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Auteur Sujet: Ceux qui s'aiment de Coralie Raphael  (Lu 361 fois)

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Ceux qui s'aiment de Coralie Raphael
« le: jeu. 9 nov. 2017 à 17:27 »
Ceux qui s'aiment de Coralie Raphael

Chapitre 1

L’aphrodisiaque

— Ça marche du feu de Dieu !
Je me suis souvenu d’une bête discussion avec un collègue au boulot et
me suis retrouvé à chercher sur Internet. En tapant le nom du produit dans la
barre de recherche, j’ai rapidement trouvé ce que je voulais. Le résultat
apparaît sur l’écran de mon smartphone. Ma femme regarde la télévision,
assise à côté de moi. J’ai peur qu’elle me surprenne en flagrant délit. Mon
coeur bat tellement fort qu’il me semble qu’on l’entend dans toute la maison.
Je respire profondément et jette un rapide coup d’oeil aux avis laissés par
d’autres consommateurs.
« On a bu ça tous les deux et je me la suis faite facile. »
« Je l’ai bu et j’ai été surpris de retrouver la vigueur de ma jeunesse ! »
« La frigidité de ma femme s’est envolée. Un truc de fou ! »
« Vaut mieux pas le boire en dehors de chez soi… »
« Impossible de faire marche arrière. »
« C’est transparent, incolore, inodore et sans saveur. Votre partenaire ne
se rendra compte de rien si vous lui faites boire ça à son insu. »
« N’importe qui a envie de ****** avec ça. »
Quand je reprends mes esprits, j’ai la bouche entrouverte. Je retrouve
rapidement mon air impassible et observe ma femme du coin de l’oeil. Tout
va bien, elle n’a rien remarqué.
Je doute de la véracité des commentaires mais, après tout, ça ne coûte rien
d’essayer. Enfin presque. Je regarde le prix : ça coûte un peu moins de 150
euros. Est-ce que c’est cher pour ce genre de produit ? J’hésite un peu et
finis par céder à la tentation. J’ajoute le produit à mon panier. À côté, ma
femme n’a toujours rien remarqué.
Deux jours après avoir passé ma commande, j’ai le produit entre les
mains. Je suis passé le chercher dans un point relais et l’ai sorti de son
emballage dans la voiture. Le conditionnement est encore plus glauque que
ce que j’avais vu sur Internet. C’est écrit en lettres brillantes : « Quelques
gouttes suffisent à transformer n’importe quelle femme en nymphe. » Je
trouve la formule exagérée et déchire l’opercule avec un sourire en coin.
L’aphrodisiaque que je tiens entre les mains est dans un flacon transparent.
On ne dirait rien de plus qu’un collyre.
Apparemment, c’est simple à utiliser : il suffit de verser quatre gouttes
dans la nourriture ou une boisson et le tour est joué. C’est inodore et sans
saveur donc peu importe le résultat, je ne crains pas d’être découvert. Je dis
ça mais évidemment, je suis un peu nerveux à l’idée de faire avaler ce truc
louche à ma femme. Je vais plutôt commencer par le tester sur moi. D’après
la notice, cela ne peut faire effet qu’au bout de plusieurs dizaines de minutes
et dure environ quatre heures. J’attends que ma femme aille prendre un bain
pour avaler juste une goutte. Ce ne sera peut-être pas suffisant pour ressentir
quoi que ce soit mais je préfère être prudent.
Je pensais qu’une goutte n’aurait pas tellement de conséquences. Je me
trompais. Environ dix minutes après l’avoir avalée, je sens mon corps
devenir chaud et ma fréquence cardiaque s'accélérer. Je sens l’excitation
monter peu à peu jusqu’à ce que ça finisse par se voir. Je suis bien plus en
forme que d’habitude et je mets énormément de temps à me soulager.
Heureusement, ma femme reste longtemps dans son bain et quand elle en
sort, l’incident est clos.
Même après avoir expulsé le désir et m’être calmé, mon corps est toujours
chaud. Pas de doute, c’est un bon aphrodisiaque ! En avalant la quantité
prescrite, on peut probablement obtenir le résultat annoncé sur le flacon. J’ai
maintenant hâte de le réutiliser. Pour être sûr qu’il n’y a pas de risque, je
décide d’en reprendre, à la dose prescrite cette fois, avant d’en donner à ma
femme. En espérant ne pas me faire attraper.
La deuxième expérience me fait tellement de bien que j’ai l’impression
d’être dans un autre corps. C’est vraiment surprenant. L’excitation devenue
impossible à refréner et le désir plus intense qu’à l’ordinaire me font rire
tout seul.
Que va-t-il se passer quand j’en donnerai à ma femme ? Comment vais-je
réagir si elle se laisse entièrement aller ? Et quand ce sera fini, quelles seront
les conséquences sur notre couple ?
Il y en aura forcément, alors je dois m’assurer que tout se passe bien. Pour
l’instant, ma femme ne s’est aperçue de rien.
C’est le jour J. Notre quatrième anniversaire de mariage. Je lui offre un
bouquet de fleurs et nous mangeons ensemble ce qu’elle a préparé. Elle a
voulu me faire plaisir : il n’y a que mes plats préférés sur la table. J’ai
soudain un accès de culpabilité. Est-ce que je fais bien de lui donner ce
produit ?
Quelques secondes plus tard, alors que je repense à ce que j’ai lu un jour
dans son agenda, je ne me pose plus la question. La raison pour laquelle j’ai
acheté cet aphrodisiaque, c’est parce que je me disais que c’était un moyen
d’améliorer notre relation. Aussitôt, ma culpabilité disparaît.
Le repas terminé, nous allons tour à tour prendre un bain puis nous nous
apprêtons à regarder un film. Alors que je lance le DVD de la dernière
comédie romantique à la mode, je regarde ma femme dans la cuisine et
vérifie qu’elle ne me voit pas avant de verser l’aphrodisiaque dans son
verre. Tout va bien : elle n’a rien remarqué.
— Santé !
Nous trinquons calmement. Je bois une gorgée de vin mais je suis
tellement nerveux que je ne parviens pas à l’apprécier. Ma femme approche
machinalement le verre de ses lèvres. Mon coeur joue du tambour.
Les secondes qui passent me semblent durer une éternité. Sa main
délicate approche le verre de ses lèvres fines. Quand sa bouche entre enfin
en contact avec le verre, ma femme avale une gorgée de vin et je pousse un
soupir de soulagement. Puis je prends conscience de ce que j’ai fait et ma
nervosité se transforme en excitation. Je visualise l’aphrodisiaque mélangé à
l’alcool descendre dans sa gorge et avale ma salive. Évidemment, sans
qu’elle s’en aperçoive.
Pour ne pas trop me laisser envahir par l’excitation, je me concentre sur
l’écran de la télévision. Je lis la mise en garde contre la violation du droit
d’auteur et bois mon vin par petites gorgées. Ma femme est assise à côté de
moi, assez près pour que nos épaules se frôlent. Elle aussi boit son vin par
petites gorgées. Mais dans son verre à elle, il y a l’aphrodisiaque. J’ai chaud
rien que d’y penser et mes palpitations ne sont pas près de se calmer.
J’essaie de penser à autre chose pour contenir mon désir. Je fixe la télé et
laisse échapper un soupir. À quand remonte la dernière fois qu’on a regardé
un film ensemble ?
— Ça faisait longtemps, hein ?
Ma femme semble avoir lu dans mes pensées. Je lui jette un regard en
biais et hoche la tête en espérant qu’elle ne remarque pas mon agitation.
— C’est vrai. On n’a pas eu beaucoup de temps pour nous ces derniers
temps.
— Désolée. C’est à cause de moi, n’est-ce pas ?
— Non, c’est juste à cause de nos emplois du temps respectifs.
— Tu es gentil.
Je ne pense pas vraiment ce que je dis mais elle semble me croire sincère.
Bon sang, de quoi pourrait-on parler ? J’ai peur de paraître bizarre en lui
demandant comment elle se sent alors je me contente de lui sourire.
Environ trente minutes se sont écoulées depuis qu’elle a bu
l’aphrodisiaque et je commence à constater les premiers effets sur elle.
Pendant tout ce temps, j’étais trop agité pour me concentrer sur le film et
n’ai fait que l’observer du coin de l’oeil, à l'affût du moindre changement.
J’ai voulu me tourner dans sa direction plusieurs fois mais je me suis
finalement retenu dans un effort désespéré. Après un long moment, j’ai
enfin perçu un petit quelque chose.
Le moment tant attendu est arrivé. Toujours du coin de l’oeil, je remarque
que ma femme tape légèrement du pied et que nos épaules se touchent
complètement. Et comme écrit sur la notice, je sens son excitation dans sa
façon de respirer. Dans un effort surhumain, je retiens toujours mon désir
prêt à exploser et me tourne vers elle.
— Qu’est-ce qui se passe ?
Je suis un menteur sans vergogne. À m’entendre parler calmement
comme ça, je me sens fourbe.
— Hmm ? Non, rien. Rien du tout.
Sa voix est devenue aguicheuse. Ses joues sont rouges, ses lèvres
entrouvertes et de petites gouttes de sueur perlent sur son front. Sa tête
légèrement penchée en arrière dévoile son cou et sa clavicule. Elle ne va pas
me faire croire que dans cet état, elle n’a rien.
— Menteuse.
— Je ne mens pas !
— Vraiment ?
— Ah…
J’enlace étroitement le corps de ma femme. Nos nez se touchent presque.
On se dévisage. Elle essaie d’attraper mon index qui caresse doucement ses
lèvres. Mais mon doigt malicieux s’échappe avant qu’elle ne l’attrape. Ma
femme me jette un regard de travers et je la trouve alors irrésistible. Je laisse
échapper un petit rire et pose doucement mon front sur le sien.
— Tu veux quelque chose ?
— Cesse donc de me taquiner.
— Je ne vois pas de quoi tu parles.
Ma femme détourne le regard.
— Idiot.
— Qui est-ce que tu traites d’idiot ? !
J’attrape son menton et la fixe droit dans les yeux. Va-t-elle comprendre
que je ne veux pas en rester là ? Ma femme se mord la lèvre.
— Serre-moi fort.
Elle est si belle que je l’étreins de toutes mes forces. Son corps est
brûlant. J’entends les battements de son coeur. Ce soir, l’odeur habituelle de
son shampooing me semble exquise. À l’idée de m’étendre contre son corps,
je sens une vague de chaleur envahir ma poitrine.
— Et maintenant ?
Pas de réponse.
— On reste comme ça ?
— Vas-y.
— Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
— Embrasse-moi !
— Tu vois quand tu veux.
Je caresse doucement ses cheveux et on échange un baiser. Nos lèvres se
touchent puis se séparent. Ma femme me tend ses lèvres. Ivre de joie, je
l’embrasse encore une fois. Nos lèvres se retrouvent, plus longtemps cette
fois. Je glisse ma langue dans sa bouche entrouverte et envahi par une douce
sensation, je ne pense plus à rien. À quand remonte la dernière fois où je me
suis senti aussi bien ? Cette nuit, drapés dans l’euphorie, nous sommes faits
l’un pour l’autre.
Le lendemain matin, je suis le premier à me réveiller. Je contemple le
visage endormi de ma femme. Je me sens bien. J’aperçois un rayon de soleil
entre les rideaux et un sentiment de bonheur irrépressible m’envahit.
— Hmm…
Je souris à ma femme qui ouvre à moitié les yeux.
— Bonjour.
— Bonjour. Quelle heure est-il ?
— Six heures et demie. Tu peux dormir encore un peu.
— Tu me regardais dormir ?
— Je ne peux pas ?
— Si.
Ma femme se blottit contre ma poitrine. Ses cheveux en bataille me
chatouillent le visage. J’y passe la main pour les écarter de mon visage.
Mèche après mèche, je remets sa douce chevelure en ordre. Je me surprends
à penser que j’aimerais voir notre couple redevenir comme avant. Pas sûr
que ce soit possible.
— Dis…
Ma femme a toujours le visage contre ma poitrine.
— Oui ?
J’entends à sa voix qu’elle est maintenant complètement réveillée. Ça va
aller. Je vais enfin pouvoir dire ce que j’ai sur le coeur.
— On devrait arrêter.
— Quoi ?
Elle lève vers moi de grands yeux tristes.
— Le traitement de fertilité. On devrait l’arrêter.
— Pourquoi ?
— Parce que… C’est éprouvant, non ?
— Pourquoi ? Comment tu le sais ?
Ma femme me regarde l’air stupéfait.
— Je le sais. On vit sous le même toit. J’attendais juste que tu m’en
parles.
— Désolée.
— Tu n’as pas à être désolée.
— Mais je ne veux pas arrêter.
— Tu ne veux pas décevoir tes parents ?
— Oui. Qu’est-ce qu’ils en penseraient ?
Ma femme est douce, honnête et déterminée. Elle rechigne à montrer ses
faiblesses. Pour donner un petit-fils ou une petite-fille à nos parents, elle
traverse beaucoup d’épreuves. Mais jusqu’à présent, elle n’est pas tombée
enceinte une seule fois. Combien de fois ai-je vu ses épaules s’affaisser de
tristesse à l’arrivée de ses menstruations ? Elle essaie de me le cacher mais
je ne suis pas dupe. J’aurais peut-être dû le lui dire plus tôt. Mais je n’ai pas
osé parce qu’elle a beau être celle qui souffre le plus, elle n’a jamais montré
de signes de découragement.
Et puis un jour, j’ai vu. Je suis tombé par hasard sur son agenda. Il était
ouvert. Elle avait fait une croix sur un jour où ses menstruations étaient
"J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé" (Voltaire)

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