27/07/21 - 12:45 pm


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Auteur Sujet: Aux petites heures de la nuit de Flo Renard (Prologue)  (Lu 3285 fois)

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Aux petites heures de la nuit par Flo Renard

PROLOGUE

 
     Lucien Humbert raya d’un trait de stylo rouge une réponse erronée dans la composition de sciences physiques qu’il était en train de corriger, nota quelques mots d’appréciation dans la marge et posa la double feuille sur la pile des copies déjà vérifiées. Les épreuves écrites du baccalauréat débutaient dans moins d’une semaine, sans oublier celles du brevet d’enseignement général. L’approche de la fin de l’année scolaire représentait toujours un important surcroît de travail pour un chef d’établissement, surtout quand, comme lui, on y dispensait aussi des cours.
    Il s’étira, lança un coup d’œil envieux au paquet de cigarettes qui traînait devant les photos soigneusement alignées au bord de son bureau, puis son regard revint à la pile de copies. Cette année, le lycée présentait deux garçons de terminale au concours général, en histoire et mathématiques. Deux excellents élèves, qui bénéficiaient d’une préparation renforcée et sur mesure. L’année précédente, l’unique candidat avait obtenu un deuxième accessit en composition de mathématiques ; Humbert avait l’espoir d’un meilleur résultat cette fois. Repoussant la tentation d’un intermède tabagique, il prit une nouvelle copie et la posa devant lui.
    On tapa tout à coup à la porte. Des coups précipités, nerveux, insistants. Avec un soupir irrité, il adressa un coup d’œil à la pendule ornementée fixée au mur, à sa droite, et repoussa sa chaise.
    « Oui, j’arrive ! » lança-t-il d’une voix forte, traversant la pièce à grandes enjambées. Il ouvrit la porte et constata avec surprise, ainsi qu’un certain déplaisir, qu’il s’agissait d’un élève. Ne savait-il pourtant pas qu’il ne voulait jamais être dérangé le dimanche, surtout en cette période chargée de l’année ?
    « Étienne ? Que signifie… »
    Sans attendre d’y être invité, sans même un salut, le garçon prénommé Étienne franchit le seuil du bureau et repoussa le lourd battant de noyer ciré. Humbert s’avisa qu’il semblait très agité, le visage défait, livide. Bien différent de l’attitude assurée, sorte de brutalité hautaine, dont il faisait ordinairement preuve et qui lui valait, en plus de sa grande taille et ses épaules carrées, le respect de la plupart des élèves, même plus âgés.
    « Je… Mon Dieu, c’est… » balbutia-t-il, la voix hachée.
    Il tremblait de tous ses membres, ses yeux roulaient avec affolement dans leurs orbites. Quand Humbert le saisit aux épaules pour le calmer, bien qu’il fût plus grand que lui, il sentit que ses vêtements étaient mouillés par endroits.
    « Étienne, que t’arrive-t-il ? Qu’est-ce que tu as ? » questionna-t-il, abandonnant le vouvoiement qu’il utilisait toujours pour s’adresser aux élèves aussi bien qu’aux professeurs. Étienne Boitel était le fils d’un ami de longue date, dont la famille s’était enrichie grâce à l’exploitation forestière. Seul garçon d’une fratrie de quatre, il avait toujours eu une haute estime de sa personne et des attentes que l’on plaçait en lui, l’héritier. À le voir aussi désemparé, perdu – terrifié – Humbert ne pouvait que deviner qu’il s’était passé quelque chose d’extrêmement grave.
    – C’est… c’est Simon… Il est… mort… »
"J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé" (Voltaire)

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