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Auteur Sujet: Elsa de Laura D  (Lu 399 fois)

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Elsa de Laura D
« le: jeu. 12 avril 2018 à 16:40 »
Elsa, les anges ne font pas de bruit quand ils tombent de Laura D

Jour de pluie

   Assise sur la plage de Socoa, Elsa contemple les vagues qui se fracassent sur le sable. Ses cheveux fouettés par un vent d’Est froid et brutal s’emmêlent autour des fils de son casque. Depuis quelques semaines, elle écoute des vieux titres de Radiohead, Red Hot ou Nirvana, comme une régression émotionnelle qui la replonge dans une époque réconfortante, mais il y en a un qui la touche plus que les autres, c’est Creep.
   Mais l’Atlantique seul ne suffit plus à l’apaiser alors elle a trouvé d’autres façons d’étouffer ses douleurs. Les traitements qui anesthésient, elle s’y connaît, elle en a pris des tonnes après sa greffe, et elle sait exactement comment les doser pour que tout s’engourdisse à l’intérieur sans que cela se voit à l’extérieur. Quentin a bien remarqué que les boîtes de médicaments se vidaient, mais il ne lui a rien demandé à ce sujet. Lui c’est dans l’indifférence qu’il a choisi de s’anesthésier, quitte à oublier tous ceux qui font partie de son monde.
   Elsa frissonne. Il fait froid aujourd’hui, mais ce n’est rien comparé au vent glacial qui souffle à l’intérieur d’elle. Elle reste pourtant encore, le visage exposé à l’écume qui, portée par des rafales de plus en plus fortes, vient exploser en infimes gouttelettes sur ses joues pâles. Elle a gardé sa silhouette de jeune femme sportive, élancée et musclée, et si elle a raccourci sa chevelure bouclée, ses cascades blondes tombent toujours sur ses épaules. Deux hommes, la petite trentaine, s’approchent d’elle. Il faut dire qu’Elsa, ainsi calée sur les larges rochers qui s’étalent sur la plage comme des galets géants, est une aquarelle pleine de promesses. C’est lorsqu’ils arrivent à sa hauteur et croisent son regard qu’ils rebroussent chemin, silencieux, probablement surpris d’avoir trouvé en un seul lieu, si infime, si intime que deux iris bleus griffés d’or, toute la tristesse du monde. Elsa ne fait même pas attention à eux. C’est déjà difficile de se concentrer sur sa propre existence.
   Son portable vibre dans sa poche.
De Julian : Tu rentres quand ?
De 06 45 85 25 95 : J’arrive.

***
   
   Une odeur de brûlé l’accueille dès le jardin. Elsa s’engouffre dans la cuisine, un peu inquiète.
   – Salut M’man ! Ce soir c’est moi qui cuisine !
   Julian, dix-neuf ans, lui montre fièrement des carrés d’un brun très foncé d’où s’échappe du fromage liquide. A priori des croque-monsieurs, mais ce n’est pas si évident.
   – Ça a l’air bon, répond Elsa, mais le ton n’est pas très convaincant et Julian fait la moue.
   Ses cheveux blonds ébouriffés, ses yeux rieurs planqués derrière des lunettes, ses t-shirts jamais repassés, sa voix, tout en lui est une copie conforme de son père, à part la barbe. Elsa aime passer sa main dans ses cheveux pour les décoiffer un peu plus, surtout parce qu’elle sait qu’il va râler en affirmant qu’il a mis des heures à se faire cette sculpture capillaire savamment étudiée qui consiste à faire croire qu’on ne s’est pas coiffé.
   Un coup d’œil circulaire indique à Elsa que d’autres tentatives, avant les carrés de pain de mie dégoulinants, se sont soldés par un échec cuisant.
   – Tu n’oublieras pas de nettoyer tout ça…soupire-t-elle.
   – Le chef ne fait pas le ménage, il crée. Le nettoyage, c’est pour les commis. Ou les filles. Nina le fera, rétorque-t-il, attendant déjà la réplique sismique de sa sœur avec un sourire.
   Ce qui ne tarde pas.
   – Mamannnn ! Tu vas le laisser dire ça ? Je n’en peux plus de ses remarques sexistes ! C’est puéril et injustifié !
   – Du calme, Miss Femen, se moque son frère, apprends l’humour et on en reparlera.
   – Ça n’a rien de drôle de propager une image de la femme dégradante et réductrice.
   – N’empêche, insiste son frère, une femme qui se tait ne risque pas de se faire exclure de cours, elle.
   – Tu t’es faite exclure d’un cours ? intervient Elsa.
   – Je ne vois pas le rapport ! Mêle-toi de ce qui te regarde ! vocifère la jeune fille à son frère, hilare.
   – Nina Jessica Decostayre ! Pourquoi tu t’es fait exclure de cours ? insiste Elsa.
   La jeune fille fronce son nez, furieuse après Julian qui continue à massacrer le pain de mie avec entrain.
   – Mais Maman, c’est pas de ma faute !
   – Bien sûr, Nina, c’est toujours de la faute des autres ! Alors explique-moi ce que les autres ont fait. 
   – C’est le prof de maths, Monsieur Daguerre. Il a humilié une fille de ma classe, devant tout le monde !
   – En lui rappelant qu’il n’était pas utile de compter sur ses doigts pour calculer 1 +1 ? raille Julian.
   – Maman ! Fais-le taire !
   Elsa, fatiguée mais amusée, fait signe à son fils de cesser ses moqueries. Il ressemble tellement à son père quand il a ce sourire en coin et les yeux qui pétillent.
   – Un membre du corps enseignant devrait mettre en valeur les compétences de chacun, pas se moquer de ses lacunes, affirme Nina.
   – M’man, dis-lui qu’elle fait peur quand elle parle comme ça.
   – Ça suffit Julian, laisse finir ta sœur, soupire Elsa.
   Nina, satisfaite, adresse une grimace à son frère.
   – Donc, tu as dit ça à ton prof ?
   – En quelques sortes, répond Nina après deux secondes d’hésitation.
   – En quelques sortes n’est pas une réponse rassurante, Nina. Qu’est-ce que tu lui as dit exactement, à ton prof ?
   – Euh…que c’était un pauvre type, répond Nina d’une toute petite voix.
   – Quoi ?
   – Elle a raison, les interrompt une voix dans le couloir.
   Quentin surgit dans la cuisine. Nina se pend aussitôt à son cou et l’embrasse bruyamment sur la joue, heureuse de voir un allié débarquer au bon moment.
   – Merci pour cet avis hautement éclairé, grogne Elsa sans le regarder.
   Quentin embrasse son fils, lorgne sur les croque-monsieurs avec le sourcil levé, regarde Julian avec un sourire entendu qui admet qu’ils n’aient pas reçu, ni l’un ni l’autre, de don particulier pour la cuisine.
   – Si ma fille dit que c’est un pauvre type, c’est que ça doit être vrai, rétorque Quentin avec un clin d’œil à Nina.
   – Et ça l’autorise à s’adresser à un prof de cette manière, tu crois ?
   Quentin hausse les épaules, et cela exaspère encore plus Elsa qui préfère tourner les talons et s’enfuir dans le jardin plutôt que de provoquer une énième dispute avec lui. Sa désinvolture prendrait le dessus, de toute façon.
   Elle se cale contre le mur, de façon à ce qu’on ne puisse pas la voir. Inutile de montrer à Quentin qu’il a encore touché sa cible. Elle sent en elle une vague silencieuse arpenter ses veines, se charger de rancœur, de tristesse et de colère. La seule façon dont Quentin la touche aujourd’hui, c’est en lui griffant le cœur. 
   – Maman ? Tu viens manger ? lui demande une petite voix hésitante.
   Nina, elle, est une copie conforme d’Elsa. Déjà grande pour son âge, mince, de longs cheveux bouclés, tout juste un peu plus foncés que ceux de sa mère, de minuscules tâches de rousseur sur les joues et le nez et de grands yeux dans lesquels elle dissimule difficilement ses émotions. Mais la ressemblance s’arrête là, car si le physique est le même, l’attitude est totalement différente : Nina est aussi volubile qu’Elsa était discrète au même âge. Petite boule de nerfs toujours prête à exploser, Nina est une féministe affirmée et aurait déjà intégré le rang des Femen si sa mère ne lui avait pas fait remarquer que la pudeur de ses quinze ans ne résisterait pas au costume de super-héroïne que les militantes arboraient lors de leurs manifestations, autrement dit, leurs jolies poitrines dénudées. Elle adhère aussi à la cause animale, et n’hésite jamais à faire part de sa colère auprès de ses voisins, éleveurs de canards destinés à produire du foie gras, tandis qu’Elsa s’en gave dès qu’elle déjeune au resto avec ses collègues.
   Elle est jolie, Nina. Très jolie, même, et avec son visage d’enfant bordé de sa chevelure lumineuse, elle doit attirer des kyrielles de petits cons, au lycée.
   – J’arrive, ma puce.
   Autour de la table familiale il y a son fils et sa fille, qu’elle chérit comme un trésor, et auprès d’eux elle se sent vivante ; ils lui insufflent ces petites particules de vie qui coulent dans ses veines et maintiennent son cœur au chaud.
   Et puis il y a celui qu’elle a aimé, bien plus qu’elle ne se serait crue capable, celui qui a permis son réveil, son éveil, son évolution, celui à qui elle doit ce bonheur d’être mère, celui qu’elle a tant aimé, jour et nuit, surtout la nuit, et qu’elle a choisi comme compagnon de vie. Il n’a pas tellement changé, en fait, avec ses cheveux décoiffés et ses lunettes rondes. Il a juste perdu son sourire, lui aussi ; il était pourtant si beau, avec son sourire si large qu’il plissait ses yeux dans une onde malicieuse.
   Elsa le regarde, exagérément, avec insistance, comme si c’était la première fois. Sauf qu’aujourd’hui, elle le déteste, autant qu’elle l’a aimé.

***
      
   – Pourquoi tu as dit à ta fille qu’elle avait eu raison d’être insolente avec son prof ?
   – Pourquoi tu m’agresses ?
   – Je ne t’agresse pas.
   – Je n’ai pas dit à Nina qu’elle avait eu raison d’être insolente, j’ai dit qu’elle avait eu raison de dire que son prof était un pauvre type.
   – Pardonne-moi si je ne saisis pas bien la nuance en terme d’éducation.
   Quentin soupire et jette son pull sur le lit, énervé, ébouriffant un peu plus ses cheveux. Une mèche rebelle se dresse au-dessus de sa tête, et Elsa aurait trouvé ça drôle si elle n’avait pas été si en colère.
   – Tu pourrais arrêter d’être tout le temps en colère et de te passer les nerfs sur moi ? rétorque Quentin.
   – Le jour où je serai vraiment en colère, tu le sauras.
   – T’as raison. Là je vois du mépris dans tes yeux. C’est pire.
   Elsa le fixe, la mâchoire aussi serrée que le cœur et les poings. Ses hurlements resteront silencieux ce soir encore, au fond d’elle, comme des monstres qui frappent à la porte. Elle préfère les enfermer plutôt que de les laisser ravager ce qu’il subsiste encore, même si c’est infime. Certains soirs sont plus sereins ; ils ne se parlent pas mais au moins ne se disputent pas.
   Elle fait des efforts incommensurables pour ne pas pleurer, mais elle sent déjà ses yeux se remplir d’une chaleur significative alors elle se réfugie dans la salle de bain où elle espère que la vapeur se mêlera à ses larmes et la plongera dans le flou d’une vie recouverte de buée.
    Quentin s’assure que Nina et Julian sont dans leur chambre avant de descendre, son oreiller sous le bras. 
"J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé" (Voltaire)

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Re : Elsa de Laura D
« Réponse #1 le: dim. 15 avril 2018 à 22:31 »
Réponse de Morphée

Laura D sait par sa jolie plume  et ses dialogues réalistes nous émouvoir, surprendre et captiver ! Oui ! tout ça à la fois !  Je l'avais déjà  remarqué en lisant Le réparateur de cœurs brisés que j'avais adoré !
Et ça se vérifie avec celui ci aussi !  J'ai tellement aimé les personnages attachants ,Elsa et son amie Jess, Tristan le nouveau voisin mais aussi les garçons surfeurs et bien sur l'intrigue que j'enchaîne avec la suite le tome 2.
Merci encore à Libres écritures et à l'auteur pour m'avoir offert ces 2 romans grâce au concours sur twitter ! j'en suis ravie :yahooo: !
"J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé" (Voltaire)