelle.

Léa reprit sa respiration et constata que tout le monde la regardait avec attention.

 — Mettez-vous bien cela en tête : JE-NE-VEUX-PLUS de rivalité quelle qu’elle soit. Vous devez avancer main dans la main pour, je le rappelle, le bien de nos salariés. Ils n’ont pas à pâtir de vos querelles enfantines. Je ne vise personne en particulier, je vous demande juste d’être vigilants. Merci pour votre écoute, je ne vous monopolise pas plus longtemps. Bonne journée à tous !

   Tous se levèrent dans un grincement de chaises assourdissant. Quelques « bonne journée » se détachèrent du lot et le silence revint rapidement.
Léa rejoignit son bureau et relâcha la pression en s’étirant sur son fauteuil. Elle espérait que ce petit rappel porterait ses fruits au moins durant quelques mois. Ainsi installée, elle se mit à songer à ce qu’elle allait faire durant son weekend. Tous ses amis étant casés, elle était devenue la « vieille fille » pour tous. Cela l’exaspérait au plus haut point surtout quand les fatales questions surgissaient en pleine soirée.
 — Alors, quand est-ce que tu nous présentes un mec ?
 — L’horloge tourne, tu as réfléchi si tu voulais avoir des enfants ?

   Rien qu’à y repenser, elle tressaillit. Sa vie était certes parfois morose mais au moins elle n’avait de comptes à rendre à personne. Pas même à son patron, Monsieur Landy. Celui-ci lui laissant carte blanche pour gérer l’administration de l’ensemble des salariés. Jamais il ne venait mettre son nez dans ses dossiers et cela était très appréciable pour cette jeune femme « self-made-woman ».

   Pendant qu’elle était totalement plongée dans ses pensées, il fit son apparition discrètement dans le bureau. Léa leva les yeux précipitamment et sursauta.

 — Veuillez m’excuser Léa, je ne voulais pas vous effrayer.
 — Ce n’est rien Monsieur Landy, je vous en prie, que puis-je faire pour vous ?
 — Hé bien à vrai dire, rien de plus que ce que vous faites déjà.

Léa l’observa alors avec un regard inquiet.

 — Je suis maladroit décidément ! Non, je voulais vous remercier de votre travail en vous offrant cette bouteille de vin. Ce n’est qu’un maigre présent mais j’espère que cela vous plaira.

Elle ne comprenait pas tout mais accepta de bon cœur.

 — Oh mais… Année 1962… C’est une bouteille d’une grande valeur Monsieur… Merci beaucoup.
 — Je vous en prie Léa, je vous laisse !

   Léa trouva cette démarche particulière, est-ce que tous les autres responsables avaient reçu ce même cadeau ? Elle préféra garder cela pour elle. Il y avait assez de rivalité dans les équipes. De toute manière, elle n’était pas proche de ses collègues. Elle souhaitait garder une distance professionnelle.

   Lorsque Léa rentra chez elle ce soir-là, la fatigue la prit complètement au dépourvu. Elle se coucha sans dîner après avoir rangé soigneusement la bouteille.
Au petit matin, elle s’éveilla comme une fleur et, en examinant son horloge elle s’aperçut qu’elle avait dormi douze heures d’affilée. Au bureau, l’ambiance semblait tendue, Léa jeta des regards inquiets un peu partout. Personne n’était dans les bureaux. Après avoir déposé ses affaires sur son fauteuil, elle partit à la chasse aux informations.

Ce ne fut qu’au bout de quelques minutes qu’elle retrouva toutes les équipes réunies dans la grande salle. Elle entra alors à tâtons et constata que tout le monde avait la tête baissée.
Le Directeur Général prit immédiatement la parole.

 — Mes chers collègues, merci à tous de vous être rassemblés ce matin, je dois porter à votre connaissance une bien triste nouvelle. Notre président, Monsieur Landy, a eu une attaque cardiaque cette nuit. Il a pu être pris en charge mais visiblement cela était trop tard… Il est désormais dans le coma entre la vie et la mort… Les médecins sont très pessimistes. Il semblerait que ses fonctions cérébrales aient été atteintes, son pronostic vital est engagé… Et… Je…

   À ces mots, le « D.G » éclata en larmes sans pouvoir terminer sa phrase.
Léa le regarda, bouche bée. Elle avait assez peu l’habitude de voir ce « requin » montrer ne serait-ce qu’une once d’émotion. Il se reprit alors.

 — Comme vous pouvez le voir, je suis très affecté par cette nouvelle. Je vous prie de m’excuser, je vais me retirer dans mon bureau.

   Il quitta l’assemblée et, instantanément, les chuchotements battirent leur plein. Léa en profita pour faire signe à ses équipes de regagner leurs postes et retourna dans son bureau.
Au prix d’un grand effort, elle résistait aux larmes qui pesaient sous ses paupières. Elle connaissait pourtant Monsieur Landy depuis tout récemment mais s’était prise d’affection pour cet homme d’une douceur incomparable malgré sa position hiérarchique. Léa repensa alors à sa visite de la veille. Il n’avait pas semblé être mal. En imaginant son patron sur un lit d’hôpital, elle frissonna. Quelle tristesse…
Tout le reste de sa journée de travail lui sembla comme une pénitence, les minutes s’écoulaient lentement. Elle avait hâte de rentrer pour pouvoir se recueillir. Impossible de se concentrer dans ces conditions. Heureusement, c’était vendredi.

   De retour à la maison, sans prendre la précaution de tout ranger comme à son habitude, Léa se débarrassa de son manteau et de ses chaussures en les balançant au sol. Elle s’affala ensuite dans son canapé. Dans le silence, elle fixait le vide. Les larmes lui vinrent enfin et cela la déchargea un peu. Et puis, toute à sa tristesse, ses yeux se posèrent sur la bouteille de vin. En se levant, elle hésita. Cette bouteille d’une valeur inestimable devait être bue pour une grande occasion. Elle haussa alors les épaules.
   Monsieur Landy apprécierait sûrement qu’on lui rende hommage de cette manière. En fouillant longuement dans ses tiroirs, elle dégota enfin un tire-bouchon. Sans trop se poser de questions, elle enfonça l’outil dans le liège et celui-ci céda gentiment.
   Malgré l’âge de la bouteille, tout était encore solide, ce qui plut à Léa. Elle détestait que le vin ait un goût de bouchon. Contre toute attente, le breuvage s’avéra divin dès la première gorgée. Sachant que ce genre de millésime délicat devait être dégusté en prenant son temps, Léa avait un peu honte de son manque de bonnes manières. Mais, il lui sembla que plus elle buvait et plus cela était bon.
   Au bout de quelques minutes, elle fut un peu assommée par l’alcool et se jeta dans le fond de son canapé comme si elle était happée par l’arrière. Désormais, ses pensées étaient légères. Elle se surprit même à rire sans vraiment savoir pourquoi.
Pour se familiariser plus amplement avec ce vin bienfaiteur, elle scruta l’étiquette.
D’où venait-il ?
Une gravure représentant un château y figurait comme bien souvent sur les bouteilles de vin. Elle lut l’inscription « Château du Loir ». Un loir bien dynamique trônait au-dessus du bâtiment à la manière d’une salamandre royale. L’ensemble se distinguait majestueusement. Elle continua à tourner la bouteille à la recherche d’autres informations. En passant son doigt sur le papier usé, elle heurta un coin qui dépassait. Celui-ci était juste pris entre la bouteille et l’étiquette. Elle l’ôta et constata que c’était un morceau minuscule plié plusieurs fois sur lui-même. Intriguée, elle ouvrit le papier avec une petite pointe de stress.
Monsieur Landy savait-il que cette bouteille contenait un petit mot caché ?
Elle sourit à cette éventualité. Mais tandis que l’ensemble fut défait, Léa eut un mouvement de recul presque immédiat. Un temps de latence eut lieu entre la lecture et la compréhension des mots inscrits.


Après une lecture, aidée de ses yeux plissés, il sembla à Léa qu’elle avait fini par décrypter le texte :


« Léa LAURENT
Née le 10 août 1982
Parents inconnus »




Le cœur de la jeune femme s’emballa.
Qu’est-ce que tout cela pouvait bien signifier ?