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Mordue de Florian Gautier

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Apogon:
Mordue de Florian Gautier



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Extrait Roman Mordue

Les choses étaient allées si… vite. Je peinais à vraiment réaliser ce qui se passait, et plus encore à y croire. Pourtant…  Ses lèvres si douces et délicieuses collées aux miennes, son corps ondulant légèrement contre le mien… Et son parfum, enivrant, entêtant… Était-elle réellement là, avec moi ? Ou n’était-ce qu’un rêve ? Ou une hallucination provoquée par l’alcool ? Toute cette soirée me paraissait tellement… irréelle.
Des amis m’avait invitée à une fête. Mais, rapidement, ils m’avaient délaissée pour aller draguer à droite à gauche, me laissant seule dans mon coin. Je ne leur en voulais pas, j’y étais malheureusement habituée. Mais je me demandais toujours pourquoi ils m’invitaient et surtout, pourquoi j’acceptais. Une soirée seule, je pouvais aussi bien la passer chez moi, devant ma télé. Je laissai mon regard errer parmi les invités, accoudée au bar (qui avait un bar chez lui?), en sirotant mon verre. Beaucoup de couples se formaient dans ces soirées, la plupart éphémères, sans lendemain. Contrairement à mes amis, ce n’était pas vraiment ma tasse de thé. Oh, bien sûr, je m’étais déjà laissée tenter par ces expériences sans lendemain, et à plusieurs reprises. Mais ce n’était pas vraiment ce que je cherchais. J’avais une âme plus… disons plus romantique. J’avais le désir de nouer quelque chose, de ressentir un sentiment si fort que j’en serais transportée ! Simple, pas vrai ? Les rêves d’une jeune fille qui n’y connaissait rien surtout. Si l’on écartait les plans culs, mes relations n’avaient jamais été réellement longues ni même intenses ou encore véritablement sincères. Tout au plus des atermoiements d’adolescents, et encore. Mes connaissances en amour venaient surtout de la culture populaire : livres, séries, films, jeux… En d’autres termes, c’était limité et fortement fantasmé, notamment sur l’idée de coup de foudre et d’amour véritable. Alors, forcément, mes relations ne duraient pas. Je finissais toujours laissée sur le bas-côté, par manque d’implication, d’un côté comme de l’autre. Un peu ce que je vivais avec mes amis en quelque sorte…
Je vidai un autre verre, étouffant un soupir. Peut-être que j’allais me laisser tenter par un plan cul pour la soirée… à condition que quelqu’un veuille de moi.
Je balayai une fois de plus la salle du regard, sans vraiment y croire, et me figeai en rencontrant le sien. C’était une femme d’une beauté… surnaturelle, à m’en faire rater un battement de cœur. Elle avait une présence marquante, un charme plus qu’évident. Son visage était fin, ses lèvres sensuelles, ses cheveux argentés, sa peau blanche et sans le moindre défaut apparent… mais ce qui marquait le plus était ses yeux : Ils luisaient d’un éclat rougeoyant et hypnotique. Tout chez elle semblait idéalement proportionné, une forme de… beauté parfaite, de perfection incarnée qui me laissa le souffle coupé. Et bien sûr, tous les regards ou presque étaient tournés vers elle, suivaient chacun de ses pas. Comment aurait-il pu en être autrement ? Elle attirait littéralement les regards. Un certain nombre de prétendants gravitait déjà autour d’elle et d’autres se levaient pour tenter d’engager la conversation, d’attirer son attention. Son regard, captivant et qui n’avait pas lâché le mien durant de longues secondes, m’abandonna finalement pour se tourner vers ses aspirants. Je me détournai à mon tour, la gorge sèche et bus une nouvelle gorgée de mon verre, essayant de reprendre mes esprits. Aborder quelqu’un m’était déjà difficile en temps normal, mais alors elle, même déchirée, j’en serai incapable ! Et j’étais loin de l’être. Juste un peu plus… pompette qu’il ne faudrait. Je jetai un nouveau coup d’œil dans sa direction. Je ne la voyais même plus à travers la foule. Elle avait certainement dû trouver chaussure à son pied. Ce genre de créature ne restait jamais longtemps seule. Je secouai doucement la tête, partagée dans mes sentiments. C’était ridicule. Je n’aurais pas franchi le pas, même si elle était venue jusqu’à moi. Je n’aurais pas osé. Alors, pourquoi est-ce que j’avais l’impression d’avoir laissé passer ma chance ? Je repris mon verre, le portai à mes lèvres quand un visage apparut devant moi, me faisant sursauter et avaler de travers. Une quinte de toux me gagna et je le posai précipitamment, le souffle court. Sa main vint tapoter dans mon dos et sa voix résonna autour de moi.
— Bah alors, bah alors ! Doucement.
Je continuai de tousser et cracher, peinant à reprendre mon souffle. Putain, j’avais manqué m’étouffer ! Je la regardai alors et la dévisageai sans un mot, figée. Elle était là… Juste devant moi. Elle était là et elle me souriait. À moi. Son regard directement plongé dans le mien. Un regard si… intense, fascinant, attirant, que j’en avais le souffle coupé. Je déglutis et continuai à la dévisager, sans bouger, sans oser y croire. Son sourire s’élargit. Elle attrapa ma main, l’amena à son visage pour me le faire toucher. Un frisson me traversa et je sentis mes lèvres s’entrouvrir, ma langue battre entre mes dents.
— Je suis bien réelle. Rassurée ?
Confuse, je retirai aussitôt ma main.
— J-je n’en doutais pas ! (bafouillai-je.)
Mais pour qui devait-elle me prendre à la dévisager ainsi ? J’étais certaine d’être devenue rouge pivoine en plus d’avoir affiché un air idiot.
Elle rit doucement.
— Tu es craquante. (me dit-elle.)
Là, c’était sûr, j’étais devenue pivoine.
Craquante… ? Est-ce qu’elle était sincère ? Ou se moquait-elle de moi ?
— Je… M… Merci ? (parvins-je à bredouiller mollement.)
Elle rit de plus belle.
— De plus en plus craquante.
Je ne savais plus où me mettre, n’osais plus la regarder. Sa main caressa ma joue, m’invita à me tourner vers elle, à croiser son regard.
— Je suis venue là pour contempler ce joli minois à loisir, alors regarde-moi s’il-te-plaît.
Et je le fis, soutenant son regard malgré mon cœur qui n’avait de cesse de tambouriner toujours plus fort dans ma poitrine, accentuant mon stress, à m’en donner une légère nausée. Et pourtant, plus les secondes passaient et plus je me détendais. Je perdais petit à petit conscience de ce qui nous entourait, tant du bruit que des gens. Il n’y avait qu’elle, son sourire, son regard. J’étais comme happée par ses yeux, hypnotisée par leur beauté… irréelle. Et très vite, nos lèvres s’effleurèrent… avant de fusionner.
J’enroulai mes doigts dans ses cheveux, quelque peu haletante, enivrée de ses baisers, de ses caresses. Avant même que je m’en rende compte, nous avions quitté la fête pour nous retrouver seules et loin de tous regards indiscrets dans la petite ruelle qui longeait la maison. Sa tête disparaissait dans mon cou, ses lèvres glissaient sur ma peau. Je n’étais même pas capable de dire comment nous étions arrivées là. Comme si ce premier baiser que nous avions échangé avait pris le pas sur nous, notre raison, jusqu’à nous amener ici. J’ignorais tout d’elle. Bordel, je ne connaissais même pas son nom ! Et… je m’en foutais éperdument. J’étais plongée dans l’instant, soupirant à chaque fois que ses lèvres se pressaient contre ma peau, profitant de purs moments de volupté. Je n’avais jamais rien ressenti de tel avec qui que ce soit. Ils étaient promesses de milles délices auxquels je succombais sans retenue. Mes mains se perdaient dans ses cheveux, appuyaient doucement contre son crâne, l’incitant à poursuivre ses œuvres. Ma tête partait sur le côté pour lui offrir mon cou tout à loisir, rythmant ses attentions de soupirs équivoques qui semblaient l’encourager à poursuivre avec toujours plus de sensualité. Sa langue dansa sur ma peau, la taquina avant que ses lèvres ne poursuivent. C’était si bon… Parfois, elle pinçait la peau dans sa bouche et il m’arrivait de sentir ses dents racler. Je m’étais attendue à avoir mal, mais en fait, c’était loin d’être désagréable. Bien au contraire même. Cela rendait la zone plus sensible, m’arrachant moult frissons qui ne faisaient que s’accentuer quand ses lèvres revenaient me picorer avec douceur. Elle était… plus que douée. J’étais déjà totalement charmée, à sa merci et elle le savait, s’amusant avec moi, comme un prédateur avec sa proie. Mes mains se pressaient contre sa tête, tentaient de la guider, mais elle n’en avait cure. J’étais sa chose, soumise à son bon vouloir et elle en jouait sans retenue faisant monter aussi bien ma frustration… que mon excitation. Et j’adorais ça. Je me pinçais les lèvres avec délices, mon cou devenu si sensible que le simple effleurement de sa bouche suffisait à me faire perdre pied, me faire gémir de plaisir.
Un gémissement… qui se transforma en un petit cri quand ses dents se plaquèrent une fois encore contre ma peau, la taquinèrent. Le pincement s’accentua et un grondement se fit entendre. Alors, une douleur explosa dans mon cou et un liquide chaud coula et imprégna ma peau. Je tentai maladroitement de me débattre, par pur réflexe, mais j’en étais incapable. Ses bras étaient plaqués dans mon dos, ses mains refermées sur mes épaules et elle me maintenait bien droite, fermement, avec une sacrée poigne. Presque tout mouvement m’était interdit et je ne pouvais qu’offrir mon cou tout à loisir. Mais qu’est-ce qui se passait ? Qu’est-ce qu’elle faisait ? Je gémis de plus belle, gagnée par une fatigue soudaine. Et… qu’est-ce qui m’arrivait ? Je commençais à avoir la tête qui me tournait, à me sentir groggy. La douleur demeurait présente mais perdait en intensité progressivement. Pourtant, je sentais toujours que quelque chose s’enfonçait dans ma chair. Mes doigts se crispèrent dans ses cheveux.
— Je…
La douleur revint brièvement, puis s’estompa, de même que le pincement et elle se recula. Je la regardai, le souffle court, quelque peu tremblante. Ses yeux scintillaient d’un éclat rouge et quelques gouttes de sang imprégnaient ses lèvres, roulaient sur son menton. Je portai une main à mon cou et ne pus contenir un frisson quand mes doigts se couvrirent d’un liquide poisseux, caressèrent le contour de deux trous. Elle essuya son menton d’un revers de sa main avant de la lécher, affichant un petit sourire en coin.
— Sucré.
Je… Un Vampire ?… La fille sur qui je venais de flasher, de passer ma soirée, d’embrasser, était… un Vampire ?…
Je sentis mes jambes tanguer et m’appuyai maladroitement au mur. De la sueur roulait sur mon front, piquait mes yeux.
— Qu’est-ce que…
Mes jambes fléchirent et je partis en avant, atterrissant directement dans ses bras.
— Houlà. Eh bah alors, on ne tient plus sur ses jambes ?
Je gémis pour seule réponse. Je me sentais de plus en plus faible, nauséeuse.
— Hm, il semblerait que j’y sois allé un peu trop fort.
Un peu trop fort… ?
Je voulus lui demander ce qu’elle entendait par là, mais ma bouche demeurait fermée, ma voix muette. Mes yeux se fermèrent… et puis…
— T’en fais pas, j’habite pas loin. On sera tranquilles.
Tranquilles… pour… en finir ?
Alors suivit la peur… et les ténèbres.
J’ouvris un œil, puis l’autre, la respiration légèrement haletante. J’avais le corps en nage et une vague douleur qui me titillait dans le cou. Je me redressai et cherchai à tâtons ma lampe de chevet. Divers objets tombèrent au sol presque sans un bruit. Il me fallut quelques secondes pour comprendre que c’était dû à un tapis. Je fronçai les sourcils, perplexe. Un… tapis  Depuis quand j’avais un tapis ? Parmi les objets tombés se trouvait mon téléphone. Je le récupérai et illuminai la pièce grâce au flash. Je restai songeuse quelques secondes. Je ne reconnaissais pas ma chambre. Je regardai autour de moi, puis m’attardai un moment sur le lit et les draps.
Ok. Je ne suis bel et bien pas dans ma chambre.
Mon cœur tambourina dans ma poitrine cependant que tous mes sens se mettaient en alerte.
Où suis-je ?
Je passai une main sur mon t-shirt…
Non, pas mon t-shirt. Bordel.
Je fis glisser mes jambes en dehors du lit, me levai quand la porte s’ouvrit. Deux yeux rougeoyants me fixaient dans la semi-pénombre. Je reculai, trébuchai contre le lit et m’y étalai de tout mon long avec un grognement.
— Enfin réveillée.
Je me redressai, tiquant à cette voix. C’était celle de…
La lumière s’alluma, chassant les ténèbres et m’éblouissant. Un visage envahit alors mon champ de vision et me fit sursauter.
— Encore ? (fit-elle, amusée.)
Je restai muette.
— Bien dormi ? Mon lit était confortable ? (me demanda-t-elle, toujours aussi amusée.)
— Je…
— Tu ne te souviens pas de moi ?
Je la dévisageai attentivement. Si. Je m’en souvenais. La fille à la soirée. Mais après ça…
— C’est un… effet secondaire. Ça arrive parfois, c’est rien. Ça va te revenir.
Elle s’assit sur le lit et je fis de même, continuant à la dévisager prudemment, perdue. Mon regard glissa sur ses lèvres et l’espace d’un instant, je crus me souvenir qu’elles avaient pressé les miennes… Non, c’était une certitude. Et ce seul souvenir m’arracha un frisson… plaisant. Ainsi qu’un début de migraine. Je me massai le front, continuant à fouiller ma mémoire, mes yeux se perdant à nouveau dans les siens. Oui, je me souvenais. Nous nous étions embrassées à l’écart de tout le monde. Ses lèvres s’étaient pressées dans mon cou et… Ma main se posa sur ma nuque pour y découvrir un pansement. Je me figeai. Mes doigts en cherchèrent les bords, tirèrent doucement dessus jusqu’à le retirer, mon regard toujours accroché à celui de mon hôtesse. Je découvris alors deux trous sur ma peau, frissonnai en en dessinant le contour.
— Alors… Tu te souviens ?
J’ouvris la bouche, mais aucun son n’en sortit et je me contentai de la dévisager, un rien tremblante.
Elle me souriait avec douceur, presque tendresse, mais il y avait quelque chose qui luisait dans ses yeux, comme une certaine… honte.
— Sache qu’habituellement… je ne mords pas le premier soir.
Je la regardai avec des yeux ronds. Mordue. Oui, c’était ça ! Elle m’avait mordue ! Mais alors, cela voulait dire que… Et comment ça, habituellement ? Est-ce que cela venait de moi, ou bien y avait-il une… allusion grivoise ?
— Je… Tu es… une Vampire ? (demandai-je enfin d’une voix rauque.)
— Oui.
Elle admettait ça si simplement ! Bordel !
— Et je… tu… m’as mordue…
— Oui. Mais pour ma défense… ton sang est délicieux.
Mes yeux s’écarquillèrent plus encore si c’était possible. J’avais l’impression qu’ils allaient jaillir de leurs orbites.
— Délicieux ?
— Et crois-moi, ce n’est pas le cas de tout le monde. Certains ont un sang absolument dégoûtant.
Je déglutis. Est-ce qu’elle croyait me faire… un compliment ?
— Donc… tu es… une Vampire.
— Oui.
— Mais… tu ne mords pas le premier soir ?
Elle rit.
— J’essaye d’éviter, ce n’est pas forcément la meilleure chose à faire.
Mes pensées étaient confuses et j’avais un peu de mal à saisir ce qu’elle me disait, plus encore à déterminer si elle était sérieuse ou si elle se moquait de moi.
— Alors… quoi ? Tu le fais… au second soir ?
— Ça dépend. (répondit-elle avec un air taquin et un regard pétillant d’amusement.)
Je déglutis.
— Et… après tu… les dévores ?
— Dévorer ? Oh, voyons. Je ne prends qu’un peu de sang. Même si… j’en ai pris un peu beaucoup avec toi. Il était si délicieux que je me suis un peu laissé aller.
Je me redressai en grimaçant, la tête me tournant encore un peu.
— Tu essayes de me dire… que ce n’était pas volontaire ?
— Pas entièrement.
Je me passai une main sur le front, essuyai la sueur qui continuait d’y perler.
— Et… quand ça va le devenir, tu vas me…
Elle me dévisagea.
— Je vais te ?
Je déglutis de nouveau, me passai la langue sur les lèvres.
— Me tuer ?
Ses yeux s’étrécirent.
— Te tuer ? Pour quoi est-ce que tu me prends au juste, un monstre ?
Je restai interdite devant son accès de colère.
— Tu es… une Vampire, non ?
— Et ? Je ne tue pas les gens. Pourquoi faire ? Et puis, c’est du gâchis.
— D… du gâchis ?
— Bien sûr ! Un mort ne fabrique plus de sang.
J’en restai bouche bée, incapable de trouver quoi répondre à ça. Oui, évidemment, ça se tenait, mais…
Je me raclai la gorge pour tenter de reprendre mes esprits.
— Cela veut-il dire que… je suis ta… ta prisonnière ?
— Ma prisonnière ? Oh non, pas du tout ! Enfin, si tu veux que je t’attaches, on peut s’arranger, mais… Non, je ne t’ai pas ramenée ici pour ça. Tu ne tenais plus debout, c’est tout et comme je n’habitais pas loin…
Elle me sourit. Je me léchai les lèvres, inspirai, un rien fébrile.
— Donc, si je voulais partir…
— Tu peux partir quand tu veux.
Je la dévisageai, cherchant la moindre trace de moquerie dans son regard, sur son visage mais n’en vis aucune.
— Je… je ne comprend pas.
Elle me dévisagea, souriant avec douceur.
— Tu ne comprends pas quoi ?
— Tu… tu es une Vampire. (Elle hocha la tête.) Et moi une humaine. (Encore une fois, elle acquiesça.) Et tu te nourris de sang… Mais tu ne vas pas me tuer ni me maintenir captive ?
— Non, c’est exact.
Une autre question me brûlait les lèvres mais j’hésitais à la poser. C’était peut-être jouer avec ma chance… Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine, me rendant légèrement tremblante. Je pris une inspiration, expirai lentement.
— Mais… Mais pourtant, dans les films… les Vampires…
Elle fit claquer sa langue, amusée, puis leva les yeux au ciel d’une façon légèrement théâtrale.
— Ah, les films. (dit-elle avec ironie.) Il ne faut pas croire tout ce qu’on voit à la télévision, ma chère. Les Vampires ne sont pas des monstres sanguinaires ! Enfin, pour la plupart. Ça dépend lesquels… Pour ma part, je préfère de loin mordre des personnes consentantes. (fit-elle avec une certaine fierté avant d’ajouter, d’une voix moins forte et plus hésitante.) Du moins, habituellement.
Je restai silencieuse un instant, absorbant ce qu’elle me disait, les yeux baissés, songeuse.
— Donc… je suis libre ?
— Oui. (répondit-elle, patiente.)
Je triturai mon t-shirt, un peu nerveuse et remarquai à nouveau qu’il ne m’appartenait pas.
— Et ça ?
— C’est à moi. Le tien était un peu poisseux. Mais ne t’en fais pas, je sais comment retirer le sang, il sera comme neuf !
— D’accord… (dis-je, toujours confuse.)
J’avais du mal à réaliser. Tout ça me paraissait complètement… dingue ! Surréaliste ! Une Vampire… qui disait ne pas tuer les gens et… Mais alors…
— Est-ce que… je vais… me transformer ?
Elle me sourit et secoua la tête.
— Non. Enfin, je ne peux pas être totalement catégorique, oui, la possibilité existe, mais… Les chances pour que la simple morsure puissent transmettre le vampirisme sont quasi nulles. Ça doit arriver…boarf, à peine une fois par décennie ? En moyenne. Et encore.
— Mais… je croyais que les Vampires se créaient par morsure…
— Encore dans les films, hein ? (fit-elle avec un petit rire.) Bien sûr, ce n’est pas impossible. Mais, sauf cas exceptionnels, ça n’arrive pas avec une simple morsure. Notre salive ne transmet pas bien le vampirisme. Sinon, il suffirait d’embrasser quelqu’un pour risquer de le transformer. Mais en imprégnant sa bouche et surtout ses canines de sang…
Oui, le sang. C’était logique. Je massai mon cou, perdue. Elle se rapprocha de moi et je frémis inconsciemment.
— N’aie pas peur. Je ne veux pas te faire de mal.
Pas me faire de mal ? Parce qu’elle croyait que la morsure était agréable ?
Je me tordis vaguement pour m’éloigner.
— Tu me veux quoi ? (demandai-je tout bas.)
Ses lèvres s’étirèrent en un sourire d’une infinie douceur, que je devinais pleinement sincère. Et que je trouvais… très mignon.
— Je sais pas. Je m’ennuyais, je t’ai vue et… je t’ai trouvée mignonne. Je voulais qu’on passe un peu de bon temps ensemble. J’avais pas prévu de te mordre, pas comme ça en tout cas.
— Pas comme ça ?
— Pas dans ce genre de circonstances.
— Alors pourquoi l’avoir fait ?
— C’était plus fort que moi. Je sentais ton sang couler dans tes veines. Il battait contre mes lèvres. Et son odeur… emplissait mes narines, me faisait tourner la tête. Couplé à l’excitation, et au fait que tu me faisais tourner la tête aussi… Je n’ai pas pu résister.
Je ne savais pas vraiment comment réagir à sa confession. Horrifiée ? En réalité, je trouvais ça… mignon. Et terriblement sensuel. Je devais être folle !
Je me léchai les lèvres.
— Et… si tu n’avais pas… perdu le contrôle, comment ça se serait passé ?
Son sourire s’élargit et l’étincelle dans ses yeux brilla avec plus d’intensité.
— C’est toi qui m’aurais suppliée de te mordre.
— Su-suppliée ?
Elle hocha la tête sans me quitter des yeux, amusée par ma gêne manifeste.
— Tu n’as pas idée du nombre de femmes qui m’ont déjà suppliée de le faire.
Je tiquai à cette dernière phrase et me raclai la gorge, mal à l’aise.
— Alors ce n’est que ça. Un simple jeu. Une humaine après l’autre.
— Oh, mon chou, que tu es cruelle. À t’écouter, je ne suis qu’une jeune femme frivole, une vulgaire coureuse de jupons, intéressée uniquement par le sexe et sa gorgée de sang avant de s’en aller.
— N’est-ce pas le cas ?
Elle fit claquer sa langue et détourna les yeux. Elle semblait légèrement irritée et… confuse.
— Ce n’est pas aussi binaire. (fit-elle un peu sèchement.)
Je l’observai en silence quelques instants, un peu perdue par sa réaction.
— Quand tu es venue vers moi… quand tu m’as parlé, j’ai cru que… Je me sentais spéciale. La plus belle fille de la soirée qui s’intéressait à moi… (Un sourire mélancolique se dessina sur mes lèvres.) Mais non. Moi ou une autre, c’est pareil.
Elle se tourna vers moi, les yeux plissés.
— Ah, tu crois ça ?
— Demain ou dans quelques jours, il y en aura une autre, n’est-ce pas ? Je suis sûre que tu m’auras déjà oubliée.
Elle se rapprocha de moi, son regard rivé au mien.
— Non. Si je suis venue à toi, c’est parce que tu es la seule à avoir capté mon attention parmi tous les autres. La seule.
Je déglutis.
— Et combien d’autres ont capté ton attention avant moi ? Combien d’autres le feront après ?
Elle ne répondit rien. Après tout, il n’y avait rien à répondre. Ce n’était que vérité, nous le savions l’une comme l’autre.
Le silence s’étirait entre nous. Après une hésitation, je penchai la tête sur le côté, décalai mes cheveux, lui donnant libre accès à mon cou.
— C’est ce que tu veux, pas vrai ? Alors vas-y. Sers-toi.
Je n’étais même pas sûre de comprendre pourquoi je lui faisais une telle proposition, mais je gardai la pose, attendant son bon vouloir. Ses yeux ne lâchèrent pas les miens. Sa main vint se poser sur ma joue et je ne pus m’empêcher de frémir à ce contact. Son pouce glissa sur mes lèvres, s’engouffra entre et ma langue le frôla avant de battre en retraite, mue par une réaction inconsciente. Elle se rapprocha peu à peu de moi, de mon cou. Je pris une inspiration, me préparant mentalement au pincement qui viendrait, à la douleur.
Ses lèvres n’avaient de cesse de se rapprocher, envahissant peu à peu mon champ de vision, m’interdisant de regarder autre chose, d’y échapper. Elle m’invita, doucement mais fermement, à relever la tête.
— Non, ce n’est pas ce que je veux.
Et alors, nos lèvres s’unirent, dans un long et tendre baiser. Une larme roula sur ma joue. Elle se rapprocha encore, se colla contre moi et rapidement, je me retrouvai plaquée contre le lit. Son corps se pressait contre le mien cependant que son baiser se faisait fougueux. Sa langue dansa sur mes lèvres. Une part de moi avait envie de la sucer. Mais je n’en fis rien, confuse dans mes désirs et la regardai, soumise. Ses lèvres capturèrent les miennes une fois encore dans un baiser torride. Dans le même temps, sa main glissa sous le t-shirt et ses doigts caressèrent la peau de mon ventre, remontèrent pour s’emparer de mes seins, l’un après l’autre. Un frisson me traversa quand elle titilla mes tétons déjà durs et dressés. Un large sourire se dessina sur ses lèvres. Son autre main épousa la mienne, la serra tendrement. De la première, elle remonta le t-shirt, dévoilant mon corps à son regard. Sa bouche descendit sur mon torse, le parcourut avec douceur, m’arrachant frissons et soupirs. Sa langue s’y ajouta, et bientôt, ses crocs firent de même, dansant autour de mes tétons, les chatouillant tout en les lapant. Je laissais échapper des gémissements à chaque coup de langue, chaque baiser, chaque prise en bouche tant ils étaient sensibles, tant l’excitation grimpait en moi. L’espace d’une demi-seconde, je me pris à l’imaginer mordre mes seins pour se nourrir et je frémis à cette idée, à la douleur que cela provoquerait. Mais elle n’en fit rien et après quelques minutes à jouer avec mes seins, sa bouche reprit sa descente le long de mon ventre, et chaque baiser qu’elle y déposa me fit frisonner de plus belle. Finalement elle s’arrêta sur ma culotte. Ses yeux croisèrent une nouvelle fois les miens. Un regard profond, intense, dévorant. Le bruit du tissu qui se déchire résonna et mon intimité se retrouva à découvert. Ses yeux ne me quittèrent pas une seconde cependant que son visage descendait lentement entre mes jambes. Je me redressai même pour maintenir ce contact visuel et vis son sourire un instant avant que sa bouche ne se dérobe à ma vue, fusionnant avec mes lèvres du bas. Elle embrassa tendrement mon intimité, suçota mes lèvres, m’arrachant un soupir de délice. Son regard demeurait accroché au mien et une lueur amusée dansait dans ses yeux. Sa langue lapa ma fente avec lenteur, comme pour jouer avec mes désirs, me tester, me goûter. Parfois, elle remontait vers mon clitoris, tournait autour, à m’en rendre tremblante, avant de redescendre entre mes lèvres et de les lécher. Mon impatience ne cessait de croître, mon regard était devenu suppliant et je notais l’espièglerie dans le sien.
— Demande… (dit-elle dans un murmure avant de reprendre ses coups de langue.)
Je me pinçai les lèvres, ce simple mot faisant monter plus encore mon excitation ainsi que ma frustration née de l’impatience.
— S’il-te-plaît…
Pour réponse, elle continua de me titiller. Je gémis. Ça devenait une torture…
— Lè… Lèche-moi… (l’implorai-je.)
La joie brilla dans son regard et alors sa langue lapa mon clitoris. D’abord doucement, comme une caresse, un baiser, tout en sensualité. Puis le rythme changea pour se faire plus rapide, plus torride ! Sa langue descendit entre mes lèvres, me pénétra, m’arrachant un nouveau gémissement, avant de revenir sur mon clitoris et elle le refit, encore, encore et encore, sans jamais me lâcher de son regard lubrique, gorgé de désir. Le plaisir me traversait par vagues, plus nombreuses à chaque coup de langue, plus puissantes, plus intenses ! Submergée, j’en vins à briser ce contact visuel qui nous unissait, ma tête partant en arrière cependant qu’un cri s’échappait de mes lèvres, d’extase. Ma main libre se perdit dans ses cheveux, mes doigts s’y enroulèrent, pressèrent son crâne pour la guider. Sa langue abandonna ma fente sous mon impulsion pour se concentrer exclusivement sur mon clitoris. Ses doigts me pénétrèrent alors, allant et venant en moi, m’arrachant de nouveaux gémissements qui s’ajoutaient aux autres. J’appuyai toujours plus sur son crâne, folle de désir, de plaisir. Et elle continuait de me lécher, de me doigter, sans ralentir, bien au contraire, à m’en faire perdre pied.
Mes doigts se crispèrent sur son crâne, dans sa main et des spasmes traversèrent tout mon corps. Je regardai le plafond, haletante. Ses doigts délaissèrent mon intimité, sa langue mon clitoris. Ses lèvres m’embrassèrent encore une fois, puis elle remonta vers mon visage. Son sourire envahit mon champ de vision. Un sourire heureux, fier, satisfait. Elle m’embrassa. Un baiser empli de douceur, de tendresse, auquel je m’abandonnai entièrement. Puis, elle caressa mes lèvres de son pouce, dessinant le sourire que j’arborais.
— Voilà. (souffla-t-elle.) C’est exactement ce que je voulais. Voir un ce sourire et en être à l’origine.
Sa déclaration me fit monter le rouge aux joues et la fit sourire de plus belle.
— Craquante.
Finalement, elle se laissa tomber à mes côtés. Son bras passa dans mon dos et elle m’attira à elle dans une douce étreinte. Nos deux mains étaient demeurées liées tout du long et le restaient encore. Je laissai reposer ma tête contre son sein, fermai les yeux, bercée par sa respiration, mon sourire s’étendant encore. Elle devait avoir dit ce genre de choses à pleins d’autres femmes avant… Et pourtant, je ne pouvais m’empêcher d’apprécier ces mots, de me sentir flattée. Car en cet instant, c’était à moi qu’ils étaient destinés, car en cet instant, j’étais la femme dans son lit, dans ses bras, lovée contre elle. Et je m’y sentais bien. Incroyablement bien. Pourtant… je ne connaissais rien d’elle. Ni son âge, ni ses hobbies, ni même… son nom. Connaissait-elle le mien ? J’en doutais. Mais en cet instant, seule notre étreinte comptait, la douceur de l’instant. C’était si agréable que j’en venais à oublier tout le reste.
À mon réveil, je découvris, non sans une certaine déception, que j’étais seule dans le lit. Et, l’espace d’un instant, je me demandai si je n’avais pas rêvé tout ce qui s’était passé. Mais non, je savais qu’il n’en était rien. Ce lit n’était pas le mien, pas plus que la chambre. Je m’étirai avant de me lever, avançant à pas feutrés dans cet appartement inconnu. J’espérais la surprendre. Était-elle en train de faire à manger ? L’absence d’odeur de nourriture dans l’air me fit écarter cette hypothèse. Puis, je me souvins que c’était une Vampire. Elle se nourrissait de sang. Pas vraiment ce qui apportait le meilleur fumet dans l’air. Avait-elle seulement besoin de manger ? Il n’y avait pas le moindre bruit alentour non plus et je fronçai les sourcils, perplexe. Je m’aventurai dans le couloir, passai de pièce en pièce, sans jamais l’entendre ou la voir. Après avoir fait une fois, puis deux le tour de l’appartement, je dus me rendre à l’évidence, elle n’était pas là. Cette constatation alluma des alarmes dans mon crâne. Où était-elle ? Allai-je la revoir ? Étais-je vraiment chez elle ou… ? Je retournai dans la chambre, un rien affolée par ces questions et allais pour attraper mon téléphone quand je remarquai un papier collé dessus. Un post-it. J’allumai la lumière.
«  Je suis sortie faire une course, je reviens dans peu de temps. Fais comme chez toi. »
Ces mots, ces simples mots suffirent à faire voler en éclats mes craintes et à me soulager. Je me surpris même à sourire tendrement en relisant le message. Alors qu’il n’avait rien de particulier ni même de mignon. Je secouai la tête, le décollai de l’écran pour le recoller au dos avant de me rhabiller et d’aller dans le salon. Je l’englobais du regard. Cet appartement était… fonctionnel. Et relativement vide. Il n’y avait pas ou peu de décorations, ce qui lui donnait un aspect plutôt impersonnel, comme s’il ne s’agissait que d’un lieu de passage et non de vie. Pas de photos visibles sur les meubles, de plantes, de sculptures, et aucun tableau accroché aux murs. Murs qui étaient d’ailleurs tous d’un blanc cassé générique. Soit elle n’avait aucune personnalité, soit la décoration n’était pas son truc. Ou elle s’en fichait. (Et je ne pouvais pas dire qu’elle était dénuée de personnalité, clairement pas!)
Mon estomac grogna, comme pour mettre un terme à mon observation. Après une hésitation, je me rendis dans la cuisine et ouvris le frigo. Je m’étais attendue à y trouver des poches de sang. À n’y trouver que ça même. Mais en fait il n’y en avait qu’une seule et pourtant, le frigo était loin d’être vide. J’en déduisis donc qu’elle avait bel et bien besoin de manger. Ou du moins qu’elle pouvait le faire. J’attrapai une salade de carottes râpées puis une fourchette et allai m’asseoir pour manger. À la première bouchée, j’entendis une porte s’ouvrir, puis se refermer dans un bref claquement. Elle arriva dans la cuisine après quelques secondes et un sourire illumina son visage en me voyant. Un sourire qui me fit fondre.
— Ah, réveillée. Bien dormi ?
J’avalai ma bouchée en toute hâte.
— Divinement. (dis-je.) Et toi ?
À peine avais-je posé la question qu’une autre traversa mon esprit : Avait-elle seulement besoin de dormir ?
— Oui, j’ai bien dormi.
Voilà qui répondait à ma question.
— Alors, comme ça on dévalise mon frigo ?
Je la dévisageai, un rien confuse.
— Je… tu m’avais laissé un mot pour me dire de faire comme chez moi, alors…
Elle rit.
— Je te taquine. Mais du coup, je vais devoir tout manger toute seule… (fit-elle avec un sourire en coin.)
 Elle sortit de derrière son dos un sac que je n’avais même pas remarqué et le posa sur la table.
Je l’interrogeai du regard, un rien sceptique avant de me pencher pour découvrir le contenu. Des… Sushis !
— Oh ! J’adore !
— Ah oui ? Quelle magnifique coïncidence…
J’avais pleinement conscience qu’il y avait là un sous-entendu mais je ne relevai pas, mon attention entièrement tournée vers ces boîtes et leurs contenus qui me mettaient en appétit. Je regardai ma salade. Puis le sac. Puis ma salade… avant de la pousser sur le côté. Elle rit, plongea sa main à l’intérieur avant de me tendre un plateau que j’acceptai avec gratitude. Elle en prit un autre, puis jeta le sac par terre avant de s’asseoir en face de moi. Elle ouvrit sans attendre son repas et je l’imitai. Sushis, makis, sashimi, et même des yakitoris ! J’en avais l’eau à la bouche. Par quoi allais-je commencer ?
Un maki pénétra dans mon champ de vision, entouré de deux baguettes. Je relevai la tête en les suivant du regard pour croiser celui de la Vampire. Elle me sourit et me fit signe de manger. Elle me donnait la béquée… J’ouvris la bouche, le rouge me montant aux joues. Elle l’y introduisit lentement, précautionneusement, s’amusant à effleurer mes lèvres avant de le lâcher sur ma langue. Je croquai dedans, le savourai sous son regard. Elle semblait ravie.
— Alors ?
— C’est bon. (dis-je dans un murmure.)
Elle en prit une bouchée à son tour et acquiesça. Oui, ils étaient bons. Pas les meilleurs que j’avais goûtés, mais très bons quand même !
Le repas terminé, elle débarrassa la table, refusant mon aide. Puis elle revint s’asseoir face à moi et plongea une nouvelle fois son regard dans le mien, me troublant, comme à chaque fois.
— Alors… J’ai rattrapé ma petite bourde de l’autre soir ?
Je rougis encore plus et acquiesçai.
— Oui…
— Tant mieux. Je peux regarder ?
Inutile de demander de quoi elle parlait. Je penchai la tête sur le côté, dévoilant mon cou. Elle se leva, fit le tour et retira le pansement.
— Il ne devrait plus y avoir de trace demain.
— Vraiment ?
— La salive des Vampires a un pouvoir cicatrisant. Ça aide beaucoup.
— Tant mieux. Je préfère éviter les questions gênantes au boulot demain.
Elle me dévisagea, pensive.
— Tu ne travailles pas le lundi ?
— Bien sûr que si, pourquoi ?
— Parce qu’on est lundi.
J’ouvris des yeux ronds.
— Quoi ?! Mais comment c’est possible ?
J’attrapai mon téléphone pour vérifier la date. Nous étions bien lundi. Bordel !
Elle se passa un doigt sur la joue, songeuse, peut-être un peu… gênée.
— Pour faire simple… tu as beaucoup dormi.
— M-mais quand même… à ce point-là ?!
— Oui. (dit-elle simplement.)
Je me pris la tête entre les mains.
— Oh bordel. Et j’ai même pas prévenu. Je vais me faire remonter les bretelles moi… (Je soupirai.) J’aurai dû leur donner mon numéro de portable au lieu du fixe. (Je restai silencieuse un instant.) Mais… et mon réveil ?
— Je l’ai coupé.
— Quoi ?! Mais pourquoi ?
— Ça t’aurait réveillée. (dit-elle le plus simplement du monde.)
Je la dévisageai, décontenancée.
— C’est le principe !
— C’est une façon très désagréable de se réveiller, plutôt mauvaise pour la santé, sans parler du bruit qui est épouvantable.
Je restai muette devant cette réponse sidérante. Elle retourna s’asseoir et je secouai la tête pour me remettre les idées en place.
— Et toi alors ?
Elle haussa un sourcil.
— Moi quoi ?
— Tu ne travailles pas le lundi ?
Elle rit.
— Un travail ? Quel ennui.
— Ça dépend du travail, non ?
— Le tien te convient ?
Je me pinçai les lèvres.
— Il faut bien gagner sa vie. Comment gagnes-tu de l’argent, toi ?
Elle haussa les épaules.
— Je fais comme les banquiers et les actionnaires.
— Tu touches des dividendes ? (demandai-je en haussant un sourcil.)
— Non, je vole l’argent des autres.
Je la regardai avec des yeux effarés.
— Quoi ?
— Oh, ne t’en fais pas, je ne vole pas les gens comme toi. Je ne vole que ceux à qui ça ne manquera pas. Les cinquante euros de ton porte-monnaie ne m’intéressent pas.
J’étais complètement éberluée par son aveu. Attendez une seconde… Cinquante euros ? J’attrapai mon sac pour récupérer mon porte-monnaie, l’ouvris pour y découvrir un seul et unique billet de… cinquante euros. Soit elle avait des dons de visions, soit…
— Mais tu as fouillé mes affaires !
— Par acquis de conscience. (dit-elle avec un sourire narquois.)
— Ça ne me fait pas rire !
— Bon. Pour tout te dire, je me suis souvenue en me réveillant que je ne connaissais même pas ton prénom. Alors j’ai regardé dans tes affaires si je ne trouvais pas une carte d’identité, un permis, un passeport ou quoi que ce soit d’autre. C’est tout. Et donc, j’ai regardé dans le porte-monnaie.
Je plissai les yeux, un peu méfiante quand même.
— Tu m’annonces que tu es une voleuse et que tu as fouillé dans mes affaires… Tu m’excuseras si je ne suis pas rassurée !
Son sourire s’élargit en réponse et… il me faisait son petit effet, encore une fois ! Rah !
— Alors, je t’écoute ! C’est quoi mon prénom ?
Elle battit des paupières.
— Amara.
Exact. Elle affichait un petit air des plus satisfaits. Et ça lui allait comme un charme en plus !
— Et toi, tu connais le mien ?
Oups… Je me pinçai les lèvres et cela la fit rire.
— Je crois… qu’on a sauté quelques étapes. (marmonnai-je.)
— C’est vrai. Je plaide coupable.
Elle se leva, fit à nouveau le tour de la table, puis me tendit la main. Je la considérai un instant avant de la serrer.
— Scarlett. Enchantée.
Écarlate… Un prénom qui seyait tout particulièrement à une Vampire.
— Amara. Enchantée également.
À nouveau ce sourire, si plaisant, si agréable qui me faisait fondre. Elle m’attira à elle, m’embrassa doucement, tendrement et je m’abandonnai à cette étreinte, à cet instant, oubliant tout le reste.
La journée était passée à toute vitesse. Nous étions dans cet entre-deux, ce moment où le jour et la nuit s’entremêlent, où le ciel se pare de couleurs enflammées. La ville reflétait ce mélange, une partie des rues déjà éclairées par les lumières des lampadaires et des magasins, l’autre dans une légère pénombre qui serait bientôt chassée. Cela lui donnait un certain charme et ici, appuyée à la rambarde de la fenêtre du salon, j’avais une belle vue sur le quartier.
La rue en dessous s’éclairait peu à peu. Les gens allaient et venaient, s’arrêtaient, discutaient, les couples se tenaient la main, se lovaient l’un contre l’autre. Un léger frisson me saisit quand ses bras glissèrent contre mes hanches pour se refermer sur mon ventre et m’attirer contre elle. Sa tête se posa sur mon épaule, ses lèvres effleurèrent ma joue et sa voix murmura à mon oreille.
— Alors, on joue les voyeuses ? (demanda-t-elle avec amusement.)
Un sourire se dessina sur mes lèvres. Mes mains caressèrent les siennes. Un rayon de soleil en passe de disparaître éclairait le balcon et effleurait nos corps. Contrairement aux légendes, Scarlett ne brûlait pas. Elle m’avait raconté que le soleil n’était pas vraiment un danger mortel pour les Vampires. Ils demeuraient des créatures nocturnes, sortant de préférence la nuit mais pouvaient vivre en plein jour. Néanmoins, s’ils ne brûlaient pas au soleil, leurs capacités étaient tout de même considérablement réduites et la clarté solaire les aveuglait partiellement, les affaiblissait.
— Tu as une belle vue. (répondis-je avec un sourire.)
— Elle était meilleure tout à l’heure. Et surtout, elle n’était qu’à moi.
— Andouille.
Elle rit, déposa un baiser sur ma joue. J’ignorais si ce genre de petit geste d’affection était monnaie-courante chez elle ou chez les Vampires en règle générale mais cela me donnait à penser que nous étions un vrai couple. Chaque moment de tendresse de sa part me mettait sur un petit nuage… avant de me faire ressentir un léger pincement au cœur. Mon humeur s’étiola quelque peu. Elle dût le sentir car son regard chercha soudain le mien.
— Qu’est-ce qui ne va pas ?
Je me pinçai les lèvres. Devais-je lui en parler ? Je n’étais qu’une enfant avec des rêves romantiques plein la tête.
— C’est juste un peu de fatigue.
— Vraiment ?
Je tournai la tête vers elle, m’efforçai d’afficher un sourire qui se voulait franc.
— Je vais devoir rentrer chez moi. Je travaille demain.
Elle m’embrassa, puis me libéra de son étreinte. Je retournai dans le salon, rassemblai mes affaires sous son regard.
— Amara… Serais-tu en train de me fuir ?
Le ton de sa voix était ironique, pourtant, j’y sentais autre chose.
— Fuir ? (demandai-je avec un sourire amusé.) Pourquoi tu penses que je fuis ?
— Tu n’as pas demandé si tu pouvais passer la nuit ici.
Je secouai doucement la tête.
— Tu ne me l’as pas proposé non plus. Mais j’ai peur qu’en passant la nuit ici, je rate une autre journée de boulot. Et moi, contrairement à toi, je dois gagner de l’argent, je ne peux pas me permettre de me faire virer.
Elle rit.
— Soit. Alors tu ne seras pas contre l’idée qu’on se revoie ?
Je me figeai avant de la regarder, surprise par sa proposition.
— Qu’on se revoie ? Vraiment ? (m’enquis-je, gagnée par la joie avant de me raviser.) Oh, pour mon sang ?
— Non ! Enfin,… si tu me le proposes, je ne dirai pas non, mais non, ce n’est pas pour ça.
Je me mordillai les lèvres. Elle était mignonne quand elle essayait de dissiper les malentendus.
— Est-ce que ça veut dire que tu me proposes… un rencard ?
Elle laissa échapper un petit rire avant de hocher la tête.
— Oui, c’est exactement ça.
—  Alors ça sera avec plaisir, Scarlett !
Je regardai d’un œil morne mon téléphone. Cette journée était… interminable. Et particulièrement ennuyeuse. J’avais beau essayer de travailler, pas moyen de me concentrer, d’être à ce que je faisais. Je n’arrêtais pas de regarder l’heure, pressée d’être à ce soir. Il était évident qu’elle occupait mes pensées et détournait mon attention. À tel point que mon patron m’avait même demandé si j’étais sûre de ne pas être encore malade. (Oui, je lui avais fait croire que j’étais malade pour ma journée d’absence ! Ne me jugez pas, vous l’avez déjà fait!) Des documents à classer, d’autres à détruire, des graphiques et des tableaux Excel à gérer sur ordinateur… Ce n’était déjà pas passionnant de base, mais là, sans possibilité de se concentrer, c’était carrément chiant. Je quittai mon bureau, vannée et allai en salle de pause me préparer un café. La machine se mit à vrombir doucement, puis le liquide s’écoula dans la tasse. La porte de la salle s’ouvrit alors, laissant entrer Julia. C’était une collègue de longue date, agréable et gentille. Travaillant dans des départements différents, il était rare que l’on se voie. Elle me salua d’un geste de la main, comme à son habitude. Son sourire était sincère, son regard étincelant.
— Alors, comment tu te sens aujourd’hui ?
Je la dévisageai, un peu indécise quant à sa question.
— Comment je me sens ?
— Oui. Tu étais malade, hier, non ?
Ah, oui. J’avais déjà oublié mon prétexte pour mon absence de la veille. Oups.
Je hochai doucement la tête.
— Oh, malade, c’est beaucoup dire. C’était juste un… petit coup de mou.
— Peut-être un manque de vitamine ? (hasarda-t-elle.)
— Peut-être.
J’attrapai ma tasse, la fis rouler entre mes doigts, savourant le fumet qui s’en dégageait.
Elle resta silencieuse un moment, m’observant. Je fronçai les sourcils, un peu gênée.
— Quoi, qu’est-ce qu’il y a ?
Elle battit des paupières, surprise.
— Pardon. Je me disais juste que je te trouvais… resplendissante.
— Resplendissante ?
Elle hocha la tête.
— Oui. Tu respires la joie.
Je ne répondis rien. J’avais des idées sur la raison de cette joie. Mais cela se voyait-il vraiment si facilement ?
— Quelque chose de prévu ce soir ?
Je lui souris en me contentant de hausser les épaules. Nous continuâmes de discuter encore un peu avant de devoir retourner à nos postes respectifs, dans des services séparés. Je me remis au travail. Je peinais toujours à me concentrer, néanmoins, le reste de la journée passa un peu plus rapidement. Quand dix-sept heures sonnèrent enfin, je fus la première à sortir du bureau ! Il me fallut me refréner pour ne pas faire montre de trop d’enthousiasme en quittant le bâtiment et éviter de sautiller de joie. Cela aurait fait mauvais effet. Je rentrai rapidement chez moi afin de prendre une douche pour me rafraîchir et tenter de calmer ma nervosité.
Maintenant, il me fallait trouver une tenue ! Je fouillai dans ma penderie, jetant mes vêtements sur le lit pour tenter de dénicher la perle rare. Devais-je mettre une robe ? Si oui, courte, longue ? Fermée ou ouverte ? Est-ce qu’elle aimait les tenues complexes ou au contraire simples ? J’ignorais tant de chose sur elle que même choisir une tenue était compliqué. J’en testai plusieurs, sans jamais être emballée par l’image que je renvoyais. Quelque chose n’allait pas ou… manquait ? Je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus ! Rah ! Et chaque tenue rejetée me rendait un peu plus nerveuse. Je regardai le tas de vêtement grossir sur mon lit et me pinçai les lèvres. Puis mon regard se posa sur un t-shirt, posé sur ma table de nuit. Son t-shirt, celui qu’elle m’avait prêté. Non, je n’allais pas le mettre ce soir. De toute façon, il n’était pas encore lavé. Mais… peut-être que quelque chose de plus simple…
Je fouillai encore une fois ma penderie et en sortis une chemise blanche à manches longues ainsi qu’un jean bleu nuit. Je les posai sur moi, me regardant dans le miroir pour me jauger avant de les enfiler. C’était effectivement simple, mais ça rendait assez bien. Je me trouvais même assez mignonne. Mais est-ce que Scarlett penserait la même chose ? Aimerait-elle cette tenue ?
Je regardai ma montre avant de laisser échapper un juron ! Je n’avais plus vraiment le temps de faire la fine bouche. Je me regardai une fois encore avant de hocher la tête. Ça ferait l’affaire ! Je retournai dans la salle de bain pour me coiffer et me maquiller. Un peu de parfum pour finir, puis... 

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