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Posté par: Apogon
« le: jeu. 25 oct. 2018 à 17:52 »

Puerto Nuevo de Laura D



Puerto Nuevo, Péninsule de Basse-Californie, Mexique – 2 juillet 2018

   La boue s’est engouffrée partout, remplissant les espaces les plus infimes, supprimant tout espoir de présence d’une molécule d’oxygène, quelque part. Ce serait un miracle de trouver encore une âme à sortir de cet enfer où s’enchevêtrent des pans de murs, des toitures, caillasses et branches déchiquetées. De la partie ouest du village, celle qui surplombe le littoral, il ne reste que des petites maisons éventrées et des arbres brisés. En contrebas, la coulée de boue s’est jetée dans l’océan, comme pour fuir son destin funeste. 
   — On dirait que la terre a vomi.
   L’homme le regarde sans comprendre. Il ne parle pas américain mais, à sa mine déconfite il semble avoir compris le désarroi de son interlocuteur et acquiesce en silence.
   L’américain s’agenouille, plonge deux doigts dans la terre rougeâtre, les frotte l’un contre l’autre comme pour mieux en mesurer la densité. Collante, comme de la mélasse. Un homme ne doit pas survivre plus de quelques secondes sous une telle chape de boue. Il espère juste que les pauvres gens qui se trouvaient là au moment du glissement de terrain ont été assommés par un mur écroulé ou un arbre arraché avant que le manque d’air ne fasse exploser leurs poumons.
   — Hay algo (1) ? demande le Mexicain qui se tient à distance.
   — Nada. No hay nada (2), répète l’Américain en soupirant.


(1) Il y a quelque chose ?
(2) Rien. Il n’y a rien.
 

San Diego, Californie, USA

   Thomas Hale n’est pas un flic comme les autres. Sans doute parce qu’il n’a que trente-quatre ans, qu’il est athlétique, en bonne santé, qu’il est sorti major de sa promo, et qu’il a choisi d’exécuter des tâches dont personne d’autre ne souhaite s’occuper : remplir des formulaires.
   Thomas Hale n’est pas un flic de terrain, mais il ne regrette pas son choix. Quand on a la chance d’avoir une épouse comme Enora et deux petites filles aussi adorables que Charlie et Beth, on opte généralement pour une mission moins dangereuse que d’aller traquer les méchants dans la rue.
   Sur son bureau il a posé un portefeuille dont il a extrait une photo, et un briquet. Il n’a pas été difficile de faire le rapprochement entre les deux objets ; le briquet est gravé au nom du propriétaire du portefeuille. James Darnell. Vingt-huit ans. Américain résidant à San Diego. Professeur de musique à Saint Augustine Highschool. Célibataire, c’est déjà ça. Mais sûrement le fils de quelqu’un, peut-être un frère, il n’a pas encore tous les détails. Dans son métier, Thomas Hale ne rencontre que des personnes qui se sont trouvées au mauvais endroit, au mauvais moment. James Darnell ne fait pas exception à la règle. Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, un séisme a provoqué un glissement de terrain à Puerto Nuevo, au Mexique. Le sol raviné, gorgé d’eau après les pluies torrentielles qui se sont abattues sur la péninsule de Basse-Californie en juin, a fini par céder, emportant une partie du paysage et de la ville. James Darnell se trouvait dans l’une des petites maisons qui font face à l’océan Pacifique. Puerto Nuevo possède pourtant de beaux hôtels, mais loger chez l’habitant est une pratique courante pour les Américains de passage qui n’ont pas un budget conséquent. Au mauvais endroit, au mauvais moment. James Darnell n’aura laissé sur terre qu’une trace éphémère, à sa famille, ses élèves peut-être, et quelques petites amies. Et son portefeuille et son briquet, émergés d’une boue gluante constellée de cailloux.
[…]