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Auteur Sujet: La Magie du Destin : T1 L'élue de Maritza Jaillet  (Lu 2969 fois)

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La Magie du Destin : T1 L'élue de Maritza Jaillet
« le: jeu. 28/01/2021 à 16:42 »
La Magie du Destin-T1 : L'élue-S1 : Maria de Maritza Jaillet

 
1 acre = 4046 m²
1 arpent = 58 m
1 perche = 5,8 m

Les sorcières et sorciers existent depuis bien longtemps cachant leur véritable identité. Toujours proches de la nature, dont les fruits alimentent leurs remèdes, ces êtres intelligents connaissent l’usage de la magie agissant à bon escient. En raison de l’évolution des mœurs et des religions, leur existence fut mise à rude épreuve jusqu’au fléau qui les ravagea. L’élimination de ces impurs, des femmes pour la plupart, a entraîné la mort de nombreux innocents. Rumeurs, dénonciations, emprisonnements, viols... Connaître la nature était vite assimilée à la sorcellerie. Comprendre la vie, la mort, les effets d’une plante ou tout simplement adorer plusieurs dieux, valait le bûcher ou les nombreuses épreuves d’ordalies dont l’innocent ne revenait jamais. Bannies par le monothéisme occidental et les traditions, ces modestes guérisseuses, parfois voyantes subirent les pires supplices dans des périodes sombres de l’Histoire. Pourchassées, torturées, tuées... Les religions diffusèrent des idéaux et ordonnèrent la subordination des femmes, méprisées particulièrement. Imaginant que les sorcières étaient sorties des Enfers, nées de la patte de Satan, leur unique rédemption était la mort : brûlées vives afin de purifier leurs âmes... De la fin du XVe siècle, à l’apogée de la chasse aux sorcières au XVIIe siècle, les procès se multiplièrent, totalement partiaux, et l’Église était loin d’avoir une posture charitable... Pour qu’une femme ne soit pas inquiétée, mieux valait pour elle qu’elle soit mariée, mère et qu’elle se taise.


 

En France, durant le Grand Siècle , le Roi Louis XIII régnait sur tout l’hexagone à l’exception d’un territoire. Caché aux yeux du monde, un peuple y vivait à part, ne respectant que leurs propres lois. Sur ces terres méconnues se côtoyaient trois imposants royaumes : au nord, le petit Royaume des Maliric sur lequel régnait le seigneur Loïc II, à l’ouest, le Royaume des Morguiens qui avait pour seigneur Logan Ier, et à l’est le Royaume de Gjörn avec le Roi Magéan. Ce dernier occupait le trône depuis dix ans. Entre le Royaume de Gjörn et celui des Morguiens, les batailles étaient fréquentes entre les deux souverains, chacun revendiquant une partie du territoire de l’autre. Cependant, depuis peu, même s’il existait des différends, la paix s’installait et s’annonçait durable. Ces royaumes, isolés de tout, avaient besoin les uns des autres et entretenaient ainsi de bonnes relations commerciales. En revanche, les lois demeuraient un terrain glissant.
Dissemblables d’un territoire à l’autre, elles provoquaient la migration du peuple ou au contraire en sédentarisaient d’autres. Une seule règle était pourtant commune aux trois royaumes : l’esclavage.
Les conditions étaient diverses selon la région dans laquelle on habitait et vivait. À l’est, seules les femmes demeuraient assujetties aux hommes, à l’exception de quelques cas dans la haute aristocratie. C’était là que s’établissait le Royaume de Gjörn. Celui-ci était entouré de montagnes et d’une forêt dense. La ville principale s’appelait Mullistus, installée sur une colline encadrée de remparts et de tours. Trois villages gravitaient autour. Le nom du royaume n’avait pas été choisi au hasard. Le Gjörn était un arbre que l’on trouvait seulement dans cette région. Il était commercialisé pour sa robustesse quand son bois ne servait pas à réchauffer les foyers. Ville dont la réputation grandissait, Mullistus abritait le château du souverain dont le domaine s’étendait sur vingt-quatre acres. Le Roi Magéan dirigeait d’une main de fer et avait ainsi renforcé les pouvoirs des hommes, traitant les femmes comme des femelles sans aucune importance si ce n’était pour la reproduction et pour combler le plaisir masculin. Leur situation était déjà terrible, mais le pire arrivait : la peur des sorcières. Magéan, entendant ces rumeurs de sorcellerie à répétition, décréta même à l’automne 1634 que : « quiconque serait soupçonné d’user de la magie ou qui aurait recours à des pratiques douteuses de guérison devra mourir de la main de l’homme. »
Décembre 1634.
L’aube se leva. Les premiers rayons du soleil atteignirent une petite habitation au bord de Mullistus. Transperçant les vieux rideaux de tulle, ils réchauffèrent les visages et réveillèrent les jeunes orphelines qui dormaient à même le sol. La maison était tenue par Adèle Jacquain. Elle y recueillait toutes celles qui n’avaient plus de famille ou qui étaient abandonnées parce que filles.
Disciplinées et bien élevées, les orphelines se levèrent et s’habillèrent en silence : une simple robe posée sur leurs sous-vêtements dont un corset étroit et un bonnet pour cacher leurs cheveux. Dans le Royaume, il était interdit pour un individu de sexe féminin de dévoiler sa chevelure à une autre personne que son mari.
Maria, l’une des plus vieilles orphelines, se dirigea la première vers la cuisine pour manger son unique bout de pain quotidien, sa part de tarte aux pommes faite par l’hôte et boire son verre d’eau. Elle prenait toujours la même place, là où sur le bois elle avait gravé le chiffre 4 un peu tordu, moyen mnémotechnique pour se rappeler où elle devait s’asseoir. C’était le seul chiffre qu’elle savait écrire. Son chiffre. Adèle remarqua l’unique présence de la jeune fille et ordonna aux autres de se dépêcher. À l’annonce de la matrone, les orphelines accélérèrent leurs préparations et vinrent s’installer sur le banc.
Elles avaient, grâce à Adèle, un avenir tout tracé. C’était le seul orphelinat des Trois Royaumes et Adèle n’avait pas beaucoup de places disponibles. Elle tenait à ce que les filles de plus de treize ans, les vieilles, soient épousées avant la fin de l’année. Sur ce territoire, comme la plupart des duchés, les filles devenaient majeures à douze ans et par conséquent devaient être mariées afin ne plus être une charge pour leur famille. Pour que ces filles trouvent rapidement quelqu’un avec qui s’unir, Adèle instaura des règles strictes et les éduqua selon la tradition du royaume. Une fille à marier devait être une bonne épouse ne sachant ni lire ni écrire, donner au moins un mâle, rester à la maison toute la journée sauf si elle pouvait justifier d’une autorisation écrite par son époux. Elle devait coudre, faire à manger, s’occuper des enfants et se soumettre aux désirs de son mari. Seules quelques fortunées pouvaient travailler ou disposer de leur temps comme elles le souhaitaient.
Dans cet engrenage depuis la naissance, toutes adhéraient à ces traditions sans se poser de questions.
Maria était une vieille. Elle avait quatorze ans. Elle n’était pas encore mariée, car, selon ses camarades et Adèle, elle n’avait ni la beauté ni les compétences requises pour être choisie. Toutefois, la matrone n’avait pas abandonné tout espoir. Sa réputation ainsi que celle de son établissement étaient en jeu. Sa détermination paya puisqu’en ce mois de décembre, Adèle avait trouvé un mari idéal pour Maria, lors d’une sortie à la taverne de Mullistus. À la fin du repas, elle convia Maria à rester à table tandis que les autres devaient se mettre à la couture. Adèle, avec la bénédiction d’un lieutenant du roi, avait obtenu la possibilité de vendre sur les marchés les confections préparées par les filles pour gagner de quoi vivre. La ville regorgeait de commerçants en tout genre. Cependant, certains migraient ou se déplaçaient provoquant des carences affectant les habitants de Mullistus. Le marché comblait ce manque avec quelques vendeurs itinérants, des vagabonds circulant de village en village qui proposaient leur savoir-faire et leurs marchandises. Adèle était ainsi parfaitement consciente du potentiel économique qui s’offrait à elle. La commercialisation de confections s’avérait très rentable. Elle rêvait d’agrandir sa maison, d’accueillir encore plus d’enfants et aussi, de devenir riche.
En attendant son heure, Adèle inspecta l’orpheline. Maria resta assise. Stressée, elle entrelaça ses doigts encrassés par la nourriture avant de dissimuler ses mains sous la table pour éviter de montrer son angoisse.
— Je t’ai trouvé enfin un mari convenable.
La jeune fille leva à peine la tête et écouta avec attention ce que lui disait celle qu’elle considérait comme sa mère.
— Il s’agit du général du roi, continua Adèle, Charles Malthus, qui a perdu sa cinquième épouse il y a un mois, à la suite d’une fausse couche. Il recherche une fille, jeune, et vierge de surcroît qui lui donnera un héritier mâle. Je lui ai parlé de toi via son écuyer qui déjeunait à la taverne l’autre matin. Il est très intéressé et souhaiterait te rencontrer. J’ai, bien entendu, accepté sa requête. Que dit-on à présent ?
— Je vous remercie pour ce que vous faites pour moi. Vous êtes bonne et je ferai tout pour que vous soyez fière de moi. J’honorerai votre maison.
Elle récita la phrase machinalement, d’un ton neutre, comme une élève qui a appris par cœur une leçon sans la comprendre. Elle se leva afin de faire une brève révérence.
— Bien. Je lui ai dit qu’il te trouverait au Temple. Celui que tu rénoves pour Sieur Auguste. Il y sera en fin d’après-midi avant le coucher du soleil. Tâche de lui plaire !
Elle lui fit signe de partir.
Maria comprit que c’était sans doute sa dernière matinée à l’orphelinat. La tristesse ne l’envahissait pas, au contraire. Adèle confiait à toutes qu’elles allaient être plus heureuses et gâtées avec un mari et des enfants. Certaines allaient pouvoir même avoir la chance d’épouser des hommes aristocrates, amis du roi ou rentiers.
Maria avait longtemps rêvé de l’instant où elle sortirait définitivement de cette maison. Elle alla une dernière fois dans son dortoir, touchant la simple planche de bois, posée verticalement contre le mur, pour isoler du vent. Ce maudit bois prenait vite l’humidité. Elle replia l’unique drap en lin qu’elle gardait une année complète. Le plancher vibra. Les autres filles se déplacèrent dans l’atelier en courant. À l’orphelinat, Maria ne s’amusait pas beaucoup avec elles. La solitude et le silence la passionnaient. Elle se considérait comme privilégiée, ne s’affairant pas comme ses camarades, enfermées entre quatre murs à confectionner des vêtements, des tapisseries ou encore à cuisiner des gâteaux. Sieur Auguste, un noble d’une grande famille, lui avait donné du travail dans un bâtiment en dehors de Mullistus. Elle y travaillait avec d’autres jeunes filles plus âgées, devenues ses meilleures amies avec le temps. Elle franchit, pour la dernière fois le seuil de la maison en direction du Temple.
Elle devait marcher de longues minutes pour l’atteindre, mais cela ne l’effrayait pas. Prendre le même chemin tous les jours pour rejoindre des filles avec qui elle s’amusait beaucoup la remplissait de joie. La nature qui entourait son lieu de travail était aussi propice à sa sérénité.
Sur la route, elle croisa un convoi se dirigeant vers le domaine royal : des gardes à cheval dont un tenait un drapeau aux couleurs du Royaume de Gjörn : bleu, noir et rouge. Le bleu représentait la royauté et le rouge pour le sang versé lors des batailles. Quant au noir, plus personne ne se souvenait exactement de ce qu’il désignait. Certains disaient la mort, d’autres, l’esclavage. Maria connaissait ces couleurs sans savoir les écrire. Les gardes tiraient une prison roulante faite de bois et de pierres où se trouvaient des femmes, à moitié nues, criant leur innocence et leur pureté. Leurs visages avaient été brûlés et certaines n’avaient plus de jambes, de mains ou de poitrines. Certaines semblaient porter un tatouage. Insensible, Maria était habituée à ce genre de convois. Cela ne l’horrifiait même plus. Elle en croisait au moins un par jour et ne détournait plus son regard. Adèle lui avait dit que c’étaient des sorcières, qu’on les brûlerait sur la place centrale de la ville parce qu’elles demeuraient mauvaises, qu’elles avaient juré obéissance au diable. Leurs fautes avaient entraîné leurs déshonneurs. Ce qui leur arrivait n’était que justice. 
Elle n’y prêtait plus attention, c’était devenu banal comme le fait d’être bousculée par les hommes marchant sur le chemin. Elle leur devait le respect. Ne rien dire sous peine d’être répudiée et battue. 
Le soleil d’hiver laissa place à une pluie fine. Maria courut se mettre à l’abri dans le temple pour éviter d’être trempée et moins présentable. Son futur époux arriverait dans quelques heures.
Elle retrouva ses amies de longue date, Lysnna et Anna. Certes, elles n’avaient pas le même rang social, mais Sieur Auguste les avait rapprochées de Maria quelques années auparavant autour d’un but commun : ce temple.
Lysnna était une jeune femme de vingt ans qui refusait de se marier. Elle était assez grande, les cheveux châtains, des yeux marron identiques à ceux d’Anna, seize ans, qui avait toutefois la particularité d’avoir les cheveux plus clairs que Lysnna. Alors que la plus âgée était une personne réfléchie et posée, Anna rêvait d’aller dans le Nouveau Monde et racontait son désir de vivre dans un endroit sauvage et désert, loin de Gjörn. Une quatrième jeune fille arriva et poussa les portes doucement. Elle restait bien mystérieuse. Tout le monde l’appelait Lou sans trop se demander comment elle se prénommait vraiment. Discrète, sa blondeur contrastait avec ses yeux noirs comme l’ébène. Quelques mois auparavant, elle avait quitté son amant. Dans le village, personne ne semblait en savoir plus sur elle. Pour Maria, c’était une jeune fille mal éduquée : elle avait fréquenté un homme hors mariage et comble du déshonneur, elle était revenue vivre au sein de son foyer comme si de rien n’était. Protégée et choyée par sa famille qui lui pardonnait visiblement tout. La famille.
Une notion inconnue pour Maria.
Toutes ses amies venaient de familles aisées et elles avaient reçu une instruction totalement différente des orphelines. Lysnna, Lou et Anna savaient lire et écrire, elles voyageaient parfois en dehors du royaume et obtenaient des livres diffusés dans les capitales européennes. Elles se connaissaient depuis la naissance et ne se quittaient guère. Un trio inséparable qui dut laisser une place à Maria. Cette dernière ne comprenait pourtant toujours pas la décision de Sieur Auguste. Elle n’avait rien en commun avec les autres. Pire, elle demeurait une personne ordinaire tandis que ses amies étaient spéciales. Liées depuis toutes petites, grâce au secret unissant leur famille respective : la magie de la Nature.
Passant d’une génération à la suivante, chaque enfant disposait d’un don extraordinaire. Elles ne se considéraient pas comme des sorcières, mais des magiciennes, puisqu’elles ne faisaient que le Bien et non le Mal. Elles agissaient pour les autres. Ce temple, camouflé par les branches des arbres de la forêt et envahi par la végétation était le lieu idéal pour expérimenter leurs pouvoirs et formait le meilleur alibi qui soit. C’était Lysnna qui l’avait trouvé, une dizaine d’années auparavant. Elle racontait alors l’avoir vu dans un rêve. Avec l’aide de son père, Sieur Auguste qui protégeait coûte que coûte sa fille des lois du royaume, elle tentait de le remettre à neuf. Tout le bâtiment était fait de pierres et de gjörns. Il y avait des symboles et des écritures sur les murs et autour des grands vitraux trop abîmés pour distinguer une quelconque forme. Lou, avait émis un jour au détour d’un repas, l’hypothèse qu’il datait de l’Antiquité. Une ethnie l’aurait utilisé pour des rituels ou pour aider les morts à trouver le chemin de l’autre monde. Sur la grande porte d’entrée, haute d’une perche d’arpent, apparaissaient des noms presque illisibles gravés dans le bois. À droite un animal y était représenté, probablement un reptile d’après Lysnna. À gauche, seulement deux sabots et un cercle brisé par l’herbe envahissante. Les jeunes filles n’étaient pas très sensibles à l’architecture et avaient délaissé la compréhension de ces dessins.
Même si le temple était assez éloigné de la frontière de Gjörn, à l’Est, il y était plus près que Mullistus. Ainsi, les trois jeunes filles la franchissaient souvent pour visiter des lieux inconnus ou rencontrer du monde. Maria avait trop peur des potentielles représailles et préférait les écouter raconter leurs histoires. Sans autorisation, elle n’avait pas le droit de sortir du village. Le trio ne comprenait pas son aveuglement et ses réticences. L’inconnu faisait fantasmer les trois jeunes aventurières assoiffées de liberté quand Maria n’y voyait que l’anarchie, la solitude, l’angoisse d’être livrée à elle-même. Cependant, elle n’avait pas le choix. Sieur Auguste l’avait engagée.
Dans ce temple poussiéreux et en ruine, pas un seul banc pour s’asseoir, uniquement un autel avec, autour, quatre sculptures de tailles distinctes, disposées comme les points cardinaux.
La plus petite statue, orientée vers le nord, représentait une sirène, aux longs cheveux couvrant son buste, assise sur une dalle. Son nom y était gravé : Aqua. Celle, légèrement plus grande, désignait Ventus et faisait face au sud. On pouvait distinguer la forme d’une femme enveloppée dans un drap. La troisième portait le nom de Gaïa. Elle représentait une femme dont les bras étaient des branches, les jambes, des racines, le buste un tronc et les cheveux des feuilles. Orientée vers l’ouest, sa hauteur n’était rien comparée à la plus prestigieuse, dont le nom était effacé et s’élevant à l’est. Cette dernière statue était tellement abîmée qu’il demeurait difficile de savoir quelle personne ou quelle chose y était représentée. On pouvait voir un reptile s’enrouler autour de la pierre avec une femme assise dont les traits étaient incertains.
Sur l’autel, Lysnna déposa un épais grimoire qu’elle avait trouvé des années auparavant dans une petite armoire perdue au fond du temple. Pas un grain de poussière sur lui, certaines pages étaient même d’un blanc éclatant. À l’intérieur, des sorts étaient répertoriés remontant fréquemment à la période Antique, ce qui avait conforté Lou dans la situation historique du temple.
Les jeunes filles s’amusaient à lire les formules, à en créer, les réciter... Parfois, elles prenaient cela au sérieux, parfois non.
Toutes avaient démontré une impressionnante maîtrise de la magie à l’exception de Maria qui semblait ne posséder aucun don. Elle aurait pu être exclue, mais Sieur Auguste l’avait choisie, persuadé qu’une force incroyable résidait en elle. Cependant, les filles s’impatientaient. Lysnna avait juré service à Gaïa, déesse de la Terre d’après le Grimoire, Anna à Aqua, la divinité de l’Eau et Lou à Ventus, se dévouant à l’Air. Il ne restait plus que la dernière et Maria n’eut pas trop le choix. Après quelques années de prières aux pieds des statues, Lysnna possédait le pouvoir de donner vie à la terre, de créer des fleurs et des plantes ou de soigner un arbre. Anna pouvait assécher un petit cours d’eau ou remplir un verre d’eau pure. Lou contrôlait la force du vent. Maria ne faisait rien. Elle était moquée par le reste du groupe qui souhaitait l’exclure depuis longtemps malgré le refus catégorique d’Auguste.
— Que faisons-nous aujourd’hui ? demanda Lou.
— Notre rituel de fraternité pour commencer puis nous tenterons d’augmenter notre puissance. J’ai eu une idée cette nuit envoyée par Gaïa, répondit Lysnna.
— Laquelle ? s’enquit Anna en haussant la voix.
— Une grande révélation ! Nous pourrions créer une égalité et une paix éternelle dans le royaume, nous pourrions rendre le peuple heureux, ensemble !
Lou et Maria s’enthousiasmèrent de cette nouvelle tandis qu’Anna soupira.
— Ensemble... J’espère que tu parles de nous trois, rétorqua-t-elle.
Maria baissa la tête, honteuse de ne savoir rien faire.
— Non, j’évoque bien nous quatre.
— Hier encore, tu me soutenais pour son exclusion et tu m’avais promis d’en référer à ton père ! s’agaça-t-elle. Aujourd’hui tu reviens sur ta parole ? Elle n’a aucun pouvoir ! Elle va nous conduire droit au bûcher !
— Ne dis pas ça ! Il y a bien quatre statues ici, chacune pour un élément. Mon père m’a conté cette obligation et le Grimoire l’évoque aussi. Chaque cercle contient quatre personnes, une par divinité. On ne peut pas transgresser des règles établies depuis si longtemps !
Lou acquiesça. Maria garda la tête baissée tandis qu’Anna marmonna dans son coin. Lysnna alla se mettre derrière l’autel et lut les premières lignes du livre :
— Tant que la magie ne fait de mal à personne, fais ce que tu veux avec. Tout ce qui n’est pas interdit est autorisé.
Toutes les quatre récitèrent une fois cette phrase. Anna prit place et déclara à son tour :
— Tout bien et tout mal fait par magie reviendra par trois fois. Je fais vœu d’apporter ainsi chance et bénédiction en faisant le bien plutôt que d’attirer les forces du mal.
Lou après avoir récité comme les autres la formule, prit de nouveau place et décoda la dernière phrase de la première page :
— Déesse mère qui contrôle l’air, l’eau, la terre et le feu, entends-nous. Que mes sœurs me soient fidèles ! Que mes sœurs me soient fidèles !
Maria ne lisait pas, se contentant de réciter mot par mot ce qu’on lui disait. Pour elle, qui ne manipulait aucun élément de la nature, tout cela restait un jeu.
— Bien, souffla Lysnna. Mes sœurs, n’oublions pas de jurer chasteté auprès des déesses jusqu’à notre mort et de n’être jamais soumises à un seul homme de notre vie.
Maria baissa une nouvelle fois la tête et sans grande conviction, suivit Anna et Lysnna qui répétèrent cette règle. Lou en était exclue, mais Maria ne savait pas pourquoi et n’osait pas poser la question. Elles s’assirent vers leurs statues respectives et prièrent, mains jointes vers le sol.
Une fois redressée, Anna ne put s’empêcher de jeter de l’huile sur le feu :
 — Si la guerre éclate... Si des soldats approchent du temple, Maria ne nous sera d’aucune utilité !
— Cela suffit.
"J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé" (Voltaire)

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