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Mise en avant des Auto-Édités => Mise en avant des Auto-édités => Discussion démarrée par: Apogon le jeu. 27/02/2020 à 17:12

Titre: Le Café des Délices de Linda Da Silva - Tome 2 : De respirer, j'ai arrêté.
Posté par: Apogon le jeu. 27/02/2020 à 17:12
Le Café des Délices de Linda Da Silva - Tome 2 : De respirer, j'ai arrêté.


Préface
Le Café des Délices. Si à l’évocation de ce titre plein de promesses, on a tout d’abord en tête les mélodies de la célèbre chanson de Patrick Bruel, il n’en est plus rien lorsque l’on ferme le roman de Linda Da Silva. Après la lecture, c’est au roman et à ses personnages que l’on pense à l’évocation de ce fameux café.
En effet, lorsque l’on ouvre le roman pour la première fois, c’est comme si l’on franchissait, dans notre imaginaire, la porte de ce café où l’amitié et le partage règnent sur les occupants. À travers le premier tome, on découvre un lieu atypique, presque magique où chaque personnage trouve sa place, apporte un morceau de son histoire pour en écrire une commune à tous.
On découvre page après page le quotidien, le passé et certaines blessures secrètes, intimes de chacun des protagonistes. Comme ils se livrent au lecteur, ils offrent également leur vécu aux autres clients du Café des Délices. De là naît systématiquement une belle leçon de fraternité, d’entraide, de partage qui va venir lier chacun des personnages aux autres. Des rencontres qui rendent la vie plus belle, plus douce, moins terne et amère. Et, dans ce tourbillon de sentiments aussi colorés que les macarons servis par Linda, l’adorable propriétaire des lieux, une belle histoire se crée au milieu des autres. Sous fond d’une enquête policière, déjà très prenante, le lecteur assiste, attendri, à la naissance d’un amour profond entre Martial, le barman du café, et Jonathan, jeune flic à la recherche d’un tueur en série.
Dans le Tome 2, c’est sur le personnage de Jonathan que Linda attire l’attention du lecteur.
Elle aurait pu choisir n’importe lequel des nombreux personnages présents dans l’histoire. Mais, comme si elle avait une prédilection pour les histoires un peu plus sombres, pour les intrigues policières traitant de meurtres, c’est, tout naturellement vers Jonathan qu’elle s’est tournée.
L’histoire démarre quelques années après la fin du tome 1. Le jeune flic a évolué dans son métier. Après s’être formé, il est devenu profiler : il analyse la psychologie des tueurs en série pour en dresser un profil psychologique qui permet de les appréhender par la suite.
 

Dès lors, un véritable contre la montre démarre.
Ce roman nous plonge dans les coulisses de la BAC, et nous pousse, comme le font les enquêteurs, à chercher des hypothèses, des indices qui permettraient de retrouver ce fameux tueur. Comme dans une série policière, on assiste aux réflexions des personnages, leur évolution, leurs erreurs, parfois.
C’est un immense plaisir de s’immerger dans cette histoire, avec, par petites touches savamment dosées, des retours, des clins d’œil au Café des Délices, théâtre des rencontres qui ont amené chaque personnage à sa situation présente. On y va pour déjeuner, dîner, se changer les idées, réfléchir… et tout simplement se retrouver, toujours, face à un visage amical. Le Café des Délices reste ce lieu central, le foyer où se réunit, chaque jour, cette famille de cœur qui s’y est trouvée.
Linda a pris un sacré virage avec ce Tome 2, et elle a eu tout à fait raison de faire confiance à ses intuitions. Elle crée, à travers cette histoire, un univers bien à elle où s’entremêlent les atrocités d’un psychopathe aux douceurs d’un lieu magique et de personnages solaires. On y trouve la poésie d’un Paris sous la neige joliment dépeint et la noirceur d’un tueur en série. Une dualité qui permet d’apprécier ce roman grâce aux petites bulles de calme et de sérénité dans lesquelles l’auteure nous amène quand le besoin se fait sentir. L’histoire démarre et s’achève dans ce café. Entre les deux, le lecteur ne s’ennuie pas une seconde et cherche, impatiemment, à avoir le fin mot de l’histoire. La douceur de la plume de Linda contrebalance la froideur chirurgicale de ce tueur que l’on traque tout du long et dont la psychologie est parfaitement travaillée, sans clichés et sans larmoiements. Des personnages complémentaires, attachants et crédibles qui tiennent le lecteur en haleine tout au long de sa découverte du livre. Une plume addictive très agréable à lire et qui permet de se projeter aisément dans l’histoire.
Je n’espère qu’une chose, c’est qu’une nouvelle vague de meurtres se produise dans l’imaginaire de l’auteure, afin que Jonathan puisse de nouveau mener l’enquête et nous faire passer à nouveau un bon moment d’évasion.

Claire Bertin – Auteure de la duologie 20 ans
 

« Il faut vivre pour écrire, et non pas écrire pour vivre »
Jules Renard
« Écrire c’est lire en soi pour écrire en l’autre »
Robert Sabatier
 

1.
« Toute souffrance a des droits sur le bonheur des autres. »
François Brunante
Printemps 1988. Il fait une chaleur insoutenable en ce matin du mois de mai, impossible de lever les yeux au ciel et de fixer le soleil, tellement sa lumière est aveuglante. À n’en pas douter, l’été sera torride. Heureusement, les magasins sont climatisés, rester à l’extérieur plus de cinq minutes relève de l’impossible. Cela fait longtemps que les températures n’avaient pas été aussi élevées, il fait au moins quarante degrés.
Betty et sa fille Eloïse, huit ans, arpentent les rues de la capitale parisienne dans cette fournaise. Elle avait promis à sa petite de l’emmener dans les magasins, sinon elle ne se serait jamais aventurée hors de son appartement aujourd’hui. Eloïse adore venir dans les centres commerciaux. Pour elle, cette balade est synonyme de plaisir et d’enchantement, tant il y a de merveilleuses choses à contempler. Betty se passe la main dans les cheveux afin de relever une mèche tombée sur son visage. Ils sont tellement mouillés qu’elle décide finalement de laisser sa mèche et s’essuie les mains sur sa jupe, qui lui colle à la peau. Sur le chemin, elle contemple des enfants qui s’arrosent avec un tuyau, en se disant qu’elle aimerait bien se trouver à leur place.
Elles arrivent enfin au centre commercial, Eloïse sent l’excitation monter en elle. Elles se promènent dans les allées évidemment bondées, compte tenu de la chaleur extérieure, à la recherche d’une robe et de chaussures pour Eloïse. Elles entrent dans un magasin, la fillette essaie différentes robes et plusieurs paires de sandales, des roses, des bleues, et même des jaunes ! Elles continuent à circuler dans le magasin, mais l’enfant court entre les allées.
—   Elo, reviens ici ! Je ne te vois plus, crie Betty paniquée en cherchant Eloïse du regard.
—   Je suis là, Maman ! répond-elle en dévoilant sa tête derrière un rayon.
Betty est exaspérée, cette journée est vraiment trop fatigante avec cette chaleur. Elle n’est pas prête à passer son après-midi à courir après Eloïse.
 

Elle la prend par le bras.
—   Reste près de moi s’il te plaît, il y a beaucoup de monde et je ne veux pas te chercher toutes les deux minutes. Je meurs de chaud même avec cette climatisation, et je ne veux pas en plus transpirer en courant partout.
—   Mais Maman…
—   Pas de mais, tu restes près de moi, point final. Pas de discussion ! s’énerve Betty en s’essuyant le visage avec un mouchoir.
Elles arrivent dans un supermarché, Betty doit faire quelques courses pour le dîner de ce soir. Le regard d’Eloïse est immédiatement attiré par un espace jeux installé à l’entrée du supermarché. Elle demande à sa mère si elle peut y jouer pendant qu’elle fait ses courses. Après une courte hésitation, Betty réalise qu’elle pourra faire ses petites emplettes plus tranquillement et rapidement sans sa fille, elle se résigne à la laisser s’amuser.
—   Tu ne bouges pas d’ici, je reviens dans cinq minutes d’accord ? insiste Betty en bougeant son doigt devant les yeux d’Eloïse.
—   Oui Maman, promis, répond-elle en levant sa main droite. Betty n’a plus jamais revu Eloïse…
 

2.
JONATHAN
« Le silence est un temps de pause avant les retrouvailles des êtres passionnés. »
Jeanine Chatelain
Fin 2018. Quelques années se sont écoulées depuis ma découverte de ce magnifique restaurant le Café des Délices1, ainsi que de ses occupants. Toutes ces belles rencontres ont changé ma vie à jamais. J’ai eu la chance d’y trouver une véritable famille !
Je déambule tranquillement dans les rues de Paris. J’aime marcher des heures sans but précis, je contemple les gens autour de moi, j’imagine ce qu’ils pensent, ce qu’ils peuvent ressentir. Où vont-ils ? Vont-ils rejoindre leur moitié ? Sont-ils à la recherche de l’âme sœur ? J’aime flâner le soir avant d’aller rejoindre Martial, mon barman préféré, au Café des Délices pour boire un verre. La nuit commence à tomber, je me sens un peu fatigué, mais j’aime tellement cet endroit que je ne peux m’empêcher de m’y rendre pratiquement tous les soirs. Depuis le premier jour, je ne le quitte plus, sachant qu’en plus j’y ai trouvé l’amour. C’est, en effet, dans ce restaurant que j’ai eu la chance de rencontrer Martial. Cela fait presque trois ans que nous vivons ensemble dans le quartier du Marais. C’est également au Café des Délices que nous avons appréhendé le tueur des Champs-Élysées, qui croupit désormais en prison.
D’ailleurs, suite à cette affaire, mon poste d’inspecteur à la BAC ne me
suffisait plus, j’avais vraiment besoin d’autre chose, de sortir de ma zone de confort. Hormis l’enquête sur le tueur des Champs-Élysées, j’avais notamment participé à celle de l’étrangleur de l’Essonne, et cela m’avait passionné. Finalement, ce qui me stimule le plus c’est de tenter de comprendre la psychologie de ces tueurs en série. C’est devenu une telle obsession que j’ai demandé un congé de formation afin de devenir profiler. Enfin, en France, nous appelons plutôt cela un criminologue. Je souhaitais comprendre leur mécanisme de fonctionnement, afin d’anticiper leurs prochaines actions et pouvoir les appréhender plus rapidement, pour qu’ils fassent le moins de victimes possible.
Décidément, ce restaurant m’aura apporté énormément de belles choses.
 

Grâce à Benoît, qui termine cette année son master en psychologie spécialisé dans les métiers de l’enseignement, j’ai également eu la chance d’effectuer une formation en psychologie.
Il m’a énormément aidé et inspiré. Il m’a dirigé vers des personnes qui m’ont permis d’avoir les contacts nécessaires et de mieux préparer ma formation. J’ai passé une licence de psycho et ensuite un master Psychologie clinique, psychopathologie, psychanalyse à l’Université Paris 5.
Ce n’est pas tout, pendant ma licence, un intervenant criminologue est venu nous parler de son métier et son intervention m’a fasciné. Je m’étais interrogé sur le type de formation à suivre pour en arriver là. J’ai été agréablement surpris d’apprendre que nous avions le même cursus, complété d’un élément en plus qui lui était très utile, selon lui : une formation en droit pénal.
Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, le lendemain j’en parlais avec Céline, qui m’a mis en relation avec un ami à elle, Mathieu, avocat pénaliste. Par conséquent, en parallèle de ma formation en psycho, je me suis également formé aux rouages du droit pénal.
À l’issue de ma formation théorique, j’ai souhaité la rendre un peu plus concrète. Je me suis mis en contact avec mes ex-collègues de la BAC, mon ancien chef notamment. Il m’a permis d’avoir l’opportunité d’étudier différents cas de criminels en série. Grâce à lui, j’ai eu la chance d’en interviewer quelques-uns, ce qui m’a permis de mieux les étudier et de mieux comprendre leurs comportements.
J’exerce aujourd’hui ma profession de criminologue sous forme de vacations. J’interviens ainsi auprès des différentes structures susceptibles d’avoir besoin de mes services, en fonction des demandes qui me sont faites. Je peux être appelé par la police, les centres de santé mentale, les centres d’aide sociale, les établissements pénitentiaires, le monde associatif.
Mon travail s’effectue en grande partie dans un bureau, mais je peux être contraint de me déplacer sur le terrain. C’est d’ailleurs ce que je recherche, je dois l’avouer. Tout cela nécessite de faire preuve d’une grande disponibilité et flexibilité dans les horaires de travail.
Je m’approche du Café des Délices, j’ai l’impression qu’il y a encore beaucoup de monde ce soir. Je vais tâcher de me trouver un tabouret pour
 

discuter un peu avec Martial, avant de rentrer à la maison. Je pousse la porte et me faufile entre les clients jusqu’au bar.
—   Salut Martial, ça va ? Ça a l’air bondé ce soir, m’enquiers-je en regardant autour de moi.
—   Salut. Pas mal de monde, oui, je ne sais plus où donner de la tête. Et toi ça a été ta journée ? demande Martial, tout en continuant à servir ses clients.
—   Ça va, ça va. J’ai passé mon après-midi dans un centre de santé mentale à essayer de comprendre pourquoi un jeune homme de vingt ans ne souhaite plus parler et s’est fermé au monde extérieur, tu imagines un peu !
—   Mon pauvre, je te fais un de mes petits cocktails sans alcool, comme d’habitude ?
—   Évidemment !
J’aperçois Linda qui sort de la cuisine, elle se dirige vers nous. Elle a l’air fatiguée, ce que je comprends avec tout ce qu’elle gère au restaurant. Elle prend tout de même deux minutes pour me saluer.
—   Bonsoir, Linda, comment ça va ce soir ? Et comment vont Tania et Matéo ?
—   Bonsoir Jonathan. Tout va bien, mais comme tu le vois, je cours partout. Les enfants ça va, d’ailleurs ils viendront m’aider durant les vacances scolaires de Noël, comme d’habitude.
—   Tu dois être ravie.
—   Mouais. Enfin ils ont surtout envie de tous vous revoir… Mais ça me va bien ! répond Linda en caressant l’épaule de Jonathan.
—   Je me doute.
—   Et toi alors, quoi de neuf ?
—   J’ai eu vent ce matin, par mon ancien collègue de la BAC, Adrien, d’une affaire qui pourrait peut-être m’intéresser. Pour le moment la police n’a pas fait appel à moi, normalement c’est eux qui doivent le faire.
—   Ah bon, tu dois attendre qu’ils te contactent ?
—   Habituellement oui, mais là, vu ce qu’Adrien m’a raconté, cette enquête m’intéresse au plus haut point.
 

—   Contacte-les directement pour proposer tes services, non ? Après tout, si cette enquête t’intéresse autant… Désolée, mais il faut que je te laisse, je retourne à mes casseroles, s’interrompt Linda en courant vers la cuisine.
Je n’ai même pas le temps de lui répondre qu’elle a déjà filé. Heureusement, j’ai l’habitude : elle est toujours sur le qui-vive. Martial me sort de mes pensées.
—   Alors, tu pourrais les contacter directement ? s’interroge Martial en me lançant son torchon au visage.
—   Je ne sais pas trop, ça ne marche pas comme ça, mais…
—   … Mais cette affaire t’excite déjà depuis plusieurs jours, alors qu’est- ce que tu attends, fonce !
—   Ouais, tu as raison… Adrien m’a donné le nom de l’enquêtrice responsable de cette affaire, je vais tenter de passer la voir demain matin, à son bureau.
—   Eh bien voilà ! C’est quand même pas très compliqué à décoincer un profiler… Allez, va te poser à une table. Regarde, Nicolas est tout seul ce soir, tu n’as qu’à dîner avec lui…
—   Je ne l’avais même pas vu, j’y vais de ce pas !
Sacré Nicolas, quand je pense à ce qu’il a traversé lorsque je l’ai rencontré, l’enlèvement de ses deux collègues médecins et amis en République du Congo, leur libération par un commando, leur retour en France… Heureusement, cela n’a en rien entamé son envie d’être utile chaque année sur place. Je l’admire tellement, ce don de soi, cette générosité. Je profite d’un petit moment avec lui avant de rentrer.
Arrivé enfin à la maison, je suis sur les rotules. Martial ne va pas rentrer tout de suite, j’ai le temps de me poser un peu devant ma série préférée, Esprits Criminels, qu’il ne supporte pas. Il ne cesse de me dire que j’en vois assez avec mon travail et qu’il ne comprend pas pourquoi je m’inflige ce type de programme en plus le soir.
Martial rentre tard, je me suis assoupi sur le canapé. Il s’installe à côté de moi et me caresse délicatement la joue. Cela me réveille et nous allons nous coucher. Je n’aurais jamais pensé rencontrer une personne telle que lui, si
 

compréhensive avec moi, notamment concernant mon travail qui fait partie intégrante de ma vie, et par conséquent de notre vie. Je me rends compte de la chance que j’ai, je souhaite juste que mon travail ne me fasse jamais perdre ce bonheur… Je suis conscient de ne pas être très présent ces derniers temps, et je vois bien que c’est difficile au restaurant, où il y a de plus en plus de monde. Et avec ce nouveau crime à résoudre qui me trotte dans la tête, les choses risquent de ne pas aller en s’améliorant… J’arrive enfin à m’endormir, blotti dans ses bras.
 

3.
« Ce qu’on rencontre dans la vie est la destinée. La façon dont on la rencontre est l’effort personnel. »
Sathya Sai Baba
Cette affaire me trotte dans la tête, je n’arrive pas à penser à autre chose.
Je me lève aux aurores, passe à la boulangerie pour acheter des croissants puis au café d’en face pour prendre deux cafés à emporter. Je fonce directement au commissariat pour essayer de rencontrer Lou Devane, le lieutenant en charge de l’affaire sur laquelle j’aimerais tant travailler. Je n’ai encore jamais collaboré avec elle, mais Adrien la connaît bien et apparemment Cédric, l’un de mes anciens collègues à la BAC, travaille dans son équipe, ce qui pourrait se révéler un énorme avantage pour moi dans ma tentative d’approche. Adrien m’a expliqué que ce serait une formidable opportunité de travailler avec elle, c’est une excellente enquêtrice, qui a résolu pas mal d’affaires et qui a excellente réputation au sein du commissariat.
Je me dirige vers le policier à l’accueil. Il a l’air débordé, je patiente tranquillement pendant qu’il termine sa conversation avec la personne devant moi.
—   Bonjour, j’aimerais parler avec le lieutenant Lou Devane s’il vous plaît ? dis-je en posant mon paquet de croissants sur son comptoir. Son odorat ne le trompe pas et je vois bien qu’il apprécie l’odeur qui émane de mes petites gourmandises, je lui en propose un qu’il accepte. Il me serre la main pour me remercier.
—   Bonjour, c’est à quel sujet ? répond-il la bouche pleine.
—   Je suis criminologue, j’aimerais lui parler d’une affaire, est-ce qu’elle est là ?
—   Lou ? Elle arrive toujours ici la première et part la dernière. Enfin bref, je vais voir si elle peut vous recevoir, mais je ne vous promets rien.
—   Merci de votre aide.
Le commissariat est déjà en effervescence et il n’est que 8 h. Cela me rappelle des souvenirs et je me rends compte à quel point tout ça me
 

manque. Il est divisé en deux parties distinctes, dont l’une pour l’accueil du public. Deux flics sont en train d’interroger une femme à un bureau, plusieurs personnes sont en train de déposer plainte juste à côté. D’autres flics sont en train de prendre des dépositions, personne ne chôme ce matin. Le policier revient enfin.
—   Vous pouvez entrer, c’est le bureau tout au fond du couloir à gauche, mais je vous préviens, elle n’a pas beaucoup de temps à vous consacrer.
—   C’est parfait, merci.
—   Merci à vous pour le croissant, délicieux. Revenez quand vous  voulez ! ajoute-t-il en affichant une mine gourmande.
Je lui souris et me dirige vers le bureau indiqué, en prenant mon temps pour m’imprégner de l’ambiance du lieu. Je me rends tout au fond du couloir peint en gris, il me paraît interminable et triste. Ce passage étroit et long dessert un espace qui sert de salle de repos. Des fauteuils, des sucreries et de quoi se faire du café y sont à disposition. J’arrive enfin devant le bureau de l’enquêtrice et frappe à sa porte.
—   Entrez !
Son bureau est un vrai bordel, je ne sais pas comment elle peut travailler dans ce foutoir. Cela dit, c’est une très belle jeune femme, même si l’on voit bien qu’elle se fout de son apparence. Elle a de beaux cheveux blonds longs noués en tresse sur le côté et les yeux d’un vert profond. Très grande et très élancée. Je ne pourrais pas lui donner d’âge, mais je pense qu’elle est bien plus jeune qu’elle n’y paraît.
—   Bonjour, je m’appelle Jonathan Vidal, j’ai travaillé à la BAC et je…
—   Bonjour, m’interrompt Lou, que puis-je pour vous ? Désolée je n’ai que cinq minutes à vous consacrer alors : allez droit au but !
Quel caractère ! Je sens que cela ne va pas être aussi facile que je le pensais. La manière dont elle vient de froncer les sourcils n’augure rien de bon, mais je ne me démonte pas. Je prends une profonde inspiration et j’enchaîne :
 



—   Je viens vous parler de l’affaire sur laquelle vous travaillez.
—   Laquelle ? Si je n’avais qu’une seule affaire, je pourrais enfin prendre des congés ! s’écrie Lou en fixant son regard émeraude dans le mien.
Décidément, elle ne me facilite pas du tout la tâche. Je ne me laisse pas impressionner.
—   D’accord, droit au but, j’ai saisi… L’affaire du corps retrouvé récemment dans le 14e ?
Elle s’arrête soudain de fouiner dans ses dossiers, je crois que j’ai enfin capté toute son attention.
—   Mais comment diable êtes-vous au courant de cette affaire ? C’est confidentiel, bordel !
—   J’ai mes sources, mais je suis là pour vous proposer mon aide, je suis…
—   Vous êtes quoi, médium, et vous allez résoudre mon affaire ?
—   Je suis criminologue et je travaille régulièrement avec la police sur leurs enquêtes, pour les aider à comprendre le comportement des tueurs.
—   Bon, écoutez Jean…
—   Jonathan… dis-je, exaspéré.
—   Si vous voulez ! Je n’ai pas le temps pour ces conneries. Arrêtez avec votre baratin, vous voulez quoi ? insiste Lou en tapant du poing sur son bureau, faisant tomber quelques dossiers.
—   J’aimerais travailler avec vous sur cette enquête, car selon les éléments que j’ai pu avoir entre les mains, il me semble que vous n’en êtes qu’au début…
J’ai la curieuse impression de l’énerver encore plus, elle se frotte le nez et son regard en dit long sur ce qu’elle pense de moi.
—   Et vous savez ça juste avec quelques éléments que vous avez eus en votre possession, je ne sais comment, et sans avoir vu ni le corps ni le lieu du crime ?
 

—   Je veux juste vous proposer mon aide.
—   Écoutez, vous êtes mignon avec votre petite gueule d’amour, mais là je n’ai pas le temps pour ça, comme vous le voyez, j’ai une grosse affaire à résoudre.
—   Laissez-moi vous aider, insisté-je.
—   Je n’ai besoin de personne !
À contrecœur, je me résous à partir, je sens vraiment que cela ne sert à rien d’insister à ce moment précis, mais je ne m’avoue pas vaincu. J’allais refermer la porte derrière moi…
—   Jean comment déjà ?
—   Jonathan Vidal, m’exclamé-je.
—   Peu importe, allez, posez ce que vous avez dans les mains sur mon bureau, ça sent bon et je n’ai rien avalé depuis mon sandwich d’hier soir !
Je lui dépose le café et les croissants et m’en vais en lui lançant mon plus beau sourire… Ce n’était que le premier round. Je ne vais pas me laisser impressionner. Je veux absolument travailler sur cette affaire et personne ne m’en empêchera ! Il faut que je trouve le moyen de la revoir dans un autre cadre, hors de son bureau.
Je retourne voir le policier à l’accueil pour lui demander si Cédric est de service aujourd’hui.
Dans mon malheur, je suis chanceux : il est là ! Il m’indique son bureau, mais comme j’aimerais lui faire la surprise, je lui demande de ne pas le prévenir, et lui explique que nous avons travaillé ensemble il y a quelques années à la BAC. Je pense que mon croissant a bien aidé, car il consent à me laisser y aller sans le prévenir.
J’arrive devant sa porte entrouverte, il est au téléphone, j’attends qu’il termine sa conversation. Je l’entends raccrocher, je frappe à la porte et n’attends pas sa réponse, j’entre. Je vois à son visage surpris qu’il ne s’attendait pas à ma visite.
—   Mais j’y crois pas, qu’est-ce que tu fous ici ? s’exclame Cédric en me prenant dans ses bras, tout en me tapotant le dos.
—   C’est une longue histoire, que je te raconterai avec plaisir si tu as
 

quelques minutes à m’accorder, répondis-je.
—   Franchement, ça aurait été avec plaisir, mais je dois filer sur une affaire. Je te laisse le soin d’organiser une petite soirée avec Adrien, je compte sur toi, répond Cédric en quittant son bureau.
Bon. Passage au plan B : je quitte le commissariat et j’appelle Adrien.
—   Salut Adrien, comment ça va ?
—   On est en planque dans une cité, mais sinon ça va, et toi ? Alors, tu as pu voir Lou ?
—   Tu ne m’avais pas dit qu’elle avait un foutu caractère !
—   Alors tu l’as vue, elle est coriace hein ? Cela ne va pas être facile, mais ne lâche rien, l’affaire vaut le coup.
—   Je le sais et c’est précisément pour ça que je t’appelle. Est-ce que tu sais où elle a l’habitude de déjeuner ou de prendre un café ?
—   Petit malin, elle déjeune pratiquement toujours au même endroit, dans le 14e, dans un petit troquet appelé L’Entonnoir.
—   Merci beaucoup Adrien, je te revaudrai ça.
—   J’espère bien !
—   Tiens au fait, je viens de croiser Cédric, il faut qu’on s’organise une soirée tous les trois, je peux te laisser gérer ?
—   Avec plaisir mon pote, s’écrie Adrien avant de raccrocher.
Je passe l’après-midi dans une prison, où j’aide la police à interroger un détenu sur sa possible implication ou complicité dans un meurtre perpétré il y a quelques jours avec le même mode opératoire que le sien. Peut-être un copycat… Ou alors il a un complice qui continue son œuvre en utilisant sa signature.
J’avoue que je n’ai pas du tout la tête à ce que je fais, je n’arrête pas de penser à cette affaire, je souhaiterais tellement travailler dessus, je suis sûr de pouvoir les aider. Je passe au restaurant voir Martial, ça me détendra.
Je tombe sur Omar et Sophie, que j’ai également rencontrés au Café des Délices. À l’époque, ils cherchaient à adopter un enfant sans succès depuis plusieurs années. Suite à leur rencontre avec Nicolas, ils ont réussi à en adopter deux en République du Congo.