04/12/21 - 18:24 pm


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Auteur Sujet: Brumes à Mer-T1 L'Envol du faucon de Valérie Hoinard  (Lu 683 fois)

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Brumes à Mer-T1 L'Envol du faucon de Valérie Hoinard

Introduction

Si j’avais su où tout ça nous mènerait, je ne suis pas sûre que j’aurais fait les mêmes choix.

Une femme d’une quarantaine d’années, aux cheveux blonds attachés en chignon, est assise à son bureau. Des larmes coulent le long de ses joues. De sa main tremblante, elle noircit de mots la page qui se trouve devant elle, à côté d’un épais tapuscrit. Son hésitation est palpable lorsque sa plume glisse au fil de son émotion.

Cette réflexion me hante parfois, même si ces événements sont à présent loin derrière moi. Bien sûr, je n’avais pas forcément d’autres options et les conséquences de mes actes ont été bien au-delà de l’imaginable, du vraisemblable.
Comment aurais-je pu deviner ce qui nous attendait ? Comment aurais-je pu, ne serait-ce qu’une seconde, émettre l’hypothèse que nous n’étions que des pions ? Le libre arbitre n’est qu’illusion, il l’a toujours été et le restera.
Trahie, manipulée, ensorcelée, mais sauvée.
Une bonne amie m’a dit un jour que les sacrifices sont inévitables pour parvenir à nos fins. Ce que je ne savais pas, c’est que tôt ou tard nous devons en payer le prix et celui-ci est lourd, très lourd.
C’est sûr, tu pourrais te dire que tout ça ne te touche pas, que ta vie est parfaite comme elle est, mais la vérité, c’est qu’on est tous concernés par le poids de nos dilemmes. D’autant plus quand, comme moi, on est une femme dans un monde où les hommes ont tous les pouvoirs.
Comment exister quand ton avenir ne t’appartient pas ? Quand tu découvres que ta chère liberté n’a jamais été réelle ? Que tout ce en quoi tu as cru n’était que mensonge éhonté ?
Enchaînée à une destinée artificielle, les ailes brisées, ma guérison fut longue et douloureuse. Mais l’authentique vérité, celle qui vient du plus profond de notre cœur, refait toujours surface, quels que soient les moyens utilisés pour la faire taire.
Je m’appelle Isilda et voici comment j’ai mené ma ville à une mort certaine. 

Prologue

Un visage de femme se dévoila au milieu de l’eau que venait de faire couler l’elfe dans l’évier. Celle-ci, s’apprêtant à y plonger les racines vertes de son orchidée, manqua de lâcher le pot dans lequel se trouvait la plante.
— Il est temps de mettre notre plan à exécution, Sonia.
— Vous m’avez fait une de ces frayeurs !
Les mains tremblantes et le cœur battant à tout rompre, elle se tourna pour poser le contenant sur la table de la cuisine, avant de revenir prêt de l’étrange apparition. Celle-ci ne releva pas sa remarque.
— Sa famille est sur le point de la trahir. Elle va bientôt être vulnérable et seule. C’est le moment idéal pour mettre un coup de pied dans la fourmilière. As-tu toujours le vieux grimoire que je t’ai donné lors de notre dernière rencontre ?
La jeune femme blonde disparut quelques secondes de la pièce. Lorsqu’elle fut de retour, elle tenait un gros livre entre ses mains. Sa couverture abîmée, faite de cuir épais, indiquait qu’il avait traversé les âges.
— Oui, le voici.
— Fort bien. Ouvre-le.
L’elfe s’exécuta. Un bout de papier blanc moderne déchiré tomba sur le sol. Elle le ramassa et le lut. Il s’agissait d’une série de chiffres.
— Qu’est-ce que c’est ?
Sans réponse, elle jeta un coup d’œil aux pages du grimoire. Des schémas et des listes d’ingrédients, plus mystérieux les uns que les autres, dominaient des écrits ressemblant à des recettes et à des incantations.
— Donne ce livre aux Hiféins et aux Tersors avec ces coordonnées et dis-leur que ce sont celles du point de rencontre des Alcores et des Fuméens. C’est tout ce dont ils ont besoin pour pouvoir contourner les sortilèges de protection et d’illusion de leurs ennemis.
Sonia replaça le bout de papier, puis referma l’ouvrage. Le visage disparut alors de l’eau.

Chapitre 1

J’avançai lentement au bord du précipice, face à la mer agitée. Tournée vers l’horizon, je fermai les yeux et inspirai profondément. Une délicieuse odeur iodée chatouilla mes narines. Je rouvris les paupières et observai les couleurs pastel du soleil levant transpercer le ciel lourd et orageux, là où les flots se terminaient.
J’aimais cet endroit. Il m’apaisait.
Les vagues heurtaient avec force l’immense paroi rocheuse. Le vent, encore frais pour la saison, soufflait en rafales sur la côte, mais je n’étais aucunement déstabilisée. Bien au contraire, j’adorais me retrouver sur les falaises quand les éléments se déchaînaient.
Le chant des goélands et des mouettes retentissait au-dessus de moi. Quelques-unes de mes mèches blondes, presque blanches, virevoltaient autour de mon visage, alors que le reste de mes cheveux était noué en couettes basses, de chaque côté de mon crâne.
L’odeur en provenance du large m’avait toujours fait cet effet. Enfant, ma grand-mère m’emmenait déjà sur les hauteurs. Chaque fois que je me rendais ici, mon cœur s’emballait avant de retrouver son calme habituel. C’est à cet instant précis que la totalité de mes muscles se relâchait. J’avais l’impression de la retrouver, qu’elle ne m’avait jamais quittée.
Je continuai d’avancer au bord de la falaise, et bientôt, j’effleurai le vide. Baissant les yeux, j’aperçus la brume en contrebas au pied du piton rocheux. Par endroits, l’écume et les vagues s’écrasaient sur la roche aiguisée telle des lames acérées. Bien que je ne puisse pas vraiment distinguer les rouleaux, je pouvais entendre leur lourd fracas.
Face au ciel menaçant, je pris une longue inspiration et étendis mes bras sans peur. Les paupières à présent closes, je sautai dans le vide.
Le souffle du vent sifflait dans mes oreilles et fouettait mes joues à mesure que je me rapprochais d’une mort inévitable. Pourtant, j’étais parfaitement détendue. Je ne craignais rien, tout se passerait sans douleur.
Ma chute me procurait une inégalable sensation de liberté. Tomber ainsi, sans rien pour me retenir, faisait naître en moi une puissante dose d’adrénaline.
À cause de la vitesse, l’air ne parvenait plus à mes poumons. Il ressemblait à un mur invisible que je brisais avec force, les bras à présent rétractés le long de mon corps menu.
Alors que m’écraser sur les rochers semblait inéluctable, je me transformai.
Je sentis mes membres prendre de plus en plus d’importance, ce qui déclencha une sensation de tiraillement un peu partout à l’intérieur de moi et de mes muscles. Mes os rétrécirent et s’amincirent comme si on les compressait. Mon nez aquilin s’allongea, tout comme ma lèvre inférieure, pour former un bec sombre et crochu. Des plumes poussèrent sur la totalité de ma peau, provoquant de nombreux picotements à la surface de mon épiderme. Elles composèrent bientôt mon plumage beige et cendré. Mes jambes s’affinèrent et mes pieds se divisèrent pour se muer en de puissantes serres jaunes. Mes yeux grossirent. Mes iris bleus firent place à deux billes noires opaques. Mon regard devint plus profond et ma vue se modifia, me rendant ainsi capable de transpercer l’épaisse couche de nuages qui se rapprochait dangereusement de moi.
Je mis subitement fin à ma chute au niveau des vagues. Mes pattes se rétractèrent et j’étendis mes ailes. Ma respiration se bloqua à l’ouverture de mon envergure. Un choc puissant me tira tout à coup vers le haut et je m’envolai.
Le faucon s’était emparé de moi. Le souffle du vent frôlait mes plumes, parfois même s’engouffrait jusqu’à ma peau fine, me faisant frissonner. J’étais seule, libre, et en communion avec moi-même. Voler était le rêve d’Icare, mes compères et moi, nous le réalisions.
J’avais toujours aimé cette sensation unique de liberté, de voler où bon me semble, portée par les courants, dans le plus grand des anonymats. Ce n’est pas comme si je risquais ma vie de cette manière, elle était bien plus en danger sur un champ de bataille. Sauter du haut des falaises, très tôt le matin, me permettait de ne pas être vue par les humains.
Mon animal de transformation me correspondait bien. Le faucon est vif quand il le veut, d’un grand calme le reste du temps, un peu à part chez les siens, et c’est un excellent chasseur. On retrouvait beaucoup de ces traits en moi.
Fille du chef des Alcores, nom donné au clan des humains élémentaires de l’Air, j’étais une personne relativement effacée et intégrée en société, ainsi qu’une redoutable guerrière.
L’élément que je maîtrisais allait lui aussi parfaitement avec mon caractère, plutôt solitaire et volontaire. Force tranquille, l’Air est a priori inoffensif jusqu’à ce qu’il se déchaîne en tempête. Là, il fait des dégâts, beaucoup de dégâts.
Portée par le vent vers le large par-delà la côte, je profitai de ce superbe spectacle coloré que la nature m’offrait, frôlant de mes plumes l’eau mouvementée.
Cela faisait maintenant plusieurs dizaines de minutes que je volais au-dessus de la mer. Je commençais à sentir les premières douleurs dans mes ailes. Il était temps que je me rapproche de la terre. Ma mission de surveillance devait se terminer avant que l’on me localise dans le secteur ou que je ne puisse plus voler.
Je baissai la tête pour observer les flots défiler sous mes serres. L’eau agitée reflétait légèrement l’ombre du rapace que j’étais devenue. Puis, je me dirigeai vers la forêt, non loin des immenses falaises rocheuses.
En arrivant au-dessus de la côte escarpée, une scène inhabituelle m’interpella. J’aperçus cinq silhouettes sur la plage. J’effectuai un virage pour me rapprocher d’elles, tout en faisant attention de ne pas être détectée. Je me rendis alors compte qu’elles sortaient de l’eau, cette dernière dégoulinant de leur corps sur les galets. Je les observai et les reconnus immédiatement. Les Fossé, des personnes qui comme moi et ma famille avaient écrit l’histoire de cette ville, à travers la guerre ancestrale que nous nous vouions. Leur clan était ennemi du mien depuis mille ans. On les nommait les Hiféins. Ses membres maîtrisaient aussi la magie élémentaire.
Cependant, eux manipulaient l’Eau. Ils se transformaient en sirènes et hommes poissons, ou tritons suivant comment on les appelle, lorsqu’ils nageaient dans les profondeurs.
J’arrivai dans la forêt de conifères à bout de souffle. Mes ailes me tiraillaient, un peu comme des crampes, et mes paupières se fermaient toutes seules. Restée trop longtemps au-dessus des vagues, j’en payais à présent le prix.
Après avoir scanné les lieux de ma vision perçante, je me perchai sur une branche assez haute. Elle était suffisamment grosse pour supporter le poids d’un faucon, me permettant ainsi de me reposer. Il n’y avait aucun animal, ni même aucun bruit autour de moi.
Pourtant, mon répit fut de courte durée. Mon regard se tourna vers le sol. Happé par un des rares rayons de soleil de la matinée, quelque chose de brillant retint mon attention. Je descendis de mon perchoir, sans méfiance, poussée par la curiosité, et atterris par terre. Vu de plus près, l’objet ressemblait à un bijou, une boucle d’oreille peut-être… Mais je n’eus pas le temps de le vérifier.
 
Chapitre 2

Une énorme masse sombre bondit sur moi et me cloua au sol. La violence du choc m’empêcha de m’enfuir. Mes plumes se dressèrent sur mon corps alors qu’un sursaut se fit sentir dans ma poitrine. Je déglutis et battis des paupières.
Sur le dos, les ailes écartées, je ressentais le poids considérable de ce qui m’empêchait de bouger. Ses deux yeux jaunes m’observaient intensément comme s’ils voulaient me transpercer. Il me fallut un moment avant de comprendre ce qui se passait.
Je m’apaisai soudain. Mon regard stupéfait s’éclaira pour refléter un mélange d’amusement et d’agacement. Je repris alors forme humaine.
Mes os grandirent et grossirent, comme si on m’écartelait. Les deux parties de mon bec se séparèrent pour redevenir des lèvres roses, laissant de nouveau passer l’air entre elles. Mon champ de vision diminua à mesure que le blanc, puis le bleu s’emparèrent de mes yeux. Mes membres s’étirèrent pour retrouver leur taille habituelle. Mon plumage se rétracta à l’intérieur de mon épiderme, me chatouillant le corps au passage. Mes vêtements, disparus momentanément, grâce à la potion ajoutée dans nos lessives pour nous permettre de ne pas nous déshabiller lors de notre métamorphose, réapparurent. Enfin, je sentis de nouveau ma chevelure aux reflets de blé dans le creux de mon cou.
La bête rugit dévoilant ses longues canines d’un blanc étincelant. Ses griffes, presque aussi grosses que mes doigts, bloquaient avec force mes poignets sur l’herbe encore humide. Je tentai de me relever. En vain. Elle n’était pas décidée à me libérer.
Très peu connu, l’animal errait dans les alentours de Newytown. Malgré ça, la ville ne correspondait pas à son habitat naturel. C’était un jaguar noir. Un félin quasi légendaire.
Je plongeai mon regard dans ses yeux perçants et ronchonnai.
— Bien joué ! Je me rends, tu as gagné.
Le carnivore se transforma à son tour. Sa fourrure sombre, épaisse et parsemée de rosettes, disparut progressivement, laissant apparaître sa peau claire, sous sa chemise et son pantalon foncés. Ses moustaches de chat se rétractèrent au niveau de ses babines. Son corps bedonnant et sa tête massive, faits de muscles principalement, retrouvèrent la finesse des courbes humaines.
En quelques secondes, ce n’était plus d’énormes pattes velues aux griffes acérées qui me maintenaient au sol, mais bel et bien les bras parsemés de poils et les grandes mains d’un homme que je connaissais particulièrement bien.
— Ne t’habitue pas trop à gagner contre moi. La prochaine fois, je te battrai ! m’exclamai-je.
— Tu dis ça à chaque coup et c’est systématiquement moi qui l’emporte. Tu devrais le percuter depuis le temps, Isilda, j’ai toujours ce que je veux.
Simon arborait un regard amusé. Il savait pertinemment que je n’avais aucune chance face à lui et moi aussi. C’était de la pure provocation, liée à un élan d’orgueil. Je n’étais pas une bonne perdante et ne l’avais jamais été, tout comme cet énergumène. Il était d’ailleurs pire que moi de ce côté-là.
Plus jeune que lui de deux ans, j’avais grandi et passé mon enfance avec sa sœur. À vingt-cinq ans, il était grand par la taille, plutôt mince, bien que musclé, possédait de longs cheveux châtains, lisses, qui tiraient vers le noir, descendant jusqu’aux épaules.
Simon maîtrisait le Feu et avait été élevé par ses parents dans l’optique de devenir un jour le dirigeant des Fuméens. Comme tous les fils de chef de clan, c’était un guerrier, une véritable machine à tuer, programmée depuis sa plus tendre enfance dans la violence et la haine de ses ennemis. Nos deux familles étaient alliées et amies depuis le début des affrontements.
Bloquée depuis un petit moment par terre, les poignets endoloris, je n’avais qu’une envie, me remettre sur mes jambes. Je soupirai de lassitude.
— Aide-moi, s’il te plaît.
Je formulai ces quelques mots sur un ton ferme. Simon s’exécuta sans quitter son sourire carnassier. Après tout, il avait gagné. Aucune raison de continuer à m’humilier plus longtemps.
Il me tendit sa main et je la saisis pour me relever. Gardant une certaine amertume de son piège grotesque, je le remerciai rapidement et avec dédain. Malgré sa silhouette qui me dominait d’une vingtaine de centimètres, il ne m’impressionnait guère.
Une fois debout, j’époussetai mon jean, avant de brusquement tourner la tête. Un bruit de branche cassée attira mon attention. Je scrutai avec anxiété un arbuste touffu. Le buisson bougeait de manière inhabituelle. Quelque chose devait s’y dissimuler.
Soudain, deux grands yeux orangés émanèrent du sombre feuillage. Ils se rapprochèrent lentement de nous, avant qu’une panthère noire ne sorte de sa cachette, de sa démarche élégante.
Un large sourire fendit mes lèvres. Nous rejoignîmes l’animal avec empressement.
— Tu arrives trop tard, Roxy. Ton frère a encore réussi à m’avoir. Cette fois-ci, il a changé d’appât, il a choisi une boucle d’oreille, enfin, je crois. Il devient de plus en plus original ! 
Je me retournai brièvement vers Simon, le regard plein d’ironie. Sa réaction ne se fit pas attendre. Il me frappa assez fort pour manquer de me faire tomber. Je grimaçai en frottant mon épaule quelque peu douloureuse.
Le léopard reprit son apparence humaine. Son pelage, aussi foncé que les ténèbres, disparut progressivement au-dessous de sa peau. Ses grosses pattes charnues s’allongèrent et s’affinèrent, tout comme son ventre rond. Ses petites oreilles félines rentrèrent à l’intérieur de son crâne et celles humaines ressortirent de chaque côté de son visage qui s’éclaircissait. Enfin, sa tête imposante de carnivore laissa place aux traits délicats d’une jeune femme aux cheveux longs, châtain clair, et à un regard aussi sombre que ses yeux, reflétant à merveille son caractère de tigresse.
— Tu connais mon frère, j’ai bien peur que ce ne soit pas la dernière fois qu’il te fasse le coup, Isy ! Mais tu as raison, il devient ingénieux.
Le Fuméen prit ça à la légère, comme beaucoup de choses. Ce n’était pas la première fois que l’une ou l’autre, on le charriait. Il avait l’habitude et sa réponse ne tarda pas.
— Vous êtes tellement faciles à piéger, les filles. Ça en devient sans intérêt.
Roxanne rit à gorge déployée et jeta un œil amusé à son grand frère, avant de me faire une accolade pour me saluer. Je la serrai à mon tour dans mes bras. J’étais heureuse de la voir. Nous avions eu une semaine chargée toutes les deux, ce qui nous avait empêchées de passer du temps ensemble, comme nous en avions l’habitude.
Roxy et moi avions le même âge, même si nous n’étions pas nées la même année. À l’époque, nous pouvions encore nous qualifier de « meilleures amies du monde », bien que les choses eussent déjà commencé à se dégrader entre nous. Notre complicité se ternissait de jour en jour, sans aucune réelle explication. Cependant, nous restions proches.
— Alors, comment ça s’est passé là-haut ? me demanda mon amie pour changer de conversation.
— Je n’ai pas vu grand-chose, si ce n’est la famille Fossé. Ils sortaient tous de la mer. Et vous ?
Roxanne fronça les sourcils en silence.
— Étrange ça. Ce n’est pas leur genre de faire un tour dans l’eau aussi tôt le dimanche matin, ajouta Simon une main portée à son menton, RAS de notre côté.
Je haussai les épaules. Était-ce une information importante ? J’en doutais. Mais la famille au grand complet, sans parler du fait qu’ils revenaient d’une promenade au large avec des plantes aquatiques, ça n’avait rien d’habituel. En effet, les enfants Fossé étaient presque tous adultes et majeurs. Il devenait rare pour eux de se retrouver pour nager ensemble.
L’héritier des Fuméens interrompit ma réflexion.
— Mesdemoiselles, je ne voudrais pas vous affoler, mais le soleil commence à être haut dans le ciel. On devrait quitter les lieux avant que quelqu’un ne nous voie ici.
J’acquiesçai silencieusement. Nous n’étions pas en territoire conquis. Les clans ennemis ne tarderaient pas à se réveiller et la forêt serait bientôt investie par leurs alliés. Nous devions nous en aller.
— Tu as raison. Et puis, je pense que mon père, comme le vôtre, attend avec impatience les résultats de notre tour de surveillance.
Roxanne hocha également la tête en signe d’approbation. Nous partîmes donc tous les trois, avant de prendre chacun une direction différente, pour ne pas attirer l’attention.
Sur le trajet retour, alors que la brume disparaissait, tout comme les nuages d’orage, j’eus l’impression que l’on m’observait. Je me retournai plusieurs fois, le cœur battant à tout rompre. Personne. La forêt était silencieuse. Seul le vent brisait la tranquillité des lieux. Pourtant, je sentais la présence de quelqu’un ou de quelque chose près de moi, j’en étais persuadée.
Je rejoignis l’endroit où j’avais laissé ma voiture, à une dizaine de mètres du bord de la falaise. Toujours seule en apparence, j’entrai dans mon véhicule et mis le contact. Avant de prendre la route en direction de la ville, je jetai un coup d’œil inquiet dans les rétroviseurs. Je secouai la tête. Quelle idiote ! J’étais bel et bien seule.
"J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé" (Voltaire)

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Re : Brumes à Mer-T1 L'Envol du faucon de Valérie Hoinard
« Réponse #1 le: jeu. 04/11/2021 à 17:49 »
Merci beaucoup pour cette mise en avant !!  :offrefleur:

Hors ligne cnslancelot5930

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Re : Brumes à Mer-T1 L'Envol du faucon de Valérie Hoinard
« Réponse #2 le: mer. 17/11/2021 à 13:44 »
Une superbe mise en bouche qui donne envie d'en découvrir davantage.  :pouceenhaut:

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Re : Brumes à Mer-T1 L'Envol du faucon de Valérie Hoinard
« Réponse #3 le: ven. 19/11/2021 à 22:33 »
Merci beaucoup Lancelot  :rougir: