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Auteur Sujet: Les tribulations d'Hortense de Nathalie Brunal  (Lu 121 fois)

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Les tribulations d'Hortense de Nathalie Brunal
« le: jeu. 3 oct. 2019 à 16:23 »
Les tribulations d'Hortense de Nathalie Brunal

1.


— Joris ! Max ! Allez, on va être en retard !
Je soupire en voyant mon petit dernier descendre l’escalier. Il est débraillé, pieds nus et ses cheveux sont dressés sur sa tête.
— Mais, qu’est-ce que tu as fait ? Pourquoi n’es-tu pas encore prêt ?
Devant son air boudeur, je soupçonne une facétie de son frère. Je monte à l’étage afin d’en savoir plus… Je découvre Max dans la salle de bains. Il m’observe dans le miroir et je remarque dans sa main le tube de gel pour les cheveux.
— Qu’est-ce qu’il y a ? me demande-t-il avec un air mal aimable.
— Sur un autre ton, s’il te plaît !
Il marmonne quelque chose d’incompréhensible et j’ajoute :
— Max, le lycée ne va pas t’attendre !
— Je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler comme ça !
— Euh... c’est ton prénom, non ?
— Je t’ai répété plusieurs fois que c’était moche et que tu devais m’appeler Bogoss comme mes potes !
Je me retiens de rire. Cela ne pourrait que le mettre en colère et nous sommes déjà en retard… Je fais donc rapidement demi-tour afin de ne pas épiloguer là-dessus !
— Malgré tout, dépêche-toi !
À cet instant précis, j’ai l’impression d’avoir pris un coup de vieux. Ça y est, je ne suis plus à la page… Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Et quel drôle de surnom ! Désespérée, je soupire et descends rejoindre Joris. Un sourire se dessine sur mes lèvres quand j’entre dans le salon. Il a réussi à mettre ses chaussures tout seul. Ce n’est pas une grande victoire puisque ses baskets ont les fameux « scratch », cependant pour un petit bonhomme de cinq ans, cela mérite d’être mis à l’honneur.
— C’est bien mon grand ! Et tu nous fais gagner de précieuses minutes.
Quoique vu l’heure, il me semble improbable d’arriver avant la sonnerie de l’école. Joris fait disparaître mon sourire avec sa question fatidique.
— Et mes cheveux ?
Je le regarde, les yeux exorbités. Le souvenir du tube bleu que tenait Max s’impose dans mon esprit. Il m’avait fait une scène au supermarché pour que je le lui achète. Ses copains ont celui-là et il lui fallait le même…
— Mon pauvre Ouistiti, c’est du gel effet béton ! Je ne peux plus y faire grand-chose !
Vous devez vous demander pourquoi j’appelle Joris ainsi… Il n’était encore qu’un bébé lorsque Martha est venue m’aider. Quand elle l’a vu la toute première fois, Joris l’a observée, les yeux écarquillés et en plissant le front. Il ressemblait vraiment à un petit singe. Elle l’a pris dans ses bras en l’appelant de cette façon et ce surnom lui est resté. Il faut dire qu’il est mince avec un visage fin. Quand il est soucieux, son front se ride et le petit ouistiti réapparaît.
Nous devrions déjà être partis et je n’ai pas le temps de lui laver les cheveux. Devant la moue qui se dessine sur son visage, annonciatrice d’une crise de pleurs imminente, je l’entraîne vers la cuisine. J’ai toujours un peigne dans un tiroir au cas où… Je le passe et le repasse sur les piques dressés sur sa tête afin de les aplatir. Il me sourit croyant retrouver sa coiffure habituelle… Je n’ai pas le cœur à le décevoir, toutefois c’est peine perdue. Plus je m’acharne, plus ils sont indisciplinés et hérissés. Je suis face à une situation de crise. Nous sommes en retard et je dois en plus trouver un moyen de l’amener à la voiture tout en évitant le grand miroir de l’entrée. Défi du jour que je suis capable de relever haut la main !
Je sais ce que vous vous dites… Si, si, je suis une mère indigne ! Je devrais prendre le temps de lui relaver les cheveux même si cela ne rentre plus du tout dans mon timing ! Au lieu de cela, je me contente d’empêcher Joris de toucher à sa coiffure sous prétexte qu’il va tout défaire ! Je sais... Mentir n’est pas beau, néanmoins, c’est une question de vie ou de mort. Je ne me sens pas capable de supporter un cataclysme quel qu’il soit ! Je tiens à mes nerfs. Les larmes et pleurs du petit, je les réserve pour plus tard !
Max pointe enfin le bout de son nez. Cet enfant me désespère ! Il a sauté à pieds joints dans l’adolescence et ce n’est pas beau à voir ! Son jean descend un peu trop bas sur ses fesses et son boxer peut être apprécié de tous ! C’est d’un ridicule !
— Tu n’as pas de ceinture ?
— Pourquoi faire ?
Ah ben oui, forcément ! Question idiote, réponse idiote ! Elle n’aurait absolument aucune utilité ! Je n’ai pas le temps de m’attarder là-dessus, pourtant si j’avais deux minutes, je lui mettrais une paire de bretelles pour tenir le tout !
— Allez, manteaux, sacs, on y va !
Joris s’exécute avec maladresse, mais il arrive à le fermer. Je le félicite avec un pincement au cœur. Décidément, il grandit trop vite. Max quant à lui, attend dans l’entrée.
— Max, ton blouson ?
Il s’apprête à me répondre quand j’ajoute bien vite :
— Et pitié, épargne-moi ton discours sur la façon dont je dois t’appeler !
— C’est bon, j’ai un pull !
Ma patience a des limites et j’arrive au bout du peu qu’il me restait… Je ne savais pas qu’un sweat-shirt pouvait se substituer à un manteau ! Je crois qu’il a les hormones en ébullition et qu’elles lui tiennent chaud ! Je ne m’attarde pas sur le fait que nous sommes en novembre et qu’il fait froid. Je prends mes affaires et pousse les enfants vers l’entrée. Joris approche dangereusement du miroir. Afin d’éviter l’incident diplomatique, je bouscule Max pour passer.
— Eh ! Tu pourrais dire « pardon ! » !
Mon regard noir l’encourage à baisser la tête et à se taire. J’avance en exécutant de grands gestes devant la glace afin de mettre ma parka et ainsi dissimuler le mur. Mes deux chenapans me regardent étrangement et heureusement que le ridicule ne tue pas.
— Fais pas attention, elle fait son intéressante ! déclare Max à son petit frère en levant les yeux au ciel, certainement dans un geste exaspéré.
Cela doit être difficile d’avoir une mère comme moi... En tout cas, si je ne devais pas continuer mes pitreries afin d’éviter à Joris de se voir et par la même occasion, rattraper la bêtise de ce grand dadais, j’aurais attrapé cet homme en devenir afin de lui remettre les idées en place.
— Allez, avancez ! Vous bouchez l’entrée !
Ils se retrouvent enfin dehors. Je cesse de faire le singe pour fermer la porte à clef. Je sais déjà que nous sommes en retard et ma montre me confirme qu’une fois encore, nous allons nous faire gronder par la maîtresse.
J’espère éviter les bouchons, bien que ce soit plutôt mal parti. Max s’impatiente et pianote sur son portable. Je dois être le sujet de conversation du jour. Aux yeux de ses copains, ce ne peut être que de ma faute s’il n’est pas encore arrivé ! D’un coup sans prévenir, il s’écrie :
— Arrête-toi là !
Je freine brusquement et des klaxons s’en donnent à cœur joie derrière moi.
— Mais ça ne va pas ? Tu ne peux pas me le dire avant ?
— Tu sais très bien que je descends toujours avant le lycée !
Il ouvre la portière et répond à mon « bonne journée ! » par un « ouais, merci ! » Cet enfant n’a que quinze ans et il me désespère. Combien de temps dure l’adolescence ? Je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps, il fallait l’amener à sa classe en le tenant par la main. Après un « je t’aime ! » et des bisous, il entrait dans celle-ci attendant patiemment que j’aille le récupérer. Puis est venu le temps où je devais le laisser au coin de la rue et ne surtout pas l’embrasser devant ses camarades. J’en suis arrivée à le déposer presque une rue plus loin… Quelle sera la prochaine étape ? Le scooter pour y aller seul ou accompagné de sa petite amie ! Mon sang se glace rien que d’y penser… Celle qui me prendra mon fils n’est pas encore née ! Oh, je sais ce que vous vous dites. Il faut bien que jeunesse se fasse... mais mon cœur de mère ne supportera pas de le voir amoureux ! Où est passé mon bébé ?
Joris me ramène à la réalité.
— Pourquoi toutes les voitures font « tut tut » ?
— Peut-être parce que je gêne !
Je reprends rapidement la route jusqu’à l’école. Je m’arrête à plusieurs reprises afin que des piétons traversent. À cette heure matinale, les trottoirs sont remplis d’enfants et d’adultes et la prudence est de rigueur. Cela a le don d’énerver celui qui me suit. Je l’observe dans mon rétroviseur et celui-ci pianote sur son volant en marmonnant des paroles qu’il vaut mieux que je n’entende pas. Il se colle de plus en plus à mon pare-choc dans le but de m’effrayer ou dans l’espoir de me pousser afin que j’aille plus vite... J’espère qu’il ne va pas au même endroit que moi… Je risquerais d’en prendre pour mon matricule. L’école se profile à l’horizon… second arrêt avant le travail.

Je me gare en double file, car le parking est plein et vu l’heure, je n’ai pas le choix. Je regarde, stupéfaite le véhicule qui me suivait. Ce que je craignais arrive… Le conducteur énervé stationne sa voiture juste derrière la mienne. Il descend rapidement de son véhicule et vient vers moi.
— Vous avez eu votre permis dans une boîte Bonux ou quoi ?
Joris qui est encore dans la voiture suit la scène. Il sait de par expérience qu’il ne faut pas me chercher et encore moins quand je suis déjà au bord de la crise de nerfs.
— Qu’avez-vous donc à reprocher à cette lessive qui au demeurant lave super bien ?
— Vous vous moquez de moi en plus ?
— Euh non… Veuillez m’excuser, mon fils est en retard pour l’école ! Je n’ai pas de temps à consacrer à ces fadaises !
— Il ne l’aurait peut-être pas été si vous n’aviez pas laissé traverser tous ces gens !
— Il me semble que dans le Code de la route, c’est écrit qu’on doit s’arrêter !
— Pas quand on empêche les autres d’être à l’heure !
Il me bouscule en s’approchant de la route et se précipite de l’autre côté. Je reste figée, intriguée par le fait qu’il entre dans l’école. Joris descend de la voiture, j’empoigne son sac et nous traversons vers l’entrée. La dame de service me fait remarquer pour la énième fois ce mois-ci que nous sommes « encore » en retard, comme si je ne le savais pas ! Elle ajoute rapidement que ce n’est pas bien grave puisque l’instituteur l’est aussi. En entendant ses derniers mots, je rattrape Joris par l’épaule. Je l’apostrophe désirant obtenir de plus amples informations sur ce qu’elle vient de me dire…
— Pardon ! Où est passée la maîtresse ?
— Elle s’est cassé une jambe et elle en a pour un moment ! m’annonce-t-elle en me faisant signe d’avancer vers la classe.
Apparemment, la conversation est close et je n’en apprendrai pas plus. Je me rapproche donc avec une certaine appréhension. Joris dépose ses affaires au porte-manteau et m’embrasse avant de rejoindre ses camarades. Je me retourne pour faire demi-tour, pressée de me débiner lorsque je me retrouve nez à nez avec le conducteur énervé.
— Encore vous ! s’écrie-t-il, agacé que je sois sur son chemin.
— J’amène mon fils. Je croyais vous l’avoir dit !
— Il a de la chance, j’ai raté le coche pour mon premier jour à cause d’une mauvaise conductrice !
Je m’apprête à lui répondre quand l’atsem s’approche de la porte.
— Il est l’heure de commencer !
Il me fusille du regard et ajoute rapidement :
— Essayez d’être en avance demain !
Je n’ai pas le temps de lui rétorquer quoi que ce soit, car il me claque la porte au nez. Je suis stupéfaite ! Une furieuse envie d’étriper le nouveau maître de mon fils me fait piétiner de rage devant l’entrée de la classe. Joris m’en voudrait si je faisais quelque chose de répréhensible. Le pardon serait difficile à obtenir… Quoique des bonbons, glaces et cadeaux pourraient aider en ce sens... Finalement, je me dirige vers la sortie. Ce qui est une sage décision. Pour une fois, je vais me comporter en adulte et prendre le chemin du travail sans chercher les ennuis. J’essaie en général de ne pas me faire remarquer en présence des enfants, cependant la vie en décide souvent autrement… Aujourd’hui, elle m’a laissé le choix !
"J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé" (Voltaire)

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