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Auteur Sujet: Et maintenant, je t'aime de Isabel Komorebi  (Lu 2159 fois)

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Et maintenant, je t'aime de Isabel Komorebi
« le: jeu. 08/04/2021 à 16:37 »
Et maintenant, je t'aime de Isabel Komorebi

Mel.


« J’ai toujours comparé l’amour à une plume.
Douce, légère, soyeuse.
Elle virevolte, se pose sur votre cœur, le caresse.
Mais elle peut se retourner et sa pointe vous piquer.
La douceur et la douleur sont un tout, ne forment qu’un. Elles font partie du sentiment puissant qu’est l’amour ; une ambivalence, une dualité permanente.
Je t’ai aimé si fort. Je n’ai aimé que toi.
C’était il y a longtemps. Pourtant, mon cœur est encore à vif, saigne chaque jour de t’avoir perdu.
Parfois, je regarde dans le miroir, y vois mon reflet écrasé de regrets. L’image se brouille, tu t’avances vers moi, embrasses ma nuque, me prends dans tes bras. Notre enfant tire sur ma robe, quémandant notre attention. Tu ris, le grondes gentiment, le soulèves, et le chatouilles avant de l’inonder de baisers.
Je souris à notre bonheur.
Puis, tout s’efface. La plume s’envole, l’amour aussi. Il ne reste que moi.
Alors, je pleure.
Je pleure la vie que j’aurais dû avoir avec toi. »




PARTIE 1
Hank
Celui qui a verrouillé son cœur.



Wise men say
Les hommes sages disent
Only fools rush in
Que seuls les fous s’y précipitent
But I can't help falling in love with you
Mais je n’y peux rien si je t’aime
Shall I stay?
Devrais-je rester ?
Would it be a sin
Serait-ce un péché
If I can't help falling in love with you?
Si je ne peux m’empêcher de t’aimer ?

Can’t help falling in love
Elvis Presley



25 ans plus tôt.
Prologue.


— Ne sois pas triste.
Je ne réponds rien, les yeux rivés sur mes pieds. Je refuse de croiser son regard, car si je le trouve, je vais m’y noyer et je vais m’écrouler. Il m’est impossible de pleurer devant elle, même si mon cœur est brisé. Je m’effondrerai lorsqu’elle sera partie, quand je pourrai hurler ma rage au monde, quand je ne serai plus que douleur.
— Je t’en prie, dis-moi quelque chose.
Je secoue la tête, ravale mes larmes.
— Julian…
Mes yeux se troublent. Sous les pleurs, sous le malheur. J’avais enfin trouvé un équilibre, un sens à ce qu’était ma courte vie. Sens qui vient d’éclater en un millier de grains de sable échoués sur cette plage. Ses lèvres bougent à nouveau. Je stoppe ses mots de ma main.
Non, s’il te plaît, ne dis rien. Il n’y a plus de Julian, il est mort aujourd’hui sur cette plage en même temps que notre histoire.
Ma moitié de cœur se rapproche, crochète nos doigts, comme elle aime tant le faire. Une promesse est une promesse, comme on dit. Or, comment la respecter, alors qu’on va me l’enlever ?
« Toi et moi, seuls au monde, Julian, le reste est sans importance. »
— Parle-moi…
Elle insiste, ma Melody, la jolie demoiselle nichée au fond de mon âme. Mais les mots ne viennent pas, restent coincés dans ma gorge. J’ai toujours su que notre histoire finirait ainsi. Mel est inaccessible, une énigme. Pourtant, j’y suis allé, j’ai foncé. Foutu cœur qui a donné une claque à ma raison. C’est elle que j’aurais dû écouter, si mon palpitant n’avait pas explosé face à l’évidence que cette fille était faite pour moi.
Je sentais qu’elle partirait un jour, qu’elle m’échapperait. Que notre histoire était réglée comme une vieille horloge, dont le « tic-tac » ne pouvait pas être remonté à l’infini. Et qu’un matin, son « dong » sonnerait la fin de notre amour.
Mais qu’y puis-je si j’ai besoin d’elle ? Elle a toujours été à mes côtés, dès le premier jour où je l’ai rencontrée.
Au début, des gamins qui crapahutaient ensemble, qui comptaient les grains de sable, qui partageaient leur goûter, qui revenaient de l’école côte à côte. Et puis, très vite, autre chose. Un déclic où tout devient différent. Un petit boum dans le cœur, un frisson qui vous parcourt l’échine. L’envie de lui tenir la main, de la prendre dans vos bras. Et, pour finir, la jalousie, l’horreur de comprendre qu’elle pourrait en choisir un autre que vous.
Ce moment étrange où elle devient autre chose, où vous admettez qu’elle est bien plus qu’une amie, qu’elle s’est lovée en douceur dans votre cœur.
« Tu es jeune, tu t’en remettras. » qu’on m’a dit.
Connerie.
« Tu l’oublieras. »
Connerie. Connerie.
« Tu rencontreras d’autres filles. »
Connerie. Connerie. Connerie, je ne veux qu’elle !
Et les larmes viennent, coulent, mouillent le sable. Ce monde manque d’eau paraît-il, foutaises ! Avec le déluge dégoulinant de mes yeux, je pourrais faire pousser une forêt entière !
Mel se colle contre moi, s’enroule, s’agrippe. Mes bras se referment sur elle dans l’espoir de la retenir un peu.
— Je te retrouverai.
C’est tout ce que j’arrive à lâcher, alors que je devrais tomber à genoux et lui crier que je meurs d’amour pour elle.
— Je sais, me répond-elle.
Un klaxon beugle du fond de la plage, beugle et beugle encore. Faisant s’envoler les mouettes. Tout beugle et tout s’envole, comme les cris qui hurlent dans mon cœur.
Mel me chuchote des mots d’amour, m’offre une dernière fois le goût de ses lèvres, s’écarte pour me faire face, le visage blême, les yeux rougis de peine.
— Merci, murmure-t-elle. Pour nous deux. Pour tout ce qu’on a vécu. Et… pour cette nuit.
Elle rougit devant son aveu. Et je lui dirais les mêmes mots et plus encore si je n’étais pas aussi fier et con.
Et en colère.
Mel m’offre un sourire mélancolique. Elle est ainsi, un beau mélange de fougue et de retenue, de folie et de tristesse. Je n’ai jamais compris ce qu’elle m’avait trouvé, pourquoi elle s’était accrochée à moi le jour où l’on s’est rencontrés. Je suis commun, sans intérêt, une petite étoile faiblarde qui a trop voulu s’approcher du soleil et qui s’est brûlée.
Nouveau beuglement. Mel qui tourne la tête, qui me lâche.
Et ma vie qui s’en va dans un dernier soupir, dans un ultime regard.
Et dans un flot de larmes.
Ses pas sont lourds, s’enfoncent dans le sable, comme moi je m’enfonce dans le vide.
Elle rejoint la route, ouvre la portière. Mon cœur éclate, meurt. Allez, trois petits mots, ce n’est pas si dur, dis-lui !
— Je t’aime ! je lui hurle.
Elle se retourne, surprise, m’offre son dernier sourire, son dernier cri.
— Je t’aime aussi !
Une main la presse à l’intérieur. Avant de rentrer dans ce véhicule qui me l’enlève, de m’échapper à jamais, nous crions nos ultimes mots en même temps :
— Pour toujours !
Et cette hideuse bagnole noire de partir et de m’arracher le cœur.
Il paraît que ça ne pèse pas lourd le cœur d’un gamin. C’est des conneries. Car ce n’est plus un cœur que j’ai dans la poitrine depuis ce jour. C’est un poids, un morceau de ferraille émietté qui me lacère les chairs.
J’ai passé les plus belles années de ma vie avec elle. Les suivantes, seul. À survivre, à faire semblant de vivre.
Vingt-cinq ans qu’elle a quitté notre plage. Et, pourtant, je la sens encore, elle est toujours là, en moi. Y a un truc qui avait poussé dans mon cœur quand elle était là. Une jolie petite pousse, pure, sincère, qui entourait mes entrailles et pulsait dans mes veines.
Maintenant, il n’y a plus rien. La petite pousse s’est fanée, a fini par crever.
Elle est comme moi, la douleur l’a bouffée.
À plus de 40 ans, il ne me reste rien, à part les souvenirs d’un passé lointain.

De nos jours.
1.


— Mr Harving, vous devez comprendre que nous sommes extrêmement inquiets quant aux décisions financières que vous prenez actuellement.
Je retiens un soupir d’exaspération. Et voilà, on y est, c’est parti pour les reproches et les longs blablas. Pognon par-ci, pognon par-là. Bordel, mais qu’est-ce que j’en ai à foutre de leurs conneries ? J’abandonne ma position nonchalante, redresse le dos, relève le menton. Pour me maintenir droit devant eux, pour leur montrer qui est le patron.
Car, le boss, ici, c’est moi.
J’étire mes jambes de tout leur long sous le bureau. Mes os craquent, je fais rouler mon cou dans l’espoir de me détendre. Peine perdue, j’ai mal partout, la nuit a été trop courte. Et devoir causer avec tous ces emmerdeurs ne va pas arranger mon humeur de la journée.
Je consulte l’horloge en grimaçant. À peine 9 h 20. Penny est en retard. Eh, merde !
Je soupire, me pince l’arête du nez. Tous sont tournés vers moi comme si j’étais le messie. Sauf que moi, je ne multiplie pas les petits pains, je multiplie les billets verts.
Pourquoi j’ai accepté de les recevoir déjà ?
Je relève la tête et lance un regard assassin à l’assistance de costards-cravates qui me dévisage. Je ne savais pas qu’on pouvait autant écarquiller les yeux, ça me fait marrer. Mes lèvres s’étirent et je ricane tout seul, j’adore leur faire mon regard de tueur. Bien que ce soit un coup de poker, ça marche à chaque fois, juste pour leur rappeler qui commande ici.
Certains se tortillent sur leur chaise, d’autres baissent les yeux. Quelques-uns sont proches du malaise. Ils attendent tous ma sentence, et mon coup de gueulante. Ils ont l’habitude avec moi, j’adore taper des crises pour leur foutre la trouille.
Je m’enfonce à nouveau dans mon siège, croise les bras et retiens le gloussement qui cherche à se sauver de ma gorge. Se moquer de la gueule de ses banquiers, peu oseraient, pourtant la sagesse n’est pas une de mes qualités, alors je fonce. J’ai été clair avec eux. Pire, j’ai été patient ; c’est mon fric, à moi seul, j’en fais ce que je veux. Libre à moi de le jeter par la fenêtre si ça me chante.
Plus d’un an qu’ils me font chier. C’est le problème quand vous avez trop d’argent sur votre compte en banque, certains pensent avoir un droit de regard dessus, alors que les chiffres alignés sur l’écran ne leur appartiennent pas.
— Mr Harving, si nous sommes là, c’est que nous nous inquiétons pour votre capital.
C’est Ganner qui a parlé. Il est pile en face de moi, à l’autre bout de la table. De chaque côté, cinq gugusses qui ne savent pas où se mettre et qui retiennent leur souffle. Il replace ses lunettes avant de s’enfoncer dans son siège, de croiser les bras et de plonger son regard dans le mien. Je n’en reviens pas de son audace, il me singe. Le mimétisme pour tenter l’intimidation. Ok, message compris. Donc, tu veux jouer à ça ?
— Mon capital ? Qu’est-ce que vous en avez à foutre de mon capital ?
Ses yeux s’élargissent, choqués.
Premier round, c’est parti.
Je peux me permettre d’être rentre-dedans et grossier. Pas lui. Le client est roi, même s’il est con, c’est la règle de base. Surtout quand ledit client est riche à millions et qu’on se doit de lui faire des courbettes si on veut avoir sa part.
Ganner déglutit, ses narines se dilatent. Il soupire, cherche ses mots, le meilleur moyen de ne pas me vexer. Peine perdue, c’est déjà fait. Tous les deux, on ne s’entend pas, et ce n’est pas près de changer. Je le connais depuis des années, il n’y a pas pire requin que lui. Impossible de s’en débarrasser, il est intouchable. Il gère une partie de mes actifs, j’ai bien demandé à bosser avec un autre interlocuteur plusieurs fois, il arrive toujours à les évincer pour prendre leur place. Il s’accroche à mon fric comme une sangsue sur une vilaine plaie.
J’ai chaud, bous intérieurement, mes vêtements me serrent, ma cravate m'étrangle. Je ne suis pas dans mon élément ici, mais je suis bien obligé de faire semblant pour m’imposer face à tous. Je ne rêve pourtant que de virer toutes ces fringues pour me jeter dans la piscine.
Ganner m’observe toujours, les autres sont aussi mutiques que des poissons rouges. Je les passerais bien tous par la fenêtre, avant de me rappeler qu’elles sont dotées de sécurité pour éviter le problème du patron colérique qui a des envies de meurtre.
Nouveau coup d’œil à l’horloge. 9 h 22. Autant en finir au plus vite.
Le rictus sur mes lèvres s’étire encore plus. Je suis doué à ce petit jeu, si Ganner me cherche, il va me trouver. Je ne lui laisse même pas le temps de continuer son baratin, je reprends ma position lascive, installe mes pieds sur le bureau. J’entends des « Oh » et des « Ah » choqués. Ouais, ça ne se fait pas, mais je m’en fous, je ne bouge pas. Marquage de territoire. Ici, c’est chez moi.
— J’ai été très clair quand j’ai lancé ce projet. Il ne sera jamais rentable et je n’en ai rien à foutre. Ce que j’ai sur mon compte ne vous concerne en rien.
Second round engagé.
Ganner rejette mon argument d’un revers de main.
— Vous devez comprendre que cela pourrait mettre en péril vos autres actifs. Au rythme où vous perdez de l’argent, vous allez subir des déficits énormes.
J’écarquille les yeux alors qu’il appuie sur le mot « énorme ». Il se lève, fouille dans son attaché-case pour en sortir un dossier gros comme la Bible. J’arque un sourcil face à l’épaisseur de la paperasse.
Je suis peut-être bien le messie moderne entouré d’apôtres en costard tout compte fait.
Le dossier passe de main en main avant que gugusse sur ma droite me le tende sans oser me regarder. Il est stressé, sue à grosses gouttes. Je lui arrache des mains en me demandant bien pourquoi Ganner amène tous ces types à chaque fois. Je dois lui fais si peur qu’il refuse de m’affronter seul.
Il faut croire que la lâcheté est innée chez les profiteurs.
J’ouvre le dossier du bout des doigts. La paperasse, c’est pas mon truc, c’est celle d’Erick, c’est lui qui gère toutes ces conneries, qui relit tout, qui valide ou qui s’oppose. Les papiers, c’est sa passion, il ne se déplace jamais sans. Il les enlace, les embrasse presque. Ils lui collent au cul pire qu’une maîtresse. Ça ne m’étonnerait pas que sa copine soit jalouse de l’attention qu’il leur porte.
Je parcours les premières pages, y vois des graphiques, des feuilles de calcul, des bilans. Tout ce que je déteste et qui me fait perdre mon temps.
— Page 338. Paragraphe 4, alinéa 7.4, m’explique Ganner dans un gloussement.
Autour de moi les apôtres retiennent des ricanements. Je grince des dents. Ganner sait parfaitement que je ne lis aucun document, que d’autres le font pour moi, et que je me contente de les signer. En revanche, s’il croit pouvoir se foutre de ma gueule dans mon propre bureau, il fait une grave erreur.
Je referme le dossier, le pousse jusqu’en bout de table où il échoue dans la poubelle. Le bruit de chute ressemble à celui d’une enclume. Nouveaux « Oh » et « Ah » choqués. Et Ganner qui devient livide.
— Je vous paie pour me faire des synthèses, pas pour m’imprimer un bouquin, j’ai des comptables pour ça, je siffle. Je perds combien de capital dans votre prévisionnel ?
— Mr Harving…
Le plat de ma main claque sur la table, les apôtres décollent de leurs fauteuils en frôlant la crise cardiaque.
— Ne m’obligez pas à répéter. Combien ?
— Trois pour cent, finit-il par lâcher.
Heureusement que je suis assis, sinon j’en tomberais de ma chaise.
— C’est tout ? Vous débarquez à onze pour trois pauvres petits pour cent ?
Il lève les paumes en l’air, presque paniqué.
— Mr Harving, cela représente la somme de plusieurs millions et …
— Et quoi ? J’avais dit que j’investirais jusqu’à douze pour cent de mon capital dans ce projet. Et vous m’emmerdez pour trois ? Vous déconnez, j’espère !
— Soyez réaliste, s’énerve Ganner. Douze pour cent, c’est impensable !
— C’est mon argent, mon entreprise et…
— Veuillez m’excuser, mais vous n’êtes pas seul à décider. Vous êtes trois associés à parts égales et…
Le reste de son argumentaire se perd dans les limbes. Je me cale à nouveau dans mon fauteuil. Le problème est donc là ; deux collaborateurs bossent effectivement avec moi. Enfin, normalement, j’ai tendance à l’oublier et à n’en faire qu’à ma tête, comme d’habitude. Je voulais incorporer ce projet à l’entreprise pour lui donner plus de poids et de moyens. Si j’avais su que mes banquiers me feraient autant chier, je l’aurais créé sur mes fonds propres.
— … et si vous perdez trop d’argent, vous finirez par devoir revendre une partie de vos parts à vos cousins, vous deviendrez de fait minoritaire pour toutes les décisions.
Fin du second round.
Pour l’instant, j’ignore qui mène. Ganner me toise, fier de son pitch. Je commence à comprendre où il veut en venir. Les apôtres prennent un air penaud.
— Vous croyez que mes cousins oseraient me virer de ma propre entreprise ?
Il hausse les épaules.
— Ça s’est déjà vu, malheureusement.
Connard.
J’en ai assez de sa provoc’, je n’ai pas de temps à perdre avec ces conneries. Je me racle la gorge, crache avec tout le mépris du monde :
— Vous êtes là parce que vous avez peur de voir filer votre prime de fin d’année ou pour créer des tensions au sein de ma famille ?
Je fais mouche.
Ganner se ratatine, se pince les lèvres, puis se balance nerveusement sur son siège.
— Je sais que c’est une affaire familiale, se dédouane-t-il. Notre banque est fière de vous suivre depuis le début. Votre grand-père a monté cette entreprise, l’a fait prospérer et il n’approuverait sans doute pas que…
— Le grand-père, il est mort et enterré, je siffle.
Nouveaux « Oh » choqués de l’assemblée.
Merde, je n’aurais pas dû. J’ai beau être grossier, cracher sur les morts, ça ne se fait pas. Je prends un air désolé pour rattraper le coup.
— Je reconnais qu’il nous a laissé un empire, alors… euh… paix à son âme, dis-je maladroitement.
Une petite silhouette se profile enfin sur les vitres du couloir. 9 h 37. Les renforts arrivent, pas trop tôt. Je lance le troisième round.
— Ok. Vous n’approuvez pas mes choix et je m’en fous. Mes associés, mes cousins, ma famille sont avec moi sur ce projet. On s’entend sur tout en affaires. Nous sommes une putain de Sainte Trinité et vous n’avez rien à dire.
Je pointe un doigt accusateur vers eux pour les achever :
— Vous tous, vous ne créez rien. Vous êtes inutiles, des profiteurs juste bons à prendre le fric qui ne vous appartient pas. Des spéculateurs qui emmerdent ceux qui cherchent à investir. Vous êtes qui pour vous croire plus puissants que les autres ? Vous n’êtes rien à part des sangsues à dollars. Le monde se porterait bien mieux sans vous et vos histoires malsaines de pognon !
Mon baratin a gelé l’ambiance déjà tendue, les apôtres en restent bouche bée. La porte s’ouvre enfin dans un grand fracas et une petite nana de mon âge entre en trombe dans la salle. Les costards-cravates se retournent tous vers elle. Ganner se lève automatiquement pour lui laisser sa place. Elle jette ses sacs sur le fauteuil avant de dévisager l’assemblée.
Une gonzesse au milieu d’un bataillon de mecs.
Bon courage à eux. Si moi je suis le messie, elle, elle est le Saint-Père.
— La vache, vous en tirez une de ces tronches ! lance-t-elle joyeusement.
Dernier round enclenché.
J’en ricane d’avance.
Bienvenue Penny.

"J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé" (Voltaire)

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