26/06/22 - 03:22 am


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Auteur Sujet: Incarnation-T2-Amalia de Daryl Delight  (Lu 1129 fois)

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Incarnation-T2-Amalia de Daryl Delight
« le: jeu. 26/05/2022 à 18:15 »
Incarnation-T2-Amalia de Daryl Delight



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Prologue

   — S’il ne veut pas écoper de deux ans de prison ferme, il ferait mieux de plaider coupable.
   Raphaël ne sait pas pourquoi il a décroché. Il est presque vingt heures, un vendredi soir, et il se trouve toujours à son bureau. Tout ce dont il a envie, c’est de prendre   une bonne douche avant de déguster un plat chinois qu’il se fera livrer.
   — Toutes les preuves sont contre lui, madame Costa, il n’y a aucun doute sur sa culpabilité. Essayer de mentir au juge ne fera qu’augmenter la peine.
   S’il n’est pas trop fatigué, il proposera à Loretta de venir passer la nuit chez lui. Il est presque sûr que ça ne se fera pas, car il est crevé et risque de s’endormir devant la télévision après son repas. Ils se verront demain, comme tous les samedis depuis presque un an, et ils feront des galipettes durant tout le week-end.
   — La victime l’a reconnu. Votre fils n’est même pas capable d’enfiler une cagoule pour braquer une épicerie. Et même si on ne distingue pas clairement son visage sur la caméra de surveillance, il ne fait aucun doute que c’est lui. Les vêtements qu’il portait ce jour-là ont été retrouvés dans son placard. La police a prélevé des empreintes sur le lieu du crime et ils les compareront assez vite avec les siennes.
   Au téléphone, Madame Costa semble sincère. Un peu naïve au vu de la situation se dit Raphaël. Le fils de  cette femme est loin d’être l’ange qu’elle prétend connaître.
   — Je passerai le voir lundi matin à la première heure. La seule solution est qu’il admette son crime. Je tenterai de lui expliquer la situation pour qu’il change d’avis. Je vous assure que c’est pour son bien.
   Mais la mère de famille continue ses supplications. Elle parle vite avec un fort accent italien.
   — Je vous rappellerai demain, il se fait tard. Ne vous en faites pas, il est jeune et il n’y a pas eu de blessé. S’il se tient à carreau, il devrait s’en sortir. Je vous laisse. Essayez de vous reposer.
   Raphaël ne laisse pas son interlocutrice rebondir et coupe la communication immédiatement. Une douche et un plat chinois, ce sont les seules choses auxquelles il pense.
   Il referme son classeur, le range sur l’étagère et éteint l’ordinateur ainsi que les deux lampes aux extrémités de son bureau. Alors qu’il quitte la pièce, la sonnerie du téléphone retentit. Cela doit être Madame Costa qui va vouloir qu’on lui rabâche ce qu’elle sait déjà. Raphaël n’y prête pas attention. Les livraisons à domicile se terminent à vingt-deux heures et il n’a pas envie de cuisiner ce soir. Madame Costa attendra lundi matin pour pleurnicher.
   Dans l’ascenseur, il se dit qu’il devrait appeler le restaurant pour passer commande. Le temps de préparer et de livrer, il sera rentré et aura pris sa douche. Puis il se souvient qu’il n’y a pas de réseau au sous-sol. Il téléphonera sur la route.
   Une secousse. Raphaël vacille et se rattrape à la rambarde. Les lumières au plafond de la cage métallique faiblissent jusqu’à mourir. La cabine est à l’arrêt, plongée dans le noir.
   — C’est pas possible ! Pas maintenant !
   Raphaël sort son portable de la poche intérieure de sa veste et l’utilise comme lampe torche. Aucun doute possible, c’est une panne de courant.
   Le bouton d’appel d’urgence est vert. Est-ce que ce truc marche même sans électricité ? Il en doute, mais s’acharne sur le bouton.
   — Allez, s’il vous plaît !
   Les néons au-dessus de lui grésillent et se rallument. Un bruit de machine qui se met en marche lui fait reprendre espoir. Puis l’ascenseur se remet à fonctionner.
   Fausse alerte. Soulagé, Raphaël soupire.
   Les portes métalliques s’ouvrent enfin. Le parking est vide. Encore une fois, il est le dernier à quitter l’immeuble. Il devrait sérieusement songer à diminuer sa charge de travail.
   Il est presque arrivé à sa voiture quand une nouvelle panne de courant survient. Le noir complet durant quelques secondes. Puis les luminaires de secours prennent le relais. De faibles lueurs rouges l’entourent.
   — Très rassurant, souffle-t-il.
   Tout d’un coup, il comprend mieux ce que ressent sa secrétaire. Après dix-huit heures, elle refuse de descendre seule de peur de se faire agresser dans ce sous-sol. Mais tout va bien. Raphaël est un homme. Il peut se défendre en cas de besoin.
   Il pointe le plip sur son véhicule et presse le bouton où figure un cadenas ouvert. Ses mains sont moites. Un « bip » retentit. Les portières se déverrouillent.
   Habituellement, Raphaël n’est pas du genre trouillard. Mais un avocat doit toujours rester sur ses gardes. Dans ce métier, il vaut mieux surveiller ses arrières.
   Il accélère le pas, mais s’arrête net lorsqu’une silhouette sort de l’ombre et se poste devant la voiture. Elle reste plantée là, immobile et menaçante comme peut l’être un étranger qui vous fixe sans raison.
   — Je peux vous aider ?
   Raphaël recule déjà en posant la question. Il n’a aucunement envie de savoir ce que le type lui veut, car il est évident qu’il n’a pas affaire à un vieil ami. Le type est plutôt baraqué, et surtout, Raphaël remarque qu’il tient une arme blanche dans sa main droite. Le manche est noir, la lame crantée. Ce n’est pas un simple couteau, mais plutôt le genre qui sert à éventrer un gibier. C’est un véritable poignard de chasse.
   Raphaël sent ses poils se hérisser. L’adrénaline monte. Son instinct lui ordonne de fuir.
   Il fait volte-face et se met à courir. Il est à mi-chemin de l’ascenseur quand il jette un coup d’œil rapide par-dessus son épaule. Le type le poursuit à une cadence effrénée. C’est là qu’il remarque son visage.
   Oui, il connaît ce visage. Il ne sait plus où il l’a vu, mais il ne lui est pas inconnu.
   Il appuie sur le bouton d’appel de l’ascenseur. Merde ! Il en avait oublié la panne de courant ! Il part à droite, longe le mur de béton et ouvre la première porte.
   Il arrive dans la cage d’escalier et grimpe les premières marches. Son poursuivant a gagné du terrain, il est juste derrière lui, sa présence est palpable. Agir avant qu’il ne soit trop tard. Il est en hauteur, en position de force, attaquer est la meilleure défense.
   Il se retourne et balance un coup de pied. Le type esquive d’un geste vif et contre avec un crochet. La lame fend l’air et siffle tandis qu’elle effectue un arc de cercle. La chemise de l’avocat se déchire, une entaille se dessine sur son torse, le sang gicle.
   Raphaël tombe sur le dos. Une forte brûlure au niveau de la poitrine l’empêche de profiter pleinement de ses mouvements. Il est toujours en position de force et, après avoir lâché un grognement, en profite pour envoyer un coup de talon. Sa semelle tape en pleine face et repousse son agresseur qui fait deux pas en arrière. Bien qu’il ait parfaitement visé, son impulsion manquait de puissance. Le type reste debout et revient à la charge.
   Alors qu’il tente de gravir l’escalier, s’aidant de ses mains pour se remettre debout, la lame se plante dans son mollet et ressort ensanglantée. Raphaël hurle, d’abord de douleur, puis pour appeler de l’aide.
   Mais personne ne viendra à son secours. L’immeuble est vide.
   Il se relève tant bien que mal et monte difficilement deux marches. Un éclair lui foudroie l’omoplate. Il s’écroule.
   Son agresseur le retourne sur le dos d’un geste brutal. Il le transperce de ses yeux diaboliques.
   Ce visage ! C’est bien lui, il le reconnaît ! Même si Raphaël a du mal à y croire, il ne peut pas nier l’évidence. Ce n’est pas un rêve, la douleur est là pour le prouver.
   — S’il vous...
   Il tente de supplier, mais sa gorge se noue, obstruée par le sang. Le goût du fer emplit sa bouche et il ne peut que cracher pour ne pas s’étouffer.
   Son assaillant lève le poing, le poignard haut dans les airs, la lame vers le sol.
   Raphaël secoue la tête. Son agresseur reste impassible. L’avocat se demande si ce type a une âme car son visage reste de marbre. Mais il sait que non car il connaît cet homme, il a étudié son cas et il a été prouvé qu’il était un vrai sociopathe.
   Mais comment peut-il être là ? C’est insensé !
   Puis le coup s’abat violemment. La lame s’enfonce au niveau de son nombril. Elle y reste, se niche entre ses entrailles. Puis elle remonte lentement, se frayant un chemin jusqu’à son estomac.
   Raphaël hurle, du moins il essaie, car aucun son ne sort de sa bouche. Son assaillant en profite pour plonger ses doigts entre ses dents. Il en ressort la langue qu’il pince avec fermeté. Et il se sert de sa lame pour la charcuter comme un vulgaire morceau de viande.
   Raphaël n’a plus d’espoir. Trop fatigué pour lutter, il veut juste fermer les yeux. Voilà, c’est ça, s’endormir, ou plutôt s’évanouir, et ne plus ressentir cette insoutenable souffrance. Dormir à tout jamais.

Première partie

Séquelles

   Je me suis enfuie à travers la forêt sans savoir où aller. Bruce Nilsen me pourchassait. Le couteau que je lui avais planté dans l’épaule n’avait pas suffi à le dissuader de me poursuivre. J’ai zigzagué à travers les arbres, dans la pénombre. À un moment, j’ai cru que je l’avais semé. Puis j’ai trébuché dans une espèce de fossé.
   La police a dit qu’il avait commencé à creuser la tombe de Daniel. Parce que ce n’était pas l’endroit habituel où il enterrait ses victimes. Bruce Nilsen avait son jardin secret, un lieu qu’il affectionnait, de l’autre côté, plus éloigné du manoir. Un cimetière où il enterrait ses jolies fleurs après les avoir séquestrées et violées pendant des jours, peut-être des mois. Daniel n’en faisait bien sûr pas partie. L’obsession de Bruce Nilsen pour moi, comme l’ont prouvé les photos qu’il gardait, l’avait forcé à se débarrasser de mon époux pour me garder rien qu’à lui.
   Je me suis cachée dans la fosse où j’avais trébuché et j’ai recouvert mon corps de terre. Quand ce psychopathe est arrivé à mon niveau, j’étais terrorisée. Impossible de bouger, de respirer. La semelle de sa chaussure s’est posée sur ma main et je me suis retenue de hurler à cause de la douleur. Heureusement, il faisait sombre. Il n’a pas remarqué que j’étais là, sous ses pieds, et a continué son chemin.
   J’aurais pu attendre et tenter de fuir à nouveau, mais je savais que je n’irais pas bien loin. J’étais perdue, loin de la ville. Il me rattraperait tôt ou tard. C’était se battre ou mourir.
   Il était désormais dos à moi. Je suis sortie de ma planque sans un bruit. J’ai attrapé la pelle dont il s'était servi pour creuser le trou par le manche et j’ai frappé de toutes mes forces. Il s’est écroulé et j’ai cogné une seconde fois. J’ai cru que j’en avais fini avec lui, que j’étais sauvée. Mais j’avais tort.
   En revenant sur mes pas, je l’ai entendu se relever. Bruce Nilsen ne renoncerait jamais. C’est là que j’ai su que je devrais le tuer si je voulais survivre.

Extrait de « J’ai échappé aux Nilsen »,
écrit par Amalia Scharff


Chapitre 1

   Elle monte les escaliers deux par deux et se réfugie dans la chambre. La porte se referme violemment après son passage. Elle tourne la clé. Le cliquetis de la serrure la rassure à peine. Elle se jette sur la table de chevet et en ouvre le tiroir.
   Son revolver est toujours armé, six balles dans le barillet. Elle virevolte et le pointe droit devant.
   Elle s’attend à ce que le chambranle de la porte explose, que l’intrus se précipite à l’intérieur de la pièce et lui saute dessus.
   Rien ne se passe. Silence complet. Pour l’instant...
   Son front perle de sueur, elle s’éponge rapidement en penchant la tête vers son bras. Son t-shirt est moite et lui colle désagréablement à la peau. Des auréoles se dessinent sous ses aisselles. Elle est trempée comme si elle venait de courir un marathon.
   Ses mains tremblent, faisant tressauter le canon de son revolver. Elle baisse l’arme un court instant le temps de détendre ses épaules et reprend sa position de tir.
   Toujours rien, la porte est close et il ne tente pas de l’enfoncer, du moins pas encore.
   Elle reste à l’affût du moindre bruit. Dès qu’il entrera comme un fou furieux et se précipitera sur elle, elle appuiera sur la détente, plusieurs fois s’il le faut.
   Elle prend une grande inspiration. Il faut se positionner correctement, elle n’aura qu’une seule chance.
   Elle vise le milieu de la porte. Impossible de le louper à cette distance.
   Je suis prête !
   Elle ne l’est pas, on ne l’est jamais en cas d’agression, mais il faut bien qu’elle se donne du courage.
   Puis elle se souvient que l’homme est grand, très grand. Si elle laisse la mire à ce niveau, elle le touchera au ventre et ce n’est pas assez pour le stopper. Ce type est coriace, physiquement comme moralement, il encaisse. Elle est bien placée pour le savoir, la dernière fois, il s’était relevé à plusieurs reprises.
   Alors elle vise plus haut, au niveau de la poitrine. Avec le recul de l’arme, le projectile devrait atteindre la tête.
   Parfait.
   Elle tire le chien du revolver en arrière. Une simple pression sur la détente et le coup part.
   C’est bon, elle est prête à l’accueillir.
   Amène-toi !
   Mais toujours rien. Elle n’entend même pas l’escalier craquer sous ses pas.
   Une minute avant, elle se réveillait avec la gorge sèche. Elle avait dû s’assoupir dans le canapé devant le film. Elle s’était levée pour se servir un verre d’eau dans la cuisine. Puis, en se retournant vers le salon, elle l’avait vu.
   Il était là, devant elle, au fond de la pièce, sa silhouette dessinée dans la pénombre. Il sortait de derrière les rideaux et s’avançait vers la table à manger. Puis son visage rempli de mépris lui était apparu. Sa bouche grondait de vengeance tandis que ses yeux brûlaient d’un désir malsain.
   Sauf que c’est impossible.
   Bruce Nilsen est mort !
   Elle aime se le répéter quand les visions l’assaillent. Ce n’est pas tout le temps lui qu’elle aperçoit, parfois c’est la vieille qui revient la hanter. Mais Bruce est celui qui lui fait le plus peur.
   Tu l’as buté cet enfoiré !
   Elle jurerait pourtant que c’était réel.
   Un cauchemar ! Tu as fait un cauchemar !
   Son corps ruisselant de sueur le prouve, ce n’était qu’un rêve.
   Comme à chaque fois que cela se produit, elle s’oblige à revivre son calvaire pour s’en persuader. Elle déteste ça, mais c’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour se calmer.
   Elle ferme les yeux. Les flashs l’envahissent.
   Elle est assise sur une chaise, dans cette pièce cachée du manoir, sombre et humide, ses mains et ses pieds sont ligotés. Bruce Nilsen pose une main sur sa poitrine. Il gémit.
   Il est mort et enterré !
   Puis elle le revoit lui courir après, tenter de la rattraper dans la forêt. Elle est perdue, si elle s’arrête elle sait qu’elle mourra. Elle trébuche, la distance qui la sépare de son tortionnaire se réduit.
   Je suis vivante ! Je m’en suis tirée !
   Elle rouvre les yeux pour s’assurer qu’elle est bien en sécurité, chez elle, dans sa chambre, une arme chargée dans la main.
   Les images dans sa tête sont insoutenables. Elle ne veut que se rappeler de la fin, une fin heureuse si on peut appeler ça comme ça. Elle doit l’être puisqu’elle est vivante.
   Lui par contre, il est mort !
   Elle ferme les paupières et retente l’expérience.
   Elle se revoit dans le hall du manoir, couverte de terre. Bruce s’approche à grands pas. Elle tient fermement le couteau de cuisine sans le lui montrer. Il tente de la saisir par l’épaule. Elle se retourne et le poignarde en plein cœur.
   T’es en enfer !
   Allongé par terre, la tête ensanglantée, Bruce Nilsen ne respire plus.
   Tu as eu ce que tu méritais, salaud !
   Est-ce normal de se sentir mieux avec de telles images en tête ? Sa psychiatre dirait qu’elle a de sérieux problèmes. Et elle n’aurait pas tort.
   Ils sont morts !
   Elle rouvre les yeux. Elle est seule dans la chambre.
   Aucun bruit dans la maison. Personne ne tente d’enfoncer la porte.
   Un cauchemar. Elle a fait un cauchemar.
   Rien qu’un rêve...
   Puis, à son réveil, en allant à la cuisine encore à moitié endormie, le rêve et la réalité se sont entremêlés. Son cerveau lui a joué un tour, une fois de plus. Quand cela se produit, son instinct prend le dessus, comme si son esprit était resté bloqué au manoir des Nilsen. Il lui faut un temps d’adaptation pour redevenir lucide.
   Elle arrive à s’asseoir sur le lit bien que ses bras refusent de se baisser. Les mains crispées sur le revolver, son index collé à la détente, elle expire longuement.
   Est-ce que Bruce Nilsen est vraiment dans la maison ?
   Non ! Les fantômes n’existent pas.
   Ses doigts se délient enfin de la crosse. Ses muscles se relâchent. Elle repose l’arme.
   Elle n’a pas éteint la télévision dans le salon. Ce n’est pas grave, elle n’a pas le courage de redescendre, d’affronter de nouvelles visions. Cette nuit, elle dormira la lumière allumée et la porte de sa chambre fermée à clé. Le revolver restera sur la table de chevet, à portée de main. Elle s’allonge et se blottit sous la couette.
   Cela fait trois ans qu’Amalia vit dans la terreur.

Chapitre 2

   Kelly Fresnel court à grandes enjambées. Son visage aux joues écarlates se reflète dans la vitre. Les écouteurs dans les oreilles, la chanteuse Billie Eilish lui raconte que son petit ami est un mauvais garçon. Mais Kelly n’y prête pas attention, la musique n’est là que pour la motiver à courir sans freiner le rythme.
   L’horloge digitale murale indique qu’elle galope depuis presque une demi-heure. Trente minutes de course tous les matins, c’est l’objectif qu’elle s’est fixé. Elle s’y tient, et même si c’était dur de tenir la cadence les premiers jours, elle y prend goût. Elle a remarqué que cette dose de sport matinal la tonifiait pour la journée entière. L’endorphine que son corps produit durant ces trente minutes a un effet relaxant. Elle reste calme face aux situations de stress et sa forme physique en est améliorée. Et bon Dieu, qu’est-ce qu’elle dort bien la nuit !
   La session se termine. Elle pose le doigt sur le bouton « moins » et y reste appuyée deux secondes. Le tapis de course décélère. Kelly marche désormais. Puis la machine finit par s’arrêter. Elle inspire profondément par le nez et expire par la bouche jusqu’à ce que son pouls ralentisse tandis qu’elle éponge son cou dégoulinant de sueur avec une serviette où ses initiales sont brodées.
   Elle passe d’abord par la salle de bains pour prendre une douche, puis descend se servir un café dans la cuisine. Elle remonte ensuite et passe, comme à son habitude, dans le grand bureau qui se trouve à côté de la chambre.
   Gilles, son mari et associé, est avachi dans son fauteuil, les pieds posés sur le bureau. Il est déjà en train d’éplucher les manuscrits.
   — Vingt pages et je m’ennuie déjà, dit-il en voyant Kelly entrer.
   — Et si tu continuais un peu au lieu de juger si peu de pages ?
   — Il faut accrocher le lecteur dès le premier chapitre !
   — Si ce manuscrit est sur ton bureau, c’est qu’il a passé les premières phases de lecture.
   — On se demande bien comment une telle chose a pu arriver !
   — Donne-lui une chance.
   — Tu crois que les étudiants qu’on engage lisent vraiment les manuscrits. Non parce que ce n’est pas avec cette histoire de magie noire qu’on vendra des millions d’exemplaires. Rien que le résumé est bancal.
   — Une quatrième de couverture ne révèle pas toutes les intrigues.
   — Si je lis la quatrième de couverture dans une librairie, je le repose directement sans le feuilleter. Et on ne veut pas que les clients reposent le livre, mais qu’ils passent à la caisse !
   — Tu te souviens de ce qu’ils disaient pour Harry Potter. Tu vois le résultat. On ne peut pas connaître un succès à l’avance. En plus, un résumé se modifie assez vite.
   Gilles porte sa cigarette électronique à ses lèvres, tire une énorme bouffée puis recrache un nuage de fumée qui lui voile le visage.
   — Tu sais ce que les lecteurs attendent ?
   Bien que Kelly connaisse la réponse, elle fait mine que non en haussant les épaules.
   — Le prochain Amalia Scharff !
   Gilles a les yeux qui pétillent en prononçant le nom magique.
   — Ah oui ? Et pour raconter quoi ?
   — Sa vie, son quotidien, comment elle se reconstruit.
   — Son histoire a déjà été publiée. Elle n’est pas autrice de vocation.
   — Les gens adorent sa plume, sa personnalité. C’est une survivante. Le public se fiche qu’elle parle de ces foutus Nilsen. Ils en ont déjà assez avec tous les documentaires et reportages à la télévision. Ils veulent juste lire son prochain livre, la voir évoluer, qu’elle aille de l’avant.
   — Elle doit trouver sa voie.
   — Qu’elle écrive de la fiction si ça lui chante. De la fantaisie ou une romance. N’importe quoi !
   — Ça ne se fait pas du jour au lendemain. Laisse-lui un peu de temps.
   — Ça va bientôt faire deux ans qu’on attend. Elle raconte ce qu’elle a envie, on s’en fout ! Si elle ne veut pas se mettre au boulot, j’attrape la première bouse qui passe sur mon bureau et je colle son nom dessus.
   — Chiche ?
   Il marque une pause, lève les sourcils et affiche un petit rictus. Il abandonne très vite son air sérieux qui ne trompe pas sa femme.
   — Non, bien sûr que non. On est pas ce genre de maison d’édition.
   — Heureuse de te l’entendre dire.
   — On a une éthique à préserver. Si ce n’était pas le cas, on aurait déjà signé une star de la télé-réalité. Dis-lui de nous pondre un nouveau livre, c’est tout. Je sais que ce ne sera pas parfait, mais on est là pour l’aider à corriger ses erreurs.
   — Oui, je vais lui passer le message.
   Elle quitte le bureau de son mari pour rejoindre le sien qui se trouve à l’autre bout du palier, en face de la salle de sport, et s’installe derrière son ordinateur. Il est neuf heures, un peu tôt pour passer un coup de téléphone. Alors elle répond à ses courriels.
   Elle ne peut s’empêcher de penser à sa discussion avec Gilles. Amalia est la poule aux œufs d’or des éditions Fresnel. C’est à elle qu’ils doivent leur notoriété aujourd’hui. Et c’est grâce à son livre qu’ils vivent dans ce spacieux appartement.
   Il y a deux ans à peine, ils habitaient encore dans un logement social. La maison d’édition peinait à se faire une place et à trouver son public. Ils publiaient quelques romans sur internet, mais les librairies les snobaient. Ce fut différent lorsque « J’ai échappé aux Nilsen » fut annoncé. Les lecteurs s’étaient rués dessus et les libraires voulaient leur part du gâteau. La diffusion dans tout le pays était assurée.
   Kelly avait réussi à contacter Amalia Scharff quelques mois après les événements tragiques survenus au manoir des Nilsen. C’était son idée de publier un livre sur le récit de la survivante. Les Nilsen faisaient fureur dans les médias et Amalia était considérée comme une héroïne. Kelly avait prévu d’engager un auteur fantôme pour lui prêter sa plume. Amalia n’avait juste qu’à retranscrire les grandes lignes de son témoignage, la maison d’édition s’occuperait du reste.
   Puis, Amalia avait commencé à écrire et, contre toute attente, son style s’était avéré efficace. Il avait fallu retravailler le premier jet, mais dans l’ensemble, Amalia Scharff s’en était plutôt bien sortie. Même très bien, en réalité.
   Aujourd’hui, deux ans plus tard, les ventes ont fortement baissé. Gilles et Kelly publient de nombreux auteurs, mais aucun n’arrive à se hisser au rang de best-seller.
   Amalia est encore populaire. Kelly sait que le public adorerait retrouver Amalia Scharff dans leurs bibliothèques. Elle est convaincue qu’elle peut accoucher d’un excellent bouquin. Il faut juste la motiver un peu.
   Et c’est bien ce qu’elle compte faire.

Chapitre 3

   L’ordinateur portable est allumé sur la table basse du salon. Le traitement de texte affiche une page blanche. Le curseur clignote en attente d’instructions.
   Amalia ne sait pas par où commencer. Ses doigts glissent sur le clavier, mais impossible d’appuyer sur les touches. Qu’est-ce qu’elle peut bien raconter ?
   Aucune idée !
   Son livre n’est qu’un accident, un témoignage de ses mésaventures. Si elle n’était pas retournée dans ce satané manoir, rien de tout ça ne serait arrivé, et elle n’aurait jamais publié de livre. Elle n’a pas d’imagination et n’a jamais été douée en français. Alors pourquoi écrirait-elle à nouveau ?
   — Ils veulent savoir ce que tu deviens, lui dit souvent Kelly Fresnel.
   Ce qu’elle devient ? Une folle qui hallucine et ne peut pas passer une nuit sans rêver du croque-mitaine. Voilà ce qu’elle devient.
   OK. On essaie.
   Elle pianote sur le clavier et les mots apparaissent sur la page. Puis elle s’arrête.
   Tout le monde s’en fout ! C’est ce couple de psychopathes qui les a intéressés dans cette affaire, pas toi !
   Elle efface. La page redevient blanche. Elle n’a aucune bonne raison de raconter sa vie. Elle ferait mieux de trouver un boulot.
   Foutu syndrome de l’imposteur !
   Amalia a découvert ce phénomène sur internet. Sauf que ce n’est pas un syndrome, c’est la vérité. Amalia est une imposture. Qui est-elle pour prétendre écrire des romans ? Elle n’est personne ! Juste une victime que le voyeurisme malsain des journalistes a propulsée en tête des ventes. Pourquoi prendrait-elle la place de vrais auteurs ?
   C’est devenu une routine. S’asseoir devant l’écran blanc et gamberger sur sa notoriété. Très vite, elle réalisera qu’elle n’est pas autrice de vocation et elle abandonnera l’ordinateur.
   Le téléphone portable se met à vibrer. L’écran s’illumine. Le nom de Lucien Bolard apparaît. Amalia répond immédiatement.
   — Bonjour, Lieutenant.
   — Comment allez-vous, Mademoiselle Delassalle ?
   Delassalle est son nom de jeune fille. Le divorce avec Daniel Scharff n’ayant jamais été prononcé, Amalia est considérée comme veuve. Lorsque les médias se sont emparés de l’affaire Nilsen, Amalia était citée par son nom d’épouse. Elle est donc connue du grand public comme étant Madame Scharff. Et il était logique de le garder comme pseudonyme pour son roman. Une idée de Kelly, son éditrice.
   — Je vais bien, Lieutenant, et vous ?
   Elle ne lui laisse pas le temps de réagir et enchaîne :
   — Laissez-moi deviner... comme un flic à la retraite ?
   C’est ce que le lieutenant Bolard répond à chaque fois qu’Amalia lui pose la question.
   — Exactement ! Comme un flic à la retraite. Mais à vous écouter, je crois comprendre que mon disque est rayé.
   — Ne changez rien. C’est toujours un plaisir de vous entendre.
   Le lieutenant Bolard prend des nouvelles de la jeune femme tous les mois. Ils se sont liés d’amitié alors qu’il supervisait les recherches sur l’affaire Nilsen. Son dernier dossier avant sa retraite.
   — J’ai malheureusement une mauvaise nouvelle à vous annoncer. Raphaël Cipriano est décédé.
   Le souffle d’Amalia se coupe un court instant. Est-ce qu’elle a bien entendu ?
   — Quoi ?
   — Il a été sauvagement assassiné. On l’a retrouvé les tripes à l’air en bas de son cabinet. Et ce n’est pas tout. Son assassin lui a sectionné la langue.
   — Mon Dieu !
   — Oh mince, excusez-moi pour les détails. Je me comporte encore comme un flic sur le terrain. Un ancien collègue m’a prévenu ce matin. J’ai hésité à vous en parler, mais vous l’auriez appris par la télévision de toute façon.
   — Qui a fait ça ?
   — On ne le sait pas encore. Tout porte à croire qu’il s’agit d’une vengeance. Il est devenu populaire après vous avoir représenté dans les médias. Il a défendu des gens bien, et aussi des gens mauvais. Mais il est toujours resté intègre. Un bon avocat se fait des ennemis, c’est inévitable. La police épluche les dossiers de ses clients et de ses adversaires en ce moment même. Surtout ceux qui ont fait de la prison et qui pourraient lui en vouloir.
   Amalia reste sans voix. Après un petit temps d’attente, le lieutenant Bolard l’interpelle.
   — Tout va bien ?
   — Je suis juste un peu bouleversée par ce que je viens d’apprendre.
   — J’ai été dans le même état que vous. Je vous préviendrai de l’avancement de l’enquête. Et du jour de l’enterrement si vous souhaitez y assister. Même si je sais que vous ne voulez plus revenir dans le coin. Ne vous sentez pas obligée.
   Amalia a changé de ville, pas trop loin pour rester dans la région, mais assez pour essayer de se reconstruire. Elle a déménagé après la publication de son livre. Son ancienne adresse était connue de tout le monde à cause des journalistes qui ne se privaient pas pour filmer la maison, par vengeance, peut-être, parce qu’Amalia refusait les interviews. Chaque semaine, elle recevait des lettres de fans. Certains l’admiraient et leur soutien était touchant, mais il y a aussi eu des détraqués. Les admirateurs de la famille Nilsen la menaçaient sans cesse. Comment peut-on soutenir de tels psychopathes ? Amalia n’a jamais compris. Puis, il y a eu les obsédés qui voulaient la rencontrer. Ceux-là ne prenaient pas de pincette pour évoquer leurs fantasmes. Certains  souhaitaient même reproduire ce qu’elle avait vécu, allant jusqu’à lui proposer de  la séquestrer en reprenant le rôle de Bruce Nilsen. Ces gens sont fous !
   — En tout cas, continue Bolard, si vous passez par ici, Judith et moi serions ravis de vous inviter à dîner.
   — C’est gentil, Lieutenant, mais il est préférable que je reste éloignée. Je ne veux pas raviver les mauvais souvenirs.
   — C’est compréhensible, jeune fille. Ce n’est pas moi qui vous en blâmerais. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à me passer un coup de fil.
   — Je n’y manquerai pas. Pareil, si je peux vous rendre service.
   Ce n’est qu’une formule de politesse. Amalia ne voit pas en quoi elle pourrait aider le lieutenant.
   De son côté, Lucien Bolard n’ose pas demander. Son regard se tourne vers la pile de feuilles posées sur son bureau. Lui, n’a pas eu de mal à écrire son roman. Un vieux rêve qu’il a tenu à réaliser. Il a bien un ordinateur, mais le texte a entièrement été rédigé sur une vieille machine à écrire. C’est comme ça qu’il idéalise les écrivains, les vrais, ceux qui l’ont fait rêver quand il était plus jeune. Ils pianotent sur des touches qui font un boucan pas possible à chaque lettre qui s’inscrit à l’encre indélébile sur le papier. Et lorsque c’est mauvais, ils retirent la feuille, la roulent en boule et la jettent à la corbeille. Il a gaspillé pas mal de papier, mais il vient de terminer sa première phase de relecture et aimerait qu’une maison d’édition le publie. La plupart des ex-flics le font, certains deviennent célèbres. Après quarante ans de métier dans le milieu, il sait comment se déroule une enquête et n’a pas hésité à se servir de son expérience.
   Oui, Lucien Bolard aimerait que son roman policier soit sur les étagères des librairies. Mais il n’en dira rien à Amalia pour le moment.

Chapitre 4

   Quand la communication s’interrompt, Amalia reste tout d’abord paralysée. Elle n’a pas voulu laisser paraître ses émotions au lieutenant, mais le meurtre de Cipriano la renvoie à ses propres démons.
   Sa main se met à trembler. Lorsqu’elle tente de poser le téléphone sur la table, il lui glisse des mains et tombe sur le tapis persan. Elle suffoque et respire anormalement fort en cherchant à ramener de l’air dans ses poumons. Une crise de panique, cela fait longtemps que ça ne lui est pas arrivé. Elle a l’impression que sa cage thoracique se compresse, que ses côtes vont se briser et perforer ses organes.
   Respire, ma belle !
   Elle pense tout d’abord à prendre un sac en papier pour calmer son hyperventilation, mais alors qu’elle se lève, elle manque de tomber.
   Ses yeux la trahissent. La réalité se déforme. Un voile lui floute la vue.
   Elle rejoint difficilement le couloir et monte les escaliers en titubant tout en se tenant des deux mains à la rambarde. La boîte à pharmacie se trouve dans la salle de bains. C’est là où sont rangés les médicaments prescrits par la psychiatre en cas de crise de panique. Amalia n’en a ingurgité que quatre fois cette année et elle pensait en avoir terminé.
   Elle ouvre difficilement le placard au-dessus du lavabo, s’empare du flacon et fait sauter le couvercle qui rebondit sur la porcelaine. Elle renverse les cachets dans la         
paume de sa main, deux exactement, et les porte à sa bouche. Elle actionne le robinet, mets ses mains en coupe et avale les comprimés avec un peu d’eau.
   Calme-toi, ça va passer.
   Elle fait deux pas vers la serviette qui sèche sur le radiateur pour s’essuyer le visage. Ses jambes sont en coton. Des fourmis lui rongent les mollets.
   Le voile flou se dissipe légèrement. Son front collé à la fenêtre, elle respire un peu mieux.
   Dehors, les arbres sont de plus en plus nets.
   Voilà, c’est bientôt fini. Inspire par le nez. Expire par la bouche.
   Est-ce qu’elle peut discerner l’abri de jardin ?
   Concentre-toi !
   Oui, elle l’aperçoit de plus en plus clairement. Le tranquillisant agit bien.
   Son attention se porte plus à gauche. Là où il n’y a, normalement, que de la verdure, elle perçoit une forme humaine reconnaissable entre mille.
   Ton imagination ! Rien d’autre !
   Elle se frotte les yeux. C’est encore vague, mais elle distingue une vieille femme, de taille moyenne, les cheveux grisonnants.
   Non, pas elle...
   Amalia sait très bien de qui il s’agit. Oui, c’est cette vieille folle de Miss Nilsen.
   Elle n’est plus de ce monde !
   La vieille femme la fusille du regard. La dureté de son visage ne laisse aucun doute quant à ses intentions. Sa mâchoire serrée et ses sourcils froncés montrent qu’elle bouillonne de colère. Sa tête tremblote de droite à gauche comme si elle retenait un cri. Ses dents se dévoilent dans une grimace menaçante.
   Sur sa poitrine, des taches rouges apparaissent. Aux mêmes endroits où les plombs l’ont transpercée quand Amalia a tiré cette cartouche de fusil. Les taches grossissent de plus en plus et maculent le chandail blanc jusqu’à le noyer complètement.
   Elle est morte !
   Puis Miss Nilsen se met à courir en direction de la maison. Elle va vite, trop rapide pour une vieille dame.
   — Ce n’est pas réel ! grogne Amalia.
   La vieille folle a déjà parcouru la moitié du terrain. Ses mouvements sont rigides comme ceux d’un soldat.
   Tout ça se passe dans ta tête !
   Miss Nilsen se rapproche puis se fige d’un coup, droite comme un I, juste en dessous de la fenêtre. Elle ne quitte pas Amalia des yeux, la tête relevée vers le ciel. Ses lèvres se mettent à bouger pendant que ses yeux s’écarquillent jusqu’à sortir de leurs orbites.
   Amalia a les oreilles qui bourdonnent depuis un bon moment. La voix de la vieille folle arrive à s’immiscer entre les acouphènes. Amalia ne perçoit que des mots parmi ce brouhaha. Elle ne sait pas ce que raconte Miss Nilsen mais elle se bouche les oreilles pour ne pas le savoir.
   Assez ! hurle-t-elle dans sa tête.
   Pendant un instant, elle pense à se réfugier dans sa chambre avec son revolver. Mais non, elle ne doit pas se cloîtrer, au contraire il faut faire face pour ne pas subir cette terreur le restant de sa vie. Elle a déjà réussi à la combattre, elle le peut encore.
   Cette vieille folle est morte !
   Tout ça n’est qu’illusion. Ce n’est rien que son esprit qui revit un traumatisme.
   Amalia le sait, ce n’est pas réel, elle doit juste trouver le moyen d’apaiser sa conscience. La vision devrait s’estomper sous peu.
   Et pourtant, les mots deviennent de plus en plus clairs, ils résonnent sous son crâne. Miss Nilsen l’insulte de tous les noms.
   — Tu n’existes pas ! Tu es six pieds sous terre !
   Amalia se récite ces deux phrases en boucle comme une prière d’exorcisme pour repousser un démon. Elle se débat avec la voix de Miss Nilsen qui remplace la sienne dans sa tête.
   Salope.
   — Tu n’existes pas !
   T’es qu’une pute.
   — Tu es si pieds sous terre !
   Je vais te tuer.
   — Tu n’existes pas !
   Tu vas mourir pour ce que tu m’as fait !
   La voix perd de sa clarté. Amalia hausse le ton.
   — Tu es six pieds sous terre !
   C’est de ta faute sale traînée si je suis morte !
   Puis la voix de Miss Nilsen semble s’éloigner.
   De ta faute !
   — Tu n’existes pas !
   La voix finit par s’évanouir dans le lointain jusqu’à s’éteindre.
   Le bourdonnement cesse également. Durant un instant, c’est le silence complet.
   Amalia rouvre les yeux en espérant que la vieille folle ne soit plus là.
   Et fort heureusement, c’est le cas.
   Amalia s’accroche au rebord de la baignoire et prend de grandes bouffées d’oxygène. Elle reste immobile, incapable de bouger.
   Elle pensait en avoir fini avec ces cauchemars et ces foutus tranquillisants. Et voilà que les hallucinations la prennent par surprise. Mais elle doit rester positive, ce n’est qu’une rechute accidentelle liée à une mauvaise nouvelle.
   Elle va rester là un petit moment, le temps de reprendre ses esprits, et tout ira très bien.
"J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé" (Voltaire)

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