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Auteur Sujet: Le pacte du djinn - Lancelot Cannissié  (Lu 207 fois)

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Hors ligne cnslancelot5930

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Le pacte du djinn - Lancelot Cannissié
« le: jeu. 18/11/2021 à 10:26 »
Bonjour à tous !  :bonjour:

Aujourd'hui je vous présente la micronouvelle Le pacte du djinn tiré de mon recueil Peur primale et autres récits

Bonne lecture !  :clindoeil:



Le pacte du djinn
 
Au bord d'une rivière, sous un grand chêne, un jeune homme creusait. A ses pieds, un énorme sac poubelle semblant contenir quelque chose d'assez grand. L'homme pleurait, sanglotait tandis qu'il creusait. Au bout d'une heure, il eut terminé. Il tira le sac jusqu'au bord du trou et le poussa dedans. Cet homme c'était moi et voilà mon histoire.
Cela s'était passé si vite que je n'avais même pas eu le temps de réagir. Nous étions sortis voir un film au cinéma puis boire un verre et voyant qu'il était déjà bien tard, avions eu la malheureuse idée de prendre un raccourci pour rentrer plus vite. Nous comprîmes notre erreur lorsqu'un type louche nous accosta. Il titubait, sûrement à cause de l'alcool car il puait la bière à des kilomètres et c'était à moitié exagéré. Je n'aurais jamais dû lui refuser mon portefeuille. Je n'avais pas réagi lorsqu'il sortit son arme et la pointa vers nous pas même lorsqu'il tira. Quand je repris mes esprits, à cause du grand bang, il était déjà trop tard. Elle gisait à mes pieds et notre agresseur avait pris la fuite.
C'était alors que nous arrivions au pied du vieux chêne, en train d'enterrer une aussi ravissante créature. Je séchai un instant mes larmes, ramassa la pelle et m'affaira à reboucher le trou. Dès que j'eus fini, je repartis seul avec pour unique compagne ma tristesse. Sur le chemin du retour, je croisai une vieille dame.
« Vous avez l'air bien malheureux par une si belle nuit, me dit- elle.
— Oh si vous saviez, répondis-je. Je viens d'enterrer celle qui éclairait mes nuits et maintenant ce n'est plus que ténèbres et désolation. Je me sens perdu comme si le phare qui guidait ma route avait cessé d'émettre sa lumière.
— Il est toujours possible de réparer un phare cassé, me dit-elle d'un sourire qui laissa paraître une rangée de dents jaunis par le temps.
— Hélas pas celui-ci, fis-je dépité.
Elle me sourit de plus belle et sortit une petite boîte de sa poche. Elle me tendit l'objet. Je le pris dans les mains et l'examina attentivement.
— A quoi ça.... »
Je relevai la tête, la vieille dame avait mystérieusement disparu. Je contemplai un moment l'objet en ma possession, me demandant pourquoi elle me l'avait donné. Je rentrai donc chez moi, posai la boîte sur la table de chevet et m'affalai sur mon lit. Il ne fallut pas longtemps pour que la fatigue me gagne et je finis par m'endormir.
Dans mon sommeil, je pus entendre sa voix spectrale m'appeler d'outre-tombe. Elle était à la fois distante et tellement proche. Elle venait du plus profond de la terre et semblait m'attirer à elle. Je me réveillai en sursaut. Sur la table la petite boîte brillait.
Je la pris dans mes mains et lus les inscriptions au dos de celle- ci.
« Faites un vœu et tournez la manivelle » était-il écrit. Un vœu
? Si je pouvais en formuler un, ce serait bien évidemment de la revoir. Je ne croyais pas à ce genre de choses mais j'étais au bord du désespoir. Aussi émis-je le souhait de pouvoir être de nouveau avec elle.
Je tournai la manivelle et la boîte s'ouvrit. Lorsque le couvercle fut levé, un étrange petit être en sortit. Il ne portait qu'un pantalon à rayures bleues et blanches, avait les cheveux coiffés en tresse, tresse qui lui arrivait à la raie des fesses. Il flottait là devant moi, me fixant de ses yeux verts puis commença à faire des cabrioles.
« Un vœu ! Un vœu ! criait-il en volant ici et là avant de s’arrêter devant moi. Je suis trop content ! dit-il en faisant des vrilles.
— Excusez-moi mais qu’est-ce que vous êtes au juste ? demandai-je dubitatif.
Il arrêta ses cabrioles et me regarda avec tellement d’insistance que je me crus totalement nu sous son regard.
— Moi ? Mais je suis un djinn, répondit-il.
— Un djinn ?
— Oui, un djinn et je suis là pour réaliser ton souhait.
J’en fus bouche bée. Avais-je bien entendu ? Cette petite chose allait-elle vraiment pouvoir réaliser mon vœu de la revoir ?
Il comprit tout de suite ce à quoi je pensais car il répéta :
— Oui je suis là pour réaliser tous tes vœux ! Je vais la ramener pour toi !
— Attends une minute, dis-je suspicieux. Que veux-tu en retour ? J’imagine que ce n’est pas gratuit.
— Oui, il y a bien une chose, répondit le petit djinn.
— Que puis-je donner en échange de ce que tu m’offres ?
— Rien que tu dois donner…Cependant, il y a une condition à ton souhait.
— Et quelle est-elle ?
— Tu ne devras en aucun cas quitter la dame de tes pensées pas même un instant.
— Pourquoi ? Que se passerait-il ? — Elle disparaîtrait, répondit-il d’un air grave. Et tu ne peux pas la toucher non plus.
— Quoi ?! Mais c’est impossible ! Comment voulez-vous… Même pas une caresse ? Un baiser ?
— Rien de tout cela et tu pourras rester avec elle. »
Je poussai un soupir puis acquiesçai de la tête. Le djinn prononça alors une sorte d’incantation et je me sentis partir pour un profond sommeil.
A mon réveil, je faillis pousser un hurlement.
Là, à mes côtés, dormait celle que j’avais la veille enterrée. Je portai une main vers son visage puis me rappelant les conditions de mon vœu, je m’abstins. Je la regardai, écoutai sa profonde et lente respiration. J’aurais tellement voulu la toucher et voir que cela n’était pas encore un rêve. Elle ouvrit les yeux.
« Bonjour, me dit-elle avec son plus beau sourire. »
Sous le coup de l’émotion, je me mis à pleurer à chaudes larmes.
Les jours passèrent et pas un seul instant je ne quittai mon amour des yeux. Partout où elle allait, j’allais. Je devais aussi lutter pour ne pas la toucher, l’embrasser. Elle ne fit aucune remarque quant à mon comportement qui devait pourtant lui sembler bien étrange. Pas même lorsque j’évitais ses baisers que j’aurais jadis tant appréciés.
Les jours passèrent puis les mois et bientôt je me suis mis à regretter. J’étais à jamais lié à elle mais elle me paraissait si lointaine comme un rêve.
J’avais même peur de dormir le soir, craignant qu’elle ne disparaisse durant mon sommeil. J’aurais tout donné pour une caresse. Plusieurs fois je faillis craquer. Cette situation m’était insupportable.
Toute les nuits, je pleurais mon mal être, regrettant le jour où j’avais fait ce stupide vœu. Juste une caresse…Juste une, suppliai-je. Elle était là, tout près de moi. Je pouvais sentir son parfum, son odeur. Il était enivrant, entêtant.
Un jour j’en eus assez. Je ne pouvais plus continuer comme ça. Aussi décidai-je, les larmes aux yeux, de lui faire mes adieux. Je la remerciai d’avoir aimé le sombre idiot que j’étais et l’embrassai tendrement. Je fermai les yeux, refusant de la voir partir puis quand je les rouvris, elle n’était plus là. Elle avait disparu dans un dernier baiser, un baiser qui me resterait en mémoire des années plus tard. Et un beau jour, vint mon tour de mourir. Je ne regrettais rien, j’avais trouvé une nouvelle femme, une nouvelle raison de vivre. Deux de mes enfants s’étaient mariés.
C’était l’heure de mon dernier sommeil. Je partais la rejoindre, celle qui un jour, dans un dernier baiser, s’était envolée.

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