Auteur Sujet: Un petit tout au paradis de Fat  (Lu 3690 fois)

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Un petit tout au paradis de Fat
« le: jeu. 08/02/2024 à 17:21 »
Un petit tout au paradis de Fat



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Un Petit Tout Au Paradis.


- Barrez-vous devant !!!
Avant d’avoir eu le temps de me retourner sur l’injonction de la voix, un coup dans l’épaule me fait pivoter et perdre l’équilibre.
– Put…
Trou noir.

Tout est noir autour de moi. Un noir profond, épais, impossible à trouer, sans une once de vie.
J’essaye de cligner des yeux sans sentir mes paupières, de toucher mon corps sans sentir mes mains…
C’est quoi ce bordel ?!?

Je panique, sentiment différent dans une impression plus qu’une action. Pas de battements intempestifs du cœur, pas de sueurs froides, aucun tremblement ni soubresaut.
Putain je suis morte !?!
Ou pire dans le coma ?!?
S’il vous plaît, pas dans le coma ! Je ne veux pas être un poids pour mes enfants…

Mes enfants !?! Oh là là, ils doivent être en panique totale…
Faites que je sois morte… S’il vous plaît ?!?
Allez concentre-toi, fais un effort, bouge !!!

Rien à faire, je ne sens plus mon corps, je dois être morte, non ?
Et si c’est le cas, où est la lumière au bout du tunnel ? Pourquoi je ne me vois pas d’au-dessus ?
Plus je réfléchis plus je suis perdue…

Depuis combien de temps suis-je là ?

Le temps, notion de base de l’humain, s’est arrêté. Enfin, il continue à s’égrener je suppose mais seule dans le noir, sans variation du soleil, comment le mesurer ?

Conditionné depuis bien avant sa naissance par le calcul du temps de grossesse dans la datation des étapes de construction physique, date de création calculée en intra-utérin par la taille de l’os du tibia, viabilisé en fonction de la grosseur de la boite crânienne, l’humain se soumet au facteur temps.

À sa naissance, par sa régulation dans des biberons toutes les trois heures, les positions assises à six mois, dent et premiers mots à cette même date, debout à douze, le temps jalonne son évolution sous la surveillance des parents très attentifs au respect de chaque étape.

Après son arrivée sur terre, dès trois ans environ, obligation des huit heures de sommeil, l’enfance nous apprend la notion de gestion du temps et les parents la notion de retard. Le ‘Dépêche-toi, on va être en retard’, assené devant toutes les écoles, humains format réduit courant aux côtés de leur référent, sans comprendre l’obligation ni le stress généré.
Le temps scolaire se met en place, les apprentissages du langage oral et écrit, des outils pour structurer la pensée, d’activités physiques et artistiques et enfin d’exploration du monde.

L’heure de l’école, des devoirs, du bain, du dîner et celui du coucher découpent la journée, optimisant le temps par tranches de vingt-quatre heures.
L’adolescence voit arriver l’horloge hormonale et son lot de changement physique amenant à finir le cycle de la vie par la création du terrain propice à celle-ci, grossesse, naissance, rebelote…
Pour finir par l’horloge biologique, limitant le délai d’incubation de l’adolescence, date de péremption notée uniquement sur les œufs féminins…

J’ai couru pour tout ça, et après ?
Le temps de la mort ?

Mon cerveau se perd dans la réflexion… Complétement débile de philosopher sur le temps vu la situation !?!

Un point blanc apparaît au loin. Il semble se rapprocher, s’élargissant au fur et à mesure. Le tunnel ? Non, un tunnel ne bouge pas. Peut-être que c’est moi qui bouge ?
- Bienvenue ! Entends-je de la forme ovale arrêtée devant moi.
La ligne de délimitation bouge par la vibration de la voix.
- Bienvenue ?!? M’insurge-je. – Vous êtes sérieux ? Où je suis là ? Je suis morte ? C’est ça, hein ? Je suis morte ! Où dans le coma ? Dites-moi que je ne suis pas dans le coma ?
- Calme-toi…
- Calme-toi ?!? Je fulmine. - Vous êtes sérieux ?
- Je vais tout te dire, calme la voix.
N’aie aucune peur…

Je regarde la forme dont le centre me renvoie tantôt une bouche, pulpeuse et rose, tantôt un œil d’un vert profond en fonction de l’action.
Impossible de définir l’âge ou le sexe, le timbre de voix uniforme n’apporte aucune indication non plus.
- D’abord je me présente, je suis Diamant.
- Ah… Ok… Je suis…
Sur le bout de la langue, rien ne sort. Bordel, c’est quoi mon nom ?
- Tu es Améthyste… Affirme la voix. – Amé si tu permets.
- Heu… Cela ne me dit rien… Je cherche dans mes souvenirs. Faute de mieux, Amé… Hum… Pardon mais, je suis morte ?
- Regarde…
Un point s’ouvre devant nous sur une scène de vie. Je reconnais mes enfants, agrippés l’un à l’autre devant un corps allongé recouvert d’un drap dont le visage apparaît.
Voilà la confirmation que je suis morte.
Ouf ! je me sens soulagée paradoxalement.

Je remarque une forme, à priori humaine, composée de particules noires derrière mes enfants. – Qu’est-ce que c’est ?
- C’est le père de tes enfants.
- Pourquoi est-il comme ça ? Tout noir…
- Parce qu’il a choisi le côté obscur.
- Hein ?!?
- Il a choisi de poursuivre un mauvais but dans la vie…
- L’argent ?
- Je ne sais pas, je ne suis pas son ange… Peut-être…
- Son ange ? ça veut dire que vous êtes le mien ?
- Oui.
- Donc ici, c’est le paradis ?
- Le paradis n’existe pas, il a été inventé par l’humain.
- L’enfer aussi alors ?
- L’enfer aussi, c’est ça.
L’échange aussi absurde que flippant me saisit, étincelles mentales fusantes face à une entité calme et mesurée, accentuant ma perception folle du discours.
- Calme-toi.
- Pardon ?!?
- Tu fais des étincelles.
- Des étincelles ? Ah bon ?!?
- Calme-toi je te dis.
L’auréole de mon interlocuteur se modifie, apportant plus de pique à la forme, confirmant un début de ras-le-bol annoncé par la phrase.
- Et comment je fais ? J’interpelle… Je ne respire même plus !
Diamant disparait ne laissant qu’un point dans le noir.
Pouf !
- Ah ben bravo ma vieille, je m’énerve.
T’es toute seule maintenant, t’es bien avancée comme ça, hein ?!?

Je continue un moment à maugréer.
Faute d’adversaire, je capitule et focalise mon esprit sur les infos en ma possession.
Je suis morte, ça ne commence pas bien ! Je suis Améthyste, aucun souvenir de ce prénom ! Diamant est mon ange…
Mais comment croire à tout ça ?!?

- En Acceptant. Déclara Diamant réapparaissant comme il était parti.
Pouf !
- Facile à dire… Je bougonne - On est où ici ? Et je suis morte comment ?
- Nous sommes au ciel ou plutôt dans l’espace, explique Diamant, - Au-dessus du ciel. Ici nous sommes des étoiles et … Tu as été bousculée par une trottinette…
- Une trottinette ?!? Shootée par une trottinette… La honte !!! Je m’exclame.  Des étoiles ?!? Comme celles qu’on voit de la Terre ?
- C’est ça...
- Et elles brillent grâce à quoi ? Au soleil ?
- Les étoiles ont leur propre lumière, elles n’ont pas besoin d’un astre pour briller.
- Ça remet en cause toutes les religions ça ! Une étoile… Donc pas de vie après la mort ? Enfin, pas de résurrection ou de réincarnation comme elles le promettent ?
- Exactement. Cela a été inventé par les hommes, pour eux-mêmes, afin de contrer leurs instincts primaires, de les contrôler en imposant une doctrine. Les soumettre sans y succomber. Et cela marche pour certains.
- Pas pour le père de mes enfants si je comprends bien…
- Non, hélas.
- C’est fou… J’ai toujours vu les gens prier pour obtenir quelque chose, la santé, l’argent, l’amour… Moi, j’ai toujours prié pour obtenir la sérénité, c’est-à-dire ne rien avoir qui perturbe mon esprit, ni en bien, ni en mal, les deux étant dangereux à mon avis.
Et là vous me dites qu’il n’y a pas de vie après la mort… Beaucoup vont être déçus ! Je suis déçue !!!
- Ah mais, Il y a une vie après la mort mais pas comme le pensent les humains.
- Comment alors ?
- Tu verras lors de l’initiation… Nous n’en sommes pas encore là.
- Ah… Et nous en sommes où là ?
- À la période de deuil pour tes proches et celle de l’acceptation pour toi. Bien que je croie que ce soit déjà fait pour toi.
- Quoi ?
- L’acceptation.
- Vous croyez ? Je demande dubitative.  Et je dois faire quoi alors maintenant ?
- Maintenant tu vas aller visiter et dire au revoir à la Terre pendant trente jours. Après tu reviendras et nous commencerons ton initiation.
- Visiter et dire au revoir, d’accord… J’essaye d’imaginer. – Et comment je fais ?
-  Deux façons. La première avec ceux qui te connaissent et qui pensent à toi et puis ceux que tu as juste croisés… Quand ton prénom est prononcé, une bulle de vie sur terre s’ouvre sur la personne concernée. Il en sera ainsi jusqu’à ce que la dernière personne qui t’a connue soit en vie…
- Tous ne vont pas mourir en trente jours ? Si ?
- Non, bien sûr que non. C’est juste la méthode. Ne t’inquiète pas, les humains oublient facilement.
- Je ne sais pas si cela me rassure, il s’agit de ma vie quand même !
- Première étape… Accepter.
Pouf ! Disparu.

Je me retrouve seule face à cette espace vide et noir, paradoxalement plus rassurant qu’à mon arrivée.
Je suis morte et pas de tunnel.
Je suis morte et pas de lévitation ni de paradis.
Je suis déçue.
Pas d’être morte mais que cela soit si basique, moins spectaculaire que je ne l’avais pensé. Les réponses calmes et posées de Diamant ne m’aident pas à accepter. En même temps être morte, c’est déjà en soi un gros morceau à avaler…
Et puis il y a l’initiation ?!? Je ne sais ce que c’est mais cela veut dire que ma vie, d’une certaine manière, n’est pas finie…

Perpétuité sans remise de peine sur terre ok… Mais après !?!
Je ne sais pas si cela me fait vraiment plaisir…

Le repos éternel, après une vie aussi agitée que la mienne, était un but en soi et là BIM ! Initiation…

Toute une carrière à faire des missions d’intérim, à changer de monde à chaque fois avec des règles différentes de gestion et de politique, et là BIM ! Initiation…

J’avais imaginé autre chose et comme d’habitude, il vaut mieux ne rien imaginer et être surpris de tout plutôt que l’inverse.
Le verre à moitié plein quoi !

En pensant au verre, j’avais aussi imaginé mourir d’une maladie longue, me permettant de boire et manger à nouveau n’importe quoi, avec la meilleure excuse du monde puisque fatale et là encore déception…

Depuis ma reprise de conscience, si je peux dire, ni faim, ni soif, aucune envie de rien. Un vide renvoyant à celui environnant.

Maintenant il faut que je dise au revoir à la terre et à ma vie d’humain.

Une bulle de vie s’ouvre. Je reconnais mes enfants, mon appart. La table regorge de bouffe, que des gens, se regardant dans des demi-sourires, entourent dans un silence de mort, la mienne.
- S’il vous plaît… Appelle mon fils la bouche tordue de peine contenue, - Je vous remercie d’être venus pour rendre hommage à notre mère. Je suis sûr qu’elle aurait apprécié. Nous vous connaissons tous plus ou moins directement et, comme dirait maman, avec ce point commun qui vous lie, la gentillesse. C’est la qualité qu’elle préférait chez l’être humain sans distinction de CV ou niveau social… Que dire d’elle ? Je pense que le mieux serait que chacun raconte sa rencontre ou une histoire qu’il a partagée… Avec elle…
La voix se casse.

Je reconnais des gens, les histoires s’enchaînent les unes aux autres. Beaucoup de rires, peu de profondeur… Derrière chaque visage, je vois le moi profond. Certains en adéquation avec la peine ressentie, d’autres dans la culpabilité des actes ou pensées passés...
L’humain a cette faculté incroyable de rire alors qu’il pleure ou de pleurer alors qu’il se réjouit…

En tant qu’esprit ? Je vois et constate que mes doutes, vivante, sont confirmés, morte !
Tant pis pour moi…

Je m’approche de la bulle et me retrouve propulsée dedans.  Un maillage serré de traits verts quadrille la pièce. Quézaco ???

Je passe au travers de l’un et reçoit une conversation téléphonique. Je suis le trait et remonte vers une personne sur le balcon !?!
Au point de croisement, les ondes s’entrechoquent, téléphoniques, télévisuelles et web, recouvrant le ciel de vert, conséquence d’une communication à outrance, relayée par les satellites. Plus de nuages, la planète n’est plus bleue… Mais verte !

Et dire que les scientifiques nous affirmaient que c’était inoffensif…
Une fumisterie de plus !

Dans la pièce, la culpabilité de certains envers moi, regrettant trop tard la manipulation, le vol, la malversation dont ils m’ont fait leur victime, le tout dans une réalité non exprimée que je ressens malgré tout.

Les pardonner ?
Qu’ils se pardonnent à eux-mêmes !

Ceux-là n’ont pas tout le corps en particules noires mais la bouche, les yeux et les oreilles sont déjà contaminés…

Ils n’entendent, ne voient ou ne disent… Que de la merde !
Bien fait !

Je savoure cette petite vengeance dont ils n’ont même pas conscience ! Ils m’ont menti, utilisant à des fins personnelles ma gentillesse ; ils m’ont dénigrée dans mes choix de vie ; jugée parce que je ne courais pas après l’argent ou la gloire et là, ils larmoient sur ma mort pour se donner bonne conscience…
Pouah ! Ça me donne la nausée !

Je m’approche de l’un deux. Son corps m’aspire à l’intérieur. Ce n’est même pas sur ma mort qu’il pleure mais sur sa propre vie, étriquée, uniquement constituée d’envie de tout sans jamais se satisfaire de rien…

Et pourtant…

Les Pharaons, avec leur vision de l’au-delà, nous ont donné une leçon.
Vingt à vingt-cinq ans de construction pour leurs pyramides, momification du corps, enfermés avec les besoins matériels hypothétiques d’or ou d’argent, accompagnés de leurs esclaves et même de leurs animaux de compagnie …

Malgré les pièges et leur construction, leurs tombeaux ont été pillés, les laissant figés en position debout, derrière des vitrines, pour le plus grand plaisir des touristes de passage, mitraillant de leurs téléphones portables, faisant des selfies …

Pas de paix, pas d’oseille, tout ça pour ça !!!

- Barre-toi de là !!! J’hurle et imagine mon auréole entourée d’étincelles. Mon cri doit projeter des feux d’artifices…
La personne investie sursaute, signe qu’elle m’a entendue, m’expulsant d’elle et de la bulle de vie.
J’accuse le choc, coup de poing énergétique et la regarde de l’extérieur s’enfuir de la pièce, terrorisée.

- Qu’as-tu fait ! Intervient Diamant en apparaissant.
- J’ai été projetée dans la bulle de vie…
- Tu n’es pas encore autorisée à descendre sur Terre.
- Je ne savais pas…
- Il est aussi interdit d’entrer dans le corps d’un humain. Continue-t-il. - Jamais !
Les pointes entourant son aura donnent le ton, Diamant n’est pas content.
- Et je le sais comment moi que c’est interdit ?!? Hein… J’ai été propulsée dans la bulle ! Tout était vert et je ne sais pas pourquoi ! Et puis il y avait cette personne avec les yeux, la bouche et les oreilles pleins de particules noires. Je me suis approchée et BIM ! J’étais dans son corps et j’entendais toutes ses pensées ! J’ai crié et là, je suis revenue ici instantanément et vous, vous m’engueulez …
Je vous préviens cela ne va pas le faire !!!
- Tu as raison j’aurais dû être avec toi. Se calme-t-il. - Je vais répondre à toutes tes questions.
- Heu… Je me calme à mon tour, étonnée de l’ascenseur émotionnel violent. - Alors déjà pourquoi tout est vert…
- Ce sont les ondes, toutes les ondes… Normalement tu n’aurais pas dû les voir, l’initiation t’élevant au-dessus des fréquences utilisées sur Terre …
- Des fréquences rendant tout vert… Quand je pense qu’on nous disait que c’était inoffensif, ces soi-disant experts… Des escrocs !
"J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé" (Voltaire)

 


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