22/01/21 - 18:11 pm


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Synopsis :

Quel était ce restaurant italien, aux nappes à carreaux rouges et blancs ? Ophélia ne l’avait jamais remarqué. Pourtant, elle passait par là tous les matins, pour aller travailler. Un matin, alors qu’elle accusait mal le décalage horaire de son retour de voyage, il lui fallait un cappuccino d’urgence. Elle était entrée.
Parfois des destins se mêlent, des liens se tissent avec ceux que le hasard a mis sur nos chemins. Au fil des jours, adoptant le cappuccino du Caffe Mio comme rituel matinal, Ophélia va découvrir que derrière chaque personne qui travaille dans ce restaurant ou encore ne fait qu’y passer, se cache une histoire, dont certains éléments vont bouleverser sa vie irrémédiablement.
Quatrième roman de Lucie Renard, Scenes from an Italian restaurant vous invite à ouvrir votre cœur pour voyager jusqu’au restaurant italien du coin de la rue.


Mon avis :

Après avoir fortement apprécié la lecture des précédents romans de Lucie Renard, c’est avec une vive impatience que je me suis enfin posée pour plonger dans ce nouvel opus. Merci d’ailleurs à l’auteur de m’avoir fait découvrir cette petite merveille.
Jeune intervieweuse auprès d’auteurs connus et ou méconnus dans le genre fantastique et science-fiction, Ophélia s’apprête a quitter New York. Son séjour professionnel de 10 jours touche à sa fin ; il ne lui reste plus que 24 heures avant de revenir en France.
Pour son ultime soirée, ses dernières heures s’égrènent en compagnie d’un jeune auteur à la drague effrontée, alors qu’ils s’adonnent tous deux à une visite guidée de cette ville magnifique.
De retour chez elle, le cœur à moitié brisé par une nouvelle déconvenue, elle fait les frais de l’affreux décalage horaire. Et comme un malheur en amène toujours un autre, elle se rend compte catastrophée que sa cafetière fait des siennes. Afin d’obtenir sa dose de caféine quotidienne, notre sympathique jeune femme se met alors en quête d’un endroit pour faire  une pause cappuccino. C’est alors qu’elle remarque un petit café-restaurant sur le chemin de son travail ; instantanément l’envie de pousser la porte la saisit... sans augurer que bien des choses vont changer pour elle.
Tout comme notre  héroïne, nous voici plongés, happés, enferrés au cœur de cette histoire vivifiante et pleine de promesses. À peine les toutes premières pages avalées, l’envie d’en découvrir davantage nous taraude...
Que nous réserve ce récit captivant et rempli de poésie ?
Quel chemin de vie va emprunter notre jolie Ophélia ?
Dans l’impossibilité de résister, nous suivons donc Ophélia venir déguster son café jour après jours. Là, entre les murs du Caffe Mio, en grande amoureuse de l’humain, elle va prendre le temps d’observer le monde qui l’entoure, écouter, ressentir, aller jusqu’à percevoir les couleurs que les gens renvoient selon ce qu'ils sont au plus profond d'eux-mêmes.
Elle va progressivement s’attacher aux habitués et aux employés. Si bien qu’immanquablement, des liens vont se tisser entre tous ces personnages. Sa route va croiser d'autres routes, son âme va toucher d’autres âmes, son cœur, effleurer d’autres cœurs... à tel point qu’elle ne sortira pas indemne de ces visites journalières.
Transportés par la plume délicate et enchanteresse de l’auteur, nous nous laissons alors embarquer, un peu comme si nous étions pris par la main, pour suivre en toute allégresse ce chemin tortueux, mais ô combien empli de sensibilité et de douceur.
Ballotés au gré des souvenirs que cette histoire va faire remonter chez notre héroïne, nous prenons notre temps, savourant autant la prose que le fond, déroulons avec délectation un à un les fils de ce passé tourmenté.
Tour à tour, par un subtil jeu de miroirs, et par le biais de certains personnages, nous allons entrevoir certaines personnes de son existence.
Sa grand-mère (les dames du vendredi matin : club du tricot)
Son père (un père et sa fille)
Ses amants (un groupe de jeunes) etc.
Je ne vous en dirai pas plus pour ne pas déflorer toute l’histoire ; je vous laisse déguster cette petite pépite, que, pour ma part, j’ai savouré page après page...
Vous l’aurez compris, ce roman est un vrai coup de cœur, autant par la plume subtile et toute en finesse, que par le voyage que l’auteur à choisi d’entreprendre. Et c’est sans compter le merveilleux message qu’il véhicule : celui d’aller au-delà des façades et des apparences ; oser s’intéresser à autrui, creuser un peu, soulever  les masques pour découvrir ce qui se cache derrière:  une vie heureuse ou malheureuse ? De la souffrance ou de la sérénité ?
Qui sait, en poussant la porte de l’âme d’autrui, peut-être ferez-vous de belles découvertes, de belles rencontres, des trésors d’humanité qui embelliront votre avenir ?
Alors, si vous aimez les belles histoires, de celles qui réchauffent le cœur en ces temps incertains, foncez vous procurer ce concentré de bonheur, ce roman pilou-pilou, présage d’un magnifique arc-en-ciel émotionnel pour qui sait le déguster.

Ma note :

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Mise en avant des Auto-édités / Cosmovers de Julien Paschetta
« Dernier message par Apogon le jeu. 14/01/2021 à 17:04 »
Cosmovers de Julien Paschetta et Sébastien Dennaud
Le soulèvement de l'ombre.

Prologue

Voie Lactée, année 804.12 du Calendrier Galactique Républicain (l’an 2208 selon l’ancien calendrier grégorien).

Un vent glacial, accompagné d'une odeur de feu et de sang, traversa la planète Orxana qui abritait le centre pénitentiaire de réhabilitation numéro un de la République Galactique Unifiée.
L'immense complexe, étendu sur une bonne partie de la planète et destiné à réinsérer les détenus dans la société, était le théâtre d'une évasion massive. Les pensionnaires s'étaient violemment révoltés contre les surveillants et avaient créé un chaos général dans toute la prison. Les hurlements de douleur, les cris, les multiples explosions et les batailles menées dans le complexe plongeaient les lieux dans une atmosphère apocalyptique. De nombreux incendies ravageaient les points vitaux du centre et les dégâts considérables transformaient progressivement le pénitencier en un véritable champ de ruines. La sirène d'alerte résonnait sans discontinuer et s'ajoutait au chaos ambiant.
La bataille, longue et acharnée, laissait les combattants épuisés. Elle tourna à l'avantage des forçats soutenus par leur jeune leader qui les avait aidés à préparer leur plan. Les surveillants du centre furent éliminés sans pitié, fusillés, décapités, pendus. Le sang maculait les murs, le sol. Tous les détenus souhaitaient marquer leur haine du système républicain au fer rouge.
Cependant, le dernier membre du personnel pénitentiaire continuait de résister avec acharnement et livrait un combat épique contre ses adversaires.
Debout sur un tas de cadavres, un fusil-plasma dans chaque main, le directeur du centre, Raz'en Yu, se battait vaillamment contre huit forçats, mais ces derniers eurent rapidement raison de lui et le constituèrent prisonnier.
— Lâchez-moi ! Ordures ! hurla-t-il avec rage en se débattant de l'étreinte de deux taulards. Sinon, je…
— Tu vas faire quoi ? l'interrompit une voix glaciale.
Un grand silence s’abattit brusquement.
Plus personne ne bougea.
Fendant la foule de détenus qui s’écartait respectueusement sur son passage, le chef des prisonniers s'avança vers le directeur captif.
C'était un jeune garçon âgé de douze ans, blond, les yeux bleus, et vêtu de blanc. Son regard, loin de paraître juvénile, exprimait une grande maturité pour son âge. Une étrange obscurité luisait dans ses yeux.
Le directeur reconnut instantanément l'adolescent et blêmit tellement le choc était rude.
— Toi ? Je ne peux pas le croire… C'est impossible ! Comment… Comment as-tu pu faire ça ?
— Entends-tu le carillon de l'Histoire et de la Mort résonner pour toi dans l'infini ? demanda le garçon au directeur d'un air rêveur en regardant le ciel étoilé, visible à présent à cause des dégâts occasionnés.
— Va te faire voir ! Crois-moi, l'I.G.S.D va te…
Un détenu lui donna un violent coup de poing dans le ventre, l'empêchant de finir. Raz'en toussa fortement et reprit progressivement son souffle. À l'instar de la sueur qui coulait sur son front, il sentait son cœur tambouriner férocement contre sa poitrine. La peur le tenaillait et la tristesse serra son cœur lorsqu'il pensa aux êtres chers qu'il aimait tant.
Sa femme.
Ses deux filles.
Il ne voulait pas mourir.
Pas ici.
Pas maintenant !
Les deux forçats resserrèrent leur étreinte sur Raz'en qui jeta un regard de dégoût, mêlé à de l’incompréhension, à l'adolescent. Sans rien dire, le jeune garçon tendit le bras et le prisonnier qui venait de frapper le directeur lui donna aussitôt une arme. Il s'avança vers son otage tout en s'amusant avec son arme et savourait ce moment.
Raz'en, haletant, regarda à nouveau le jeune garçon.
Comment a-t-il pu devenir ainsi ? Dites-moi que je rêve !
Il refusait de croire une telle chose possible.
Il s'agissait forcément d'une mascarade.
Ou bien d'un cauchemar.
Malheureusement, le directeur du centre devait admettre que la folie meurtrière pouvait frapper n'importe qui, à tout âge, en tout lieu et à n’importe quelle époque.
Que l’Universel ait pitié de lui.
— Je n'arrive pas à croire que tu aies pu changer à ce point ! Tu n'es plus celui que j'ai connu ! s’exclama-t-il.
— Le corps change, l'esprit aussi, lui répondit froidement l’enfant.
— Pourquoi… Pourquoi fais-tu ça ?
— Pour une seule raison, répondit-il en le regardant impitoyablement et en s'avançant vers lui. En finir pour de bon.
Une détonation mit fin à la conversation.
Le tir de plasma brûlant venait de traverser la tête du directeur qui s’effondra instantanément, mort.
La majorité des prisonniers autour de lui regardaient le cadavre d’un œil goguenard, satisfait de la détermination de leur chef. D’autres, moins nombreux, jugèrent au fond d’eux qu’il venait d’aller trop loin, mais se gardèrent bien de le dire ou même de le montrer par peur.
L’enfant regardait le corps. Lui et ses subordonnés venaient de franchir le point de non-retour.
Il entendit un des prisonniers arriver derrière lui et se retourna.
— Ça y est, Monsieur. Nous avons pris le contrôle du complexe, lui annonça-t-il la voix vibrante. Nous devrions partir rapidement. Ils risquent d’envoyer des G-Soldats s’ils s’aperçoivent que les communications restent coupées trop longtemps.
— Ne t'inquiète pas, rassura l’enfant en le fixant droit dans les yeux de son regard si pénétrant. Le temps qu’ils arrivent ici, nous serons déjà loin.
Il prit un peu de hauteur en montant sur le tas de cadavres sur lequel combattait Raz’en quelques minutes plus tôt.
— Mesdames, Messieurs, vous connaissez les objectifs que je vous ai attribués, dit-il devant tous. Si vous réussissez, la R.G.U tombera et le Kreenghal régnera en maître. Gloire à lui !
— Gloire ! Gloire ! reprirent tous les prisonniers désormais libres.
Ils portèrent le garçon en triomphe.
La République sera bientôt morte.

Chapitre 1
L’Équipe 1 d’Adama G.C

Adama Galactic Center, capitale de la République Galactique Unifiée…

Froid et aimable.
Distant et sympathique.
Sévère et rigolard.
Réfléchi et casse-cou.
Généralement, ces traits de caractère opposés ne se retrouvaient pas ensemble chez une seule et même personne mais l'individu en question possédait une personnalité complexe issue de la vie particulière qu'il menait, en dépit des multiples zones d'ombre de son passé. À cela s’ajoutait le léger dérèglement physiologique dont il souffrait et qui provoquait chez lui des périodes de forme en dents de scie.
Il était allongé sur le toit d'un petit immeuble, légèrement couvert de neige à l’instar des bandes piétonnes, sa silhouette de lion anthropomorphe non visible d’en bas. La vue dégagée donnait sur un magasin d'U-Technologies en train de se faire cambrioler.
Il épiait les braqueurs à l'œuvre avec ses jumelles holographiques.
Des amateurs.
Il le constatait juste en observant leur façon de se comporter.
Il sourit à pleines dents sous ses jumelles.
Les pauvres ! Ils vont avoir la peur de leur vie !
Il était d'une humeur joyeuse aujourd'hui, du moins pour le moment.
Il lui arrivait parfois de changer d’humeur en quelques instants, alternant des périodes calmes et d’autres plus déprimantes. Pour lutter contre cette inconstance, il s’était forgé un caractère plus strict, plus contrôlé. Cet aspect de sa personnalité l’embêtait. Il aurait voulu être plus décontracté vis-à-vis d’autrui. Avant, il n’était pas comme ça, mais ses responsabilités et des événements passés l’avaient endurci. De plus, savoir se contrôler était plus qu’essentiel dans la vie qu'il menait en tant que Général et chef d'équipe. Il devait veiller sur sa vie et plus encore sur celle de ses agents. La moindre erreur, le moindre relâchement en mission pouvait être fatal. Il ne le savait que trop bien.
Le Général jeta un rapide coup d'œil à sa gauche et sur le reste du panorama.
Tout était prêt.
Ses qualités reconnues comme son intelligence développée, sa ténacité, son courage, son sens profond de la stratégie et du commandement, allaient encore une fois être sollicitées. Il possédait en outre un sens aigu de la mise en scène, quasiment théâtral, qu’il aimait employer pour déstabiliser ou tromper ses adversaires.
Il effectua un décompte dans sa tête.
L'alarme retentit.
Le son s'amplifiait sur les immeubles en chrome du centre-ville.
Les bandits, lourdement armés, quittèrent précipitamment le magasin d'U-Technologies avec leur butin.
— Vite ! On se casse ! s'écria Kilaad, leur chef, tandis qu'il se dirigeait vers leur vaisseau avec ses acolytes.
Le vaisseau explosa brutalement, touché par un I.G missile. Les débris métalliques brûlants retombèrent autour d'eux.
— Halte ! Arrêtez-vous ! ordonnèrent cinq agents I.G.S.D surgissant de leurs champs d’invisibilité, arme au poing.
Trois des bandits levèrent les bras et se rendirent, mais Kilaad et un de ses complices s'enfuirent par une petite ruelle en tirant sur les agents qui se protégeaient des coups ennemis.
— Rattrapons-les ! s'exclama Noémie Silva, une jeune humaine brune aux yeux bleus originaire de la planète Séor.
Le coéquipier qui se tenait à sa droite tendit le bras en avant pour la stopper.
Il s'appelait Hurok Gérp.
À mi-chemin entre le loup et le coyote anthropomorphe, il mesurait près d'un mètre quatre-vingt-dix et possédait une peau recouverte de poils marron. Originaire de la planète Géor, située au Dum-Sen de Sagittaire A, il était le membre le plus ancien de l'équipe avant même l'arrivée du Général . Avec un peu plus d'une cinquantaine d'années au compteur, il était aussi le plus âgé. Son expérience, sa force tranquille et son sérieux apportaient beaucoup à l'équipe.
Hurok s’arrêta et sourit.
Il savait que le Général avait tout prévu et devinait bien la surprise que ce dernier préparait aux deux voyous en train de fuir.
— Pas la peine, dit-il à Noémie. Il les a pris en chasse.
Les deux bandits couraient dans la ruelle jusqu'à perdre haleine. L'adrénaline et l'essoufflement, dus à leur course frénétique et au stress, faisaient battre leur cœur à tout rompre.
— Chef, c'est l’Équipe 1 ! Ça y est, on est foutu ! s'écria le bras droit affolé et essoufflé.
— Ah ouais ? Tu crois ? Moi, ils ne m'auront pas comme ça ! assura Kilaad d'un air résolu.
— Mais, chef, vous savez bien qui dirige cette équipe ! Il va arriver ! paniqua l'associé. Il va…
L'acolyte hurla et tomba par terre, inconscient, atteint par un rayon plasma paralysant surgi de nulle part.
— Zolt ! s'exclama Kilaad en tentant vainement de le réveiller.
Il voulut reprendre sa course, mais l'épuisement avait finalement eu raison de lui.
Il n'y a qu'une seule issue !
Il sortit son arme, les yeux aux aguets et sa concentration poussée au maximum malgré la fatigue.
Ce sera lui ou moi !
— Amène-toi ! Je sais que t'es là ! Viens te battre ! hurla-t-il, sa main armée tremblante de peur.
Cinq secondes de silence où le cœur du malfrat allait tambour battant et où ses sens demeuraient à l'affût du moindre danger.
— D'accord, fit une voix menaçante.
Puis Kilaad vit une silhouette noire lui foncer dessus. Un masque d'effroi se dessina sur le visage du braqueur. Pris de panique, il ferma les yeux et tira aveuglément, mais la terrible créature ne s’arrêta pas et le balança violemment contre le mur. Le malfrat, n'ayant plus rien à perdre, se ressaisit et voulut brandir à nouveau son arme, mais un coup de poing d'une main mécanique le mit au bord du KO.
Allongé par terre, pétrifié et stupéfait à la fois, Kilaad utilisa le peu de force qui lui restait pour lever les yeux vers la mystérieuse créature qui venait de l'assommer avant de s'évanouir. Il vit un lion anthropomorphe mesurant un mètre quatre-vingt, vêtu de l'uniforme des agents I.G.S.D, crinière au vent, poings serrés, sourcils froncés et sourire aux lèvres.
Le malfrat avait en face de lui le meilleur enquêteur de la Galaxie.
Le Général Léo Hawkins.

***
Plus tard…

Créée en même temps que la République Galactique Unifiée (R.G.U) l'Inter Galactic Security and Defense (I.G.S.D) était une institution importante qui assurait notamment les fonctions de police, de services secrets et de commandement militaire. Son champ d'action se limitait aux planètes républicaines, sauf pour le célèbre Général Hawkins qui ne faisait pas toujours grand cas de cette règle en cas de nécessité.
Constitué de fibres de nanotissus confortables, ultrarésistantes et thermorégulantes, l’uniforme officiel des agents se caractérisait par une tenue noire moulante avec une bande dorée sur le côté gauche, une veste noire par-dessus avec au centre l'insigne bleu foncé, une ceinture de gadgets de même couleur, des chaussures ou des bottes noires. Chaque grade se distinguait par une couleur spécifique, présente sur le tour du col de la veste, sur les extrémités des manches et au niveau des genoux. Dans ces zones-là, l'uniforme de Léo Hawkins arborait une couleur jaune clair représentant son grade de Général. Le col en question détenait un dispositif capable de dévier les tirs visant la tête, seule partie du corps non couverte. Chaque agent possédait un plaser, une I.G sword (une puissante épée télescopique), et un plaser de plus petit calibre caché dans leurs vêtements.
Quant aux locaux des agences à travers la R.G.U, ils défiaient l’imagination, mais ceux de l’agence d’Adama G.C dégageaient une aura particulière. Il s’agissait d’un gigantesque complexe composé d’un immeuble central et d'une ceinture de bâtiments, aux couleurs sombres. L'immeuble principal, dont l'architecture élancée déchirait le ciel, se dressait majestueusement devant le reste du complexe.
Une grande cour pavée offrait différents chemins d'accès entre chaque édifice. Au-dessus de cette cour flottait un hologramme représentant le blason de l'I.G.S.D. Ce blason bleu foncé avait la forme d'un triangle pointé vers le bas. Les angles et les côtés de ce triangle étaient stylisés de façon à suggérer une pointe de flèche. Au centre de cette figure figuraient en noir les lettres I, G, S, D.
Léo et ses coéquipiers traversèrent la cour ornée de plantes, de fleurs aux parfums délicats, de sculptures et de fontaines. Le Général en profita pour saluer rapidement des agents qu'ils connaissaient en tendant sa main droite entièrement mécanisée, à l’instar de son avant-bras du même côté. Ils rentrèrent dans l’immeuble, dont l'extérieur était tapissé de chrome et de trans'r noir, un matériau semblable au verre, très résistant et insalissable.
Ils avancèrent dans le splendide décor intérieur de l'agence avec son sol noir parfaitement brillant, le blason de l'I.G.S.D fièrement exposé par terre et au-dessus de leur tête. Ils passèrent devant les bureaux d'accueil et de renseignements, remarquant le personnel administratif plongé dans son travail et les conversations holophoniques professionnelles. Au-dessus des agents I.G.S.D se trouvaient les vingt-cinq vastes étages, fourmillant d'agents et d'activités multiples, et six niveaux souterrains ayant chacun leurs fonctions spécifiques.
L’ascenseur les conduisit jusqu'au 21e étage occupé par leur Section, dédiée aux Enquêtes Générales.
Ils marchèrent en direction de leurs bureaux.
— Belle prise aujourd'hui Léo !
Flurya Salinster marchait aux côtés du Général Léo Hawkins et regardait son patron avec ses intenses yeux vert émeraude. Âgée de trente ans, Flurya était originaire de Floraelf, planète républicaine située au Dum de Sagittaire A, à distance raisonnable du Noyau Galactique. Comme tous les humanoïdes natifs de cette planète, elle avait la peau verte et disposait de pouvoirs végétaux ainsi qu'un caractère très affirmé.
— C'est clair ! Cette capture restera dans les annales, affirma Oarus Hêt, un humanoïde à la peau orange et aux longues oreilles, originaire d'Erenjia, et âgé de vingt et un ans. Hein, patron ?
— Peuh, ça ne rentre même pas dans mon TOP 100 ! commenta Léo avec une légère moue de dépit. Hurok, Flurya et moi, on a connu des trucs beaucoup plus palpitants !
— Effectivement, reconnut Flurya en repensant à quasiment toutes les enquêtes qu'ils avaient pu mener ensemble.
— Ouais, parle pour toi Oarus. Tu étais en train de dormir sagement dans ta cachette pendant qu’on travaillait, lança Noémie d'un air taquin à son coéquipier.
— Faux ! rétorqua l'intéressé. Je les surveillais moi aussi ces types, et de très près. Alors, fais attention à ce que tu dis, parce que le coup de plaser, il va partir ! répliqua-t-il avec un air faussement menaçant.
Le plaser était l’arme de base des agents I.G.S.D. Très perfectionné, il pouvait lancer des rayons plasma ou paralysants, des grappins, des mini-explosifs et divers projectiles suivant les besoins.
— Vas-y, essaye… Vraiment, j’insiste.
— Attention, Oarus, tiens-toi prêt. Je pense qu'elle va dégainer avant toi, l'avertit Hurok d'un ton ironique.
Le Général Hawkins appréciait particulièrement ce genre de scène entre ces coéquipiers. Cela en disait long sur l'ambiance du groupe qui contrastait agréablement avec le professionnalisme dont chacun pouvait faire preuve sur le terrain. C'était ce genre d'atmosphère qu'il aimait dans une équipe, tantôt sérieuse quand il le fallait, tantôt légère pour ne pas céder à la pression des affaires délicates qu’il lui arrivait de traiter avec ses collègues. De plus, il savait que les enquêtes et missions menées ensemble avaient permis de souder son groupe, comme la capture des Élusives, un réseau criminel ayant longtemps échappé à l’I.G.S.D, l’affaire Liquide Secret, ou plus récemment la restitution du sceptre royal au roi de la planète Séok. D’une manière générale, en plus d’être des citoyens d’un système quasi-idéal, les agents I.G.S.D détenaient un très fort sens d’appartenance à l’institution, un esprit de corps inébranlable. Fier de son équipe actuelle, Léo appréciait chacun des membres, autant pour leur professionnalisme que pour leur caractère respectif. Cependant, il trouvait qu'elle n'était pas encore à la hauteur de la précédente.
— Vous croyez que nos deux braqueurs vont accepter de coopérer ? demanda Réchele Sul, une jeune humanoïde aux cheveux châtains, originaire de Rélf et âgée de vingt et un ans.
— Ça vaudrait mieux pour eux, répondit le Général.
— Oh, tu sauras les convaincre, assura Hurok à l’attention d’Hawkins. Mais, tu auras peut-être besoin d’un coup de main, non ?
— Non, ça ira. Mais c'est gentil de proposer, fit Hawkins en adressant un clin d’œil à son collègue.
Hurok sourit.
Les deux s’étaient croisés pour la première fois en septembre 2207 au cours d’une mémorable mission commune. Hurok le trouva très brillant mais parfois bien cinglé, tandis que Léo trouva le Géorien courageux mais râleur. Hurok était alors le numéro 2 de l’Équipe 1 d’Adama G.C mais en occupait la tête par intérim. Le précédent chef, l’adamien Gul Asral, avait décidé de prendre sa retraite presque deux ans avant la date prévue. Naturellement, Hurok avait été sollicité pour le remplacer mais, pour diverses raisons, il ne le souhaitait pas. Les responsables de l’époque, dont le directeur de l’agence et le Ministre de l’Intérieur, eurent alors l’idée de promouvoir ce jeune agent qui s’était brillamment illustré au cours de la Guerre Kazénienne ainsi que sur Terre II et qui semblait promis à un grand avenir, mais Léo était encore jeune et travaillait le plus souvent seul, aux côtés de Q1-D.
Jusqu’en janvier 2207, les deux agents ne se virent que peu de fois car Léo vivait de nombreuses aventures de son côté. Hurok trouvait à l’époque qu’il prenait les choses trop à la légère et songea même un temps à partir pour une autre équipe, lui qui pourtant adorait vivre sur Adama. Mais lorsque Hawkins fut nommé chef, celui-ci se métamorphosa et assura brillamment la tenue de ce poste. Le Géorien fut surpris et comprit qu’il l’avait mal jugé. En vérité, Hurok avait déjà perdu un chef d’équipe par le passé et s’était juré de ne plus jamais revivre ça. Léo ne l’ayant jamais su et ne le sachant toujours pas, le Géorien veillait sur lui lorsqu’ils partaient en mission. Ils développèrent une belle amitié, fondée sur un respect mutuel, malgré leur différence d’âge.
Les agents I.G.S.D arrivèrent près de leurs bureaux dotés d'un ou plusieurs écrans holographiques tactiles et d'un clavier aux icônes lumineuses.
— Flurya, tu iras interroger ces deux braqueurs pour voir ce qu'on peut en tirer, ordonna Léo en regardant la Floratienne. Prends Réchele avec toi. Ça lui sera utile pour exercer ses pouvoirs psychiques et acquérir plus de fermeté si un jour ceux-ci ne suffisent pas.
— D’accord. Tu te sens prête ? demanda Flurya à Réchele.
— Bien sûr que oui !
— L’enthousiasme des débutants. J’adore ça ! commenta la Floratienne motivée.
Réchele s’en sentait effectivement capable et la Floratienne, qui l’appréciait beaucoup, lui faisait entièrement confiance.
Comme les Rélfiens de son espèce, Réchele détenait quelques pouvoirs psychiques de moyenne envergure, qu’il était toujours possible d’affiner avec le temps et une pratique soutenue. Une fois, au cours d'une enquête, la jeune femme avait dû livrer une bataille psychique face à un adversaire plus puissant qu'elle et fut battue. Grâce à une drogue qu'elle prit pendant un temps et qui lui permit d'augmenter ses pouvoirs, elle put le vaincre mais Léo lui déconseilla fortement de consommer à nouveau cette substance. Elle put s’en détacher et s’efforçait depuis d’exercer naturellement ses dons dans le cadre des enquêtes qu’elle menait avec le reste de l’équipe, ou de les développer durant son temps libre.
— Je me rappelle mes débuts..., se souvint Hurok, soudainement nostalgique alors qu’il était la plupart du temps pudique sur ses sentiments, à l’exception de sa tendance à bougonner qui se manifestait quand quelque chose l’agaçait vraiment.
— On dirait que l’Ancien sait de quoi il parle, taquina Noémie à l’adresse du Géorien.
— « L’Ancien » comme tu dis, avec toutes ses années de service, te verrait bien comme cible pour un exercice de tir, répliqua gentiment Hurok.
— Je tirerai en premier, se proposa Flurya qui se joignit à la boutade.
Même s’il ne s’agissait que d’une plaisanterie, le soutien de la Floratienne vis-à-vis du Géorien n’était pas anodin. Elle aimait et respectait beaucoup Hurok pour son âge et sa carrière, tandis que ce dernier tenait en estime son caractère et son talent.
— Tant pis. Je pourrais toujours revenir te hanter et provoquer un incendie dans une forêt floratienne, lança Noémie qui ne se laissait pas faire.
— J’espère quand même que tu arriveras à t’y repérer, répliqua Flurya qui savait pertinemment que la grande majorité des forêts de son monde étaient particulièrement étendues et denses.
La Floratienne s'était renfrognée quelque peu à cette réflexion. Extrêmement sensible à la nature comme tous les siens, elle ne prisait guère les plaisanteries à ce sujet. Toutes les deux s’étaient déjà disputées quelques fois, mais au fond, le courant passait bien entre elles. Flurya voulut prendre Noémie par surprise avec ses facultés floratiennes, comme elle aimait parfois le faire à Oarus pour le taquiner, mais elle se ravisa sachant qu’il n’y avait rien de méchant de sa part.
— Il ne faut jamais provoquer un ou une Floratienne sur les questions environnementales, rappela Hurok.
— Tu es au fond incapable de faire du mal à une mouche, intervint Réchele ironique en regardant Noémie, et encore moins aux arbres !
— Tu as oublié mes talents au tir et au combat, chère collègue, rappela la jeune femme originaire de Séor.
— En ce qui concerne le tir, mes fesses s’en souviennent encore, ajouta Oarus qui se remémorait un exercice à l’École de Formation I.G.S.D au cours duquel Noémie lui avait tiré dans le derrière avec un plaser réglé à basse puissance.
— C’était un accident, précisa Noémie relativement gênée.
— Un accident très volontaire, ironisa Réchele complice.
— Vous aviez l’air sympa tous les deux, donc j’ai voulu m’amuser un peu, avoua-t-elle.
— Le voir courir avec son arrière-train en feu était plutôt amusant en effet, se remémora la native de Rélf en souriant.
— J’aurais bien voulu voir ça, commenta Hurok.
— Tu n’es pas le seul, ajouta Flurya.
— N’empêche que c’est comme ça qu’on s’est connu tous les trois en fin de compte, conclut Noémie en désignant l’Erenjien et Réchele.
— Et avec panache apparemment, ajouta la Géorien.
— Oarus, dis-moi que tu ne t’es pas laissé faire, espéra la Floratienne.
— Rassure-toi, un jour, je l’ai paralysée avec mon plaser pendant deux heures, raconta l’intéressé. Officiellement, j’ai fait une mauvaise manipulation. Officieusement, j’ai pris ma revanche… Mais, je me suis fait tirer les oreilles par les instructeurs.
— Je comprends mieux d’où vient leur grandeur, taquina-t-elle.
— C’est peut-être pour ça que tu aimes bien me les chatouiller incognito avec tes lianes, en me faisant croire ensuite que c’est juste un courant d’air, comprit l’Erenjien.
— Bien vu, admit-elle en riant.
Les relations qu’Oarus, Réchele et Noémie entretenaient avec Flurya et Hurok étaient très amicales depuis qu’ils formaient tous ensemble l’Équipe 1 d’Adama. Flurya eut cependant plus de mal avec Noémie au départ, se disputant assez souvent avec elle car toutes les deux avaient un fort caractère et ne se laissaient pas faire. La Floratienne reconnaissait tout de même que la native de Séor était plus mature que ses deux jeunes collègues. Sur le plan professionnel, elle pensait qu’ils étaient encore un peu tendres, mais qu’ils allaient vite progresser sur le terrain. Hurok, quant à lui, estimait qu’Oarus et Réchele n’étaient pas encore prêts, mais il les aidait du mieux qu’il pouvait.
— Calmez-vous les enfants, fit Hawkins.
— Vous avez entendu ? signala Oarus aux autres. Le chef a parlé.
— C’est valable pour vous aussi, Oarus.
— Au temps pour moi.
— Ce n’est pas tout, mais nous avons du travail, rappela le Général en prenant un air sérieux. Hurok, fais-moi un topo sur les pertes et vols suspects chez U-Technologies ces derniers temps. Peut-être qu’un réseau de braqueurs se cache derrière ce cambriolage isolé.
— Ne jamais se fier aux apparences, n’est-ce pas ? fit le Géorien.
— Exactement. Ensuite, Noémie, faites un rapport de notre capture au directeur.
— Bien patron. C’est Monsieur d’Yvno qui va être content !
— J’espère bien… Oarus ?
— Oui, boss ?
— Un gobelet de kaac, s'il vous plaît.
— Euh, oui, tout de suite.
Le kaac était une boisson très légèrement alcoolisée mélangée avec du café.
Oarus partit en direction de la machine à boissons, voyant là une bonne occasion au passage de traîner un peu dans les couloirs de l'agence et de faire une pause.
Léo se dirigea vers son bureau, suivi de ses coéquipiers qui restèrent discuter près de lui avant de se remettre au travail.
Il s'assit et se perdit dans ses pensées. Les mots prononcés par ses collègues en pleine conversation lui parvenaient comme de faibles sonorités.
Quatre ans déjà… Comme le temps passe vite.
Quatre années s’étaient écoulées depuis son réveil ici.
Léo fut plongé dans un état de cryoconservation en 2004 (l'an 600 C.G.R) sur Terre dans des circonstances dont il ne parvenait pas à se souvenir, via un procédé inconnu des terriens de cette époque. De plus, il ne lui restait que quelques bribes de mémoire sur la vie qu'il avait pu mener à cette époque.
Deux cents ans plus tard, des alpinistes l’avaient retrouvé dans une crevasse difficilement accessible de la chaîne des Appalaches. Sa prison de glace fut ensuite extraite et transportée jusqu’à Mégalopolis, l'une des plus grandes villes de Terre II qui s'étendait de Boston à Washington D.C.

Chapitre 2
Le réveil et le nouveau venu

Le 24 Taeld 800 C.G.R (24 mars 2204).

Léo se réveilla.
Les yeux encore fermés, il entendait des voix parler dans une langue inconnue.
Il ouvrit lentement les yeux et découvrit ce qui lui sembla être une chambre d’hôpital baignée d’une douce lumière. Il se sentait déphasé, mais ne souffrait pas. Il vit trois personnes paraissant être des médecins, ce qui le rassura un peu, mais un rapide examen des lieux le troubla. Les appareils médicaux semblaient très perfectionnés, beaucoup trop, et les tenues des personnes, étranges. Il essaya de se redresser, mais s'aperçut avec horreur de l'absence de sa main droite et eut un mouvement de recul.
Les médecins lui souriaient et lui disaient, avec des gestes, de ne pas s’inquiéter. Cependant, le fait de se trouver dans un lieu inconnu, sans souvenirs, et une main en moins, lui semblait pourtant bien être des motifs valables d'inquiétude. Un des médecins s'avança vers lui avec un petit appareil dans la main et indiquait par des gestes qu'il souhaitait le lui insérer dans l'oreille. Il ne sut que plus tard qu'il agissait d'un traducteur universel. D'étranges réflexes remontèrent subitement. Il balaya l’équipe médicale en un instant, sortit de sa chambre en trombe et courut à travers un long couloir. Complètement désorienté, n’obéissant qu’à son instinct pour sortir de cet endroit au plus vite, malgré la beauté et le calme des lieux, il poursuivit.
Brusquement, il s’arrêta net, le souffle coupé.
À travers une grande baie vitrée se dressait Mégalopolis. La vue panoramique des vaisseaux circulant incessamment dans l’air, à travers les immeubles en chrome de la ville, le cloua sur place. Stupéfait, il contempla la scène et plus rien d'autre ne compta.
Les médecins le rejoignirent et se tenaient à distance derrière lui, surpris de le voir encore debout malgré le choc de cette découverte, et encore plus heureux. Après quelques instants, Léo se retourna vers eux, souriant comme une personne qui se trouvait à mi-chemin entre l’extase totale et la peur que tout ceci ne soit pas réel. Des frissons de joie parcouraient son corps.
— C’est le futur ?
Les médecins hochèrent la tête pour approuver. Il se retourna et regarda à nouveau un moment, puis se laissa raccompagner jusqu'à sa chambre. Ils commencèrent alors à lui expliquer. Il se trouvait bien sur Terre et deux cents ans s'étaient écoulés depuis sa mystérieuse cryogénisation. La planète faisait à présent partie d'un système politique appelé « République Galactique Unifiée », et quasiment tout avait changé, en bien mieux.
Les médecins lui révélèrent ensuite que les blessures se trouvant sur sa tête étaient à l'origine de son amnésie. Ils les avaient soignées, mais ignoraient si cela suffirait. Son cerveau paraissait également atteint d'une façon qu'ils n'avaient encore jamais vue. Ils ne pouvaient expliquer comment quelqu'un comme lui s'était retrouvé sur Terre en 2004. Pourtant, les quelques souvenirs qu'il lui restait lui certifiaient qu'il avait autrefois bien vécu sur ce monde. Il se souvenait notamment de New York, de Prague et de pays d'Asie. Les réflexes dont il avait fait preuve le conduisirent à penser qu’il fut une sorte de combattant. Étrangement, sa mémoire sémantique n’était pas atteinte. Il se rappelait les connaissances acquises au cours de sa vie, sur l'histoire de la Terre, sa géographie, certaines œuvres littéraires, des films, etc., mais il ne se rappelait pas dans quelles circonstances il les avait acquises. Il essaya de se souvenir au début, avec l’aide des médecins, mais rien ne lui revint et il décida de passer outre. L'époque dans laquelle il venait de débarquer était si formidable qu'il voulut l'embrasser entièrement, sans être lesté d'un passé potentiellement chargé et peu reluisant. C'était une nouvelle opportunité fantastique, une nouvelle vie.
Dès les premiers jours, il se montra d'une curiosité insatiable, apprenant le plus possible sur l'histoire de la Terre après 2004, la R.G.U, les autres systèmes, les cultures, etc. Les médecins furent soulagés de le voir réagir ainsi. Pour sa main droite, ils lui proposèrent de la chirurgie régénératrice, mais il préféra opter pour une prothèse mécanique, à leur grand étonnement.
Peu de temps après, Léo entra à l'I.G.S.D, section Services Secrets au début, et y gravit les échelons grâce à ses succès au cours de nombreuses enquêtes et plusieurs missions qu'il avait brillamment conduites. Parmi ses exploits les plus fameux, il y eut la résolution de l’affaire du Tueur aux signes en 2204, la lutte contre l'Expenseur la même année, la destruction du Colonel droïde Gark en 2207 et, plus récemment, l’affaire Liquide Secret en 2208. Reconnu par un grand nombre de ses pairs, il jouissait d'une grande notoriété au sein de l’I.G.S.D, mais aussi auprès d’un nombre croissant d’habitants de la R.G.U et d'ailleurs, non seulement pour ses exploits et ses voyages dans la Galaxie, mais aussi pour son lien particulier avec les Orionis.
Aux yeux des ennemis de la République et de l’I.G.S.D, la célébrité de Léo était en progression constante. Elle s’était notamment agrandie du fait de la Guerre Kazénienne qui eut lieu de mars à août 2205, un conflit ayant opposé la République à des mondes hostiles à ce système. Il y fut éblouissant, à tel point qu’au fil du temps, il fut identifié comme le protecteur numéro un de la République. Bien que la plupart le détestassent pour cette raison, d’autres reconnaissaient son courage, son génie stratégique et, parfois, sa clémence. Certains le craignaient aussi, car des rumeurs, dont seule la moitié serait fondée, circulaient à son sujet sur le fait qu’il serait impitoyable si on tentait de s’en prendre aux personnes qui lui étaient chères. L’exemple des Rigabests qui, en janvier 2206, avaient osé enlever Radia, sa femme, était encore dans les mémoires.
Ces quatre années défilèrent rapidement dans son esprit et lui firent prendre conscience du chemin parcouru.
Aujourd’hui âgé de vingt-neuf ans, Léo s'était intégré à cette époque et à ce système bien au-delà de ses espérances initiales. Tout ne fut pas facile, loin de là, mais pour rien il ne changerait et il se battait pour le préserver d'ennemis divers.
La réalité de l'instant présent le rattrapa. Bien installé dans son fauteuil, il considéra son bureau un instant.
À côté de son écran holographique tactile, rattaché à un clavier fin aux icônes lumineuses incrustées dans la table, une pile de dossiers côtoyait une boîte de stylos affublés du blason de l'I.G.S.D. Plus à l'écart se trouvait une holophoto de famille où Radia, lui et leurs enfants – les faux jumeaux John et Lucie nés en 2206 – affichaient un sourire rayonnant. En la regardant, il songea au fait que son boulot lui prenait presque tout son temps. Il espérait à l'avenir pouvoir être plus souvent avec eux, mais le rythme était si trépidant, si exaltant aussi. Derrière se tenaient deux étagères dotées de tiroirs remplis de livres et de dossiers classés.
En tant que chef d'équipe, il avait droit à un bureau privé situé dans une pièce à part, mais il s'en servait uniquement comme lieu de rangement, préférant un simple bureau à côté de ses agents. Il voulait rester près d'eux, les aider ou leur indiquer la marche à suivre au cours d'une affaire ou d'une mission. C'était son côté paternel, pratiquement identique à celui qu'il avait à l'égard de ses enfants, qui était ressorti quand il était devenu chef d'équipe.
Soudain, Léo perçut un tintement subtil et agréable. Il sut tout de suite de quoi il s'agissait, ou plutôt de qui.
Un intense rayon d'une pure lumière bleu clair apparut subitement, à la surprise des autres. La lumière douce, radieuse et divine, n'aveuglait pas et était apaisante. Une forme commença à se matérialiser et l'éclat de la lumière diminua progressivement jusqu'à sa disparition complète.
Un individu se tenait maintenant à la place du rayon. Grand, maigre, la peau grise et bleu ciel, les yeux d'un bleu profond, une aura de lumière l'entourait.
C'était un Orionis.
Il n'était pas courant de voir un Orionis faire une telle apparition surprise. Le silence médusé des agents dura plusieurs secondes et avait quelque chose de comique. Le nouveau venu, très souriant, sembla s'amuser de la situation.
— Ah ! C'est chaud ! C'est chaud ! s'écria Oarus qui venait de laisser tomber le gobelet de kaac, surpris de voir l'Orionis ici, et de se brûler avec le liquide chaud.
— Heureux de vous revoir, Ranambaranaï, salua Léo, ravi en effet mais qui s'attendait à ce que cette venue ne soit pas une simple visite de courtoisie.
— Bonjour, Général… Vous avez raison, je ne suis pas là par hasard, confirma l'Orionis qui venait de lire instantanément dans les pensées de Léo rien qu'en le regardant avec ses yeux perçants.
— Qui y a-t-il de si urgent pour qu'un Orionis se matérialise dans notre dimension ? demanda Flurya en le fixant de ses yeux vert émeraude.
Ranambaranaï joignit ses mains aux doigts longs et fins dans une attitude calme et posée, signe qu'il devenait sérieux. Cette disposition de ses mains permettait à son énergie intérieure de circuler différemment, ce qui avait pour conséquence de détendre et de clarifier son esprit.
Il déplaça son regard sur chaque agent présent en face de lui, comme s'il passait leur être au peigne fin. Il connaissait Léo depuis le réveil de ce dernier en 2204 et avait depuis toujours gardé un œil sur lui avec ses semblables, et ce pour une raison bien particulière…
— L'affaire Orxana, répondit-il. Elle a fait l'objet d'une séance de la Chambre Blanche des Voix Infinies, constituées de membres de la Fraternité Stellaire.
— En effet, c'est sérieux, commenta Léo.
Les agents exprimèrent leur inquiétude à ce sujet.
L'évasion d'Orxana avait vu périr tous ses geôliers et Raz'en Yu, le directeur de la prison. Cela faisait déjà plusieurs jours que les prisonniers s'étaient évadés de ce centre pénitentiaire pourtant très surveillé. Les trois quarts d'entre eux, après s'être renommés les « N-7 », avaient attaqué des planètes républicaines et causé des dégâts importants, mettant à cran toute la République. Les agences I.G.S.D des planètes attaquées semblaient incapables de retrouver les fugitifs, sans compter qu'un quart des prisonniers avait mystérieusement disparu.
— Excusez-nous, Monsieur, intervint Hurok en s'adressant à l'Orionis, mais nous ne sommes pas chargés de cette affaire.
— J'en ai parlé avec Monsieur Stun, votre Ministre de l’Intérieur, qui m'a donné son accord pour que vous puissiez mener cette enquête si vous le désirez, répondit Ranambaranaï.
— Attendez, pourquoi faire appel à nous ? questionna Réchele intriguée.
— Dans les dimensions supérieures, vous êtes connus de tout le monde. D'une part parce que nous avons accès à toutes les informations qui puissent exister, et d'autre part, nous connaissons l'évolution de chaque être. Votre groupe rassemble des énergies très diverses, l'évolution spirituelle des uns entraînant plus haut celle des autres et réciproquement, expliqua-t-il.
— Je ne vois pas vraiment où vous voulez en venir, fit Noémie quelque peu sceptique. Vous nous auriez choisis parce que, spirituellement, on évolue tous en même temps. Et vous vous fiez à ça au lieu de vérifier nos états de service ? s’étonna-t-elle.
— Précisément, approuva l’Orionis. Vos états de service parlent d’eux-mêmes, mais c’est le groupe que vous formez qui est intéressant. Parce qu’il est en même temps une somme d’individualités et un tout.
—… C’est-à-dire ? fit Oarus hésitant.
— Eh bien… Léo ayant accompli de hauts faits d’armes. Il est héroïque et intelligent, mais ses problèmes d’amnésie l’empêchent d’avancer. Flurya, sensible à la nature qui doit apprendre à s’épanouir davantage, à se détacher de sa culture pour enrichir son peuple d’un nouvel art de vivre. Hurok, humble et sage, qui a tout d’un vrai mentor. Ensemble, vous formez un trio de personnes plutôt mûres.
— Et les jeunes ? fit Léo en désignant Oarus, Réchele et Noémie.
— Élémentaire… Noémie, brillante, généreuse et battante, mais qui doit encore apprendre à maîtriser ses émotions. Réchele, solide et sensible à la fois, qui doit apprendre à discipliner son mental pour mieux maîtriser ses dons. Et Oarus, dont l’humour est la meilleure arme qu’il puisse disposer en cas de difficulté, mais qui doit avoir davantage confiance en lui. Vous formez un trio de jeunes gens désireux de faire leurs preuves, prêts à recevoir les enseignements de Léo, Flurya et Hurok, dit-il en s’approchant à chaque fois des agents concernés.
L’Orionis venait d’exposer clairement les traits de caractère de chacun. Les agents se regardèrent tour à tour, surpris, intrigués, mais ils savaient qu’il disait vrai.
— Je pense qu’on a tous conscience de former un groupe soudé après tout ce qu’on a vécu et que chacun doit s’améliorer, admit Léo.
Ses coéquipiers approuvèrent.
— Vos cheminements intérieurs respectifs pourraient amener, sur du long terme et si tout se passe bien, des changements salutaires dans la Voie Lactée, conclut Ranambaranaï enthousiaste.
— À ce point-là ? s’étonna Hurok.
— Oui. Sachez que la Fraternité aurait pu effectivement évoquer une autre équipe que la vôtre pour cette affaire durant la séance de la Chambre Blanche. Mais dans les plans subtils, ils se déroulent des choses très intéressantes…
— Quelles choses ? demanda Flurya
— Rien que vous ne puissiez voir avec vos yeux normaux.
— Vous semblez vouloir dire que chacun va faire de grandes choses, devina Réchele.
— Vous êtes très perspicace, Réchele, même sans vos pouvoirs psychiques.
— Pense à lui faire répéter ce compliment et à l’enregistrer. Sur un holo-CV, c’est un coup à t’ouvrir toutes les portes, glissa Oarus en plaisantant à l’oreille de sa collègue qui appréciait le compliment de l’Orionis à sa juste valeur.
— En tout cas, rien ne vous oblige à accepter cette enquête, poursuivit Ranambaranaï. Vous avez le choix.
Léo se retourna vers ses agents pour connaître leurs avis, chose naturelle qu'il avait l'habitude de faire par respect envers eux. Tous hochèrent positivement la tête.
— Eh bien, c'est d'accord !
L’Orionis afficha un air satisfait.
— Très bien. Tous les agents répartis dans la Galaxie recevront un communiqué pour qu'ils sachent que vous gérez cette enquête. Cependant, étant donné que cette mission possède aussi un caractère spirituel, la Fraternité Stellaire a décidé d'envoyer des êtres de bonne volonté pour apporter la Lumière dans les planètes ravagées…
— C’est une bonne nouvelle, approuva Flurya soulagée et contente.
— Oui. Et c’est aussi pour cette raison qu’elle a également décidé de joindre quelqu'un à votre équipe.
Il y eut un flash de lumière, puis un humain apparut subitement à côté de l'Orionis.
Âgé de trente et un ans, l'humain mesurait un mètre quatre-vingt. Plutôt mince, il avait le crâne rasé, un visage très séduisant et des yeux marron clair. Il dégageait une autorité naturelle et une grande luminosité. Il était vêtu d'une tenue de moine Shaolin en soie rouge, d’une ceinture noire, et de chaussons noirs aux semelles blanches conçus pour le combat. Le col et le bord des manches de ce vêtement arboraient discrètement une couleur orange.
Il portait deux étuis de cuir dans le dos, tenus par un système de lanières, dans lesquels étaient respectivement rangées une lame et une baguette qu'il utilisait pour réaliser des opérations et des rituels occultes. Il portait également un médaillon autour du cou. Il s’agissait d’un serpent d’or mordant sa queue flanquée le long de son corps de neuf étoiles. L’espace central était occupé par trois bandes colorées horizontales, une en rouge au-dessus, une en noire au milieu et une en blanc en dessous, et enfin un fin trait jaune séparait le rouge du blanc.
Les agents comprirent qu'il s'agissait d'un mystique. Rien qu'en le regardant, tous ressentaient la puissance spirituelle, la sagesse, l'intelligence et la compassion qui émanaient de cet individu. Ils regardaient le nouveau venu avec curiosité tandis que celui-ci se contentait de leur sourire poliment.
— Je vous présente un homme de confiance, dit l'Orionis en désignant le mystérieux individu qui les saluait en s’inclinant légèrement avec respect. Il sera le représentant de la Fraternité parmi vous.
— Merci, Ranambaranaï, fit Léo. Nous ferons tout pour régler cette affaire.
— Oh, mais j'en suis sûr, assura-t-il en souriant. Je dois maintenant vous laisser, Général. Au revoir, et bonne chance.
L'Orionis disparut dans le même rayon de lumière bleu.
Le nouveau venu s'avança vers les agents.
Léo le regardait et avait en lui l'étrange impression de l'avoir déjà rencontré. Flurya, quant à elle, ressentait quelque chose de particulier à la vue de cet homme…
— Je m'appelle Taona, se présenta l'individu. C'est un plaisir de faire équipe avec vous, Général Hawkins.
— Le plaisir est partagé, dit Léo en lui serrant la main. C'est étrange…, dit-il intrigué. Est-ce que nous nous sommes déjà rencontrés ?
— C'est possible, Général. C'est bien possible…

Chapitre 3
Le Trinité et la Chambre Blanche des Voix Infinies

Quelque part, à la frontière séparant la Voie Lactée de l’espace intergalactique…

Loin des mondes habités de la Galaxie, l’immense vaisseau mère Trinité, auréolé d’une lumière resplendissante et de couleurs chatoyantes qui nimbaient sa surface, exposait fièrement sa forme singulière de triquetra évidé, défiant la froide obscurité de l’espace. Le brillant Capitaine Xantor Soliclès, originaire d’Euxas, une planète située dans le Septième Cercle, était chargé de cet appareil sublime et de son équipage, tous au service de la Fraternité Stellaire. Il avait la responsabilité de surveiller cette partie de la frontière galactique, secouée depuis quelque temps par des assauts timides, mais répétés, des forces sombres du Troisième Cercle, soumises aux puissances ténébreuses du Bas-astral.
Du haut de ses plus de douze mille ans d’existence, calculés en temps humain, Xantor avait vu, expérimenté et appris une infinité de choses, mais conservait encore dans son cœur l’extrême humilité de ceux qui étaient loin de tout savoir. La douceur de son tempérament n’avait d’égal que son incroyable et inépuisable sagesse. Au-delà du fait qu’il pouvait modifier sa forme physique à volonté, Xantor avait pour le moment préféré prendre l’allure d’un homme aux longs cheveux blancs, les yeux d’un violet vif, et un corps vigoureux sans la moindre cicatrice. La conscience spirituelle du Capitaine, irradiante et divine, était si intimement reliée à la cyber-entité, permettant au Trinité de fonctionner, qu’il pouvait en ressentir les moindres atomes. Cette cyber-entité, nommée Aube, était un métalogiciel complexe dont les circuits à fractals quantiques intégraient une infinité de matrices spirituelles chargées de jeunes étincelles de vie reliées entre elles, toutes programmées pour apporter énergie, connaissance et conscience à l’ensemble du Trinité. Le moment venu, ces étincelles de vie étaient respectueusement confiées à l’Universel, car elles arrivaient à une plus grande maturité et devaient poursuivre un cycle d’évolution ailleurs. La technologie de cet appareil dépassait l’entendement, au point que les notions de temps et d’espace ne signifiaient plus rien.
— Capitaine Xantor, appela la cyber-entité avec une voix féminine particulièrement sereine.
— Oui, Aube ?
— J’ai repéré des sursauts d’énergie négative qui ont tendance à s’approcher de notre position.
— Des sursauts ? demanda Xantor étonné.
— Oui. Ce sont des fréquences qui me parviennent et disparaissent dans la foulée.
— À quel jeu joue encore l’Ombre ?
— C’est sans doute une ruse.
— Très certainement, concéda Soliclès. Est-ce la même stratégie employée que la fois dernière ?
— Possible.
— Pour le bien de la Voie Lactée, nous ne pouvons pas laisser l’Ombre entamer des incursions depuis l’espace intergalactique de ce Groupe local.
— Quelles sont vos instructions, mon Capitaine ? demanda le métalogiciel.
— Être vigilant pour le moment.
— Capitaine, je remarque de multiples mouvements agressifs provenant de plusieurs directions, signala Aryôn Krîga, un des nombreux Officiers du Trinité.
Xantor considéra le ton sérieux que venait d’employer son ami Aryôn, signalant clairement que quelque chose n’allait pas. Originaire d’une planète située dans le Sixième Cercle, l’Officier Krîga connaissait le Capitaine depuis des siècles, et même depuis plus longtemps encore au regard des incarnations qu’ils avaient jadis vécues ensemble dans le Troisième Cercle.
— Très bien, décida Soliclès. Aube, es-tu prête à passer à l’action ?
— Pour la Lumière de l’Universel, toujours, répondit la cyber-entité.
— Parfait. Alors programme la manœuvre de la fleur qui tourne vers le noir.
— À vos ordres.
Le Trinité se mit à tourner dans le sens anti-horaire des aiguilles d’une montre. Ce mouvement eut pour conséquence d’attirer comme un aimant les énergies négatives du secteur afin de mieux les contrôler. Sur toute l’énergie captée, une partie était récupérée et stockée dans des réservoirs énergétiques destinés à de nombreux usages. De façon générale, l’énergie négative n’était pas mauvaise en soi. Au contraire, elle jouait même un rôle essentiel dans le processus de toute vie, mais tout dépendait en réalité des intentions de son utilisateur.
Au fur et à mesure que le sublime vaisseau effectuait ses rotations, des quantités d’énergies cosmiques furent mises en lumière, aspirées et drainées. Ce système permit à tout l’équipage à bord, de mettre en évidence plusieurs engins spatiaux, aux tailles variables, aux formes acérées et aux couleurs sombres.
— C’est une petite flotte de l’Ombre qui vient d’une autre galaxie du Troisième Cercle. Ils ont été surpris par notre manœuvre et se rendent maintenant compte qu’ils sont vulnérables aux scans télépathiques, informa l’Officier Krîga après analyse des appareils ennemis qu’il effectua avec sa conscience. Ils mettent en place des barrières occultes pour se protéger de nous et passer à l’attaque.
— Ils n’ont pourtant rien à craindre de nous, mais ils ont des projets pour cette Galaxie, regretta Xantor. Activez les projecteurs de lumière théurgique et préparez les canons de transmutation en cas d’attaque.
Les armes du Trinité s’enclenchèrent. Les projecteurs diffusèrent une lumière radieuse en direction des engins adverses, mais ceux-ci ne semblèrent pas atteints à cause des protections qu’ils avaient eu le temps d’activer.
— Je dois admettre que leur ingéniosité et leur persévérance sont remarquables, reconnut Xantor en observant la manœuvre des forces obscures grâce à ses sens multidimensionnels.
— Capitaine, ils amorcent une manœuvre d’attaque ! alerta Aube.
— Bien. Soyons vigilants.
Les vaisseaux de l’Ombre se déplacèrent en traçant plusieurs rondes autour du Trinité qui se trouva pris dans une sorte de cage sphérique impossible à franchir. Les engins tirèrent sur le vaisseau de la Fraternité Stellaire sans sommation.
— Leur attaque était prévisible, rassura Xantor. Aube, examine les cycles futurs et estime nos chances de succès.
— Elles sont de 92,37 %, Capitaine.
— Notre taux de réussite était jusqu’à présent aux alentours des 98 % face à une attaque coordonnée de l’Ombre, souleva Soliclès. Qu’est-ce qui a bien pu changer ?
— Cela m’est inconnu pour le moment, mais a priori, cela fait partie du Plan de l’Œuvre, répondit Aube. Voulez-vous un panorama détaillé des réalités alternatives ?
— Inutile. Merci, Aube.
— Nos boucliers pentaculaires absorbent leurs tirs, informa l’Officier Krîga.
— Montrons-leur qui nous sommes. Délestez l’énergie cosmique accumulée.
— Bien, mon Capitaine.
Les boucliers tapissant toutes les métaparois du Trinité furent sur le point de libérer une quantité phénoménale d’énergie cosmique, lorsqu’un tir en dehors du périmètre de la zone de combat toucha le vaisseau de la Fraternité Stellaire.
— Aube, est-ce que tout va bien ? s’enquit Xantor.
— J’ai ressenti une violente douleur à l’impact, expliqua la cyber-entité. Je convertis déjà une partie de stocks d’énergies vitale en lumière de guérison pour régénérer les métaparois.
— Prends toutes les dispositions nécessaires pour soigner le Trinité.
— Xantor, ils nous ont tendu un nouveau piège, expliqua Aryôn.
— Je sais. Pendant que des appareils de l’Ombre nous occupent en nous encerclant, d’autres vaisseaux attendent de l’extérieur afin de viser les petites failles de nos instruments… Et j’avoue que ça m’interpelle.
— L’Ombre est bien décidée à se soulever.
— En effet. Pour l’heure, tâchons de leur transmettre un message : la Fraternité Stellaire ne capitule jamais.
— Je demande à Aube de passer en mode offensif, décida Krîga.
Le Trinité renforça d’abord ses défenses et se télétransporta à l’extérieur de la cage tracée par les appareils de l’Ombre. Le vaisseau de la Fraternité Stellaire réapparut juste à côté, et ses ennemis lui tirèrent dessus. L’appareil lumineux absorba les tirs et projeta une vague d’énergie qui neutralisa les engins adverses. De nouveaux engins mécaniques au service de l’Ombre sortirent de leur cachette et s’en prirent au Trinité qui tirait avec ses canons de transmutation. Les tirs des forces obscures, à base d’énergie négative, étaient aussitôt transmutés dans sa polarité opposée, les rendant ainsi inoffensifs. Ces manœuvres d’évitement n’empêchèrent pas les occupants du Trinité d’employer la force. Il tirait des éclairs dorés dans tous les sens qui foudroyaient ses adversaires avant de les faire exploser.
Pendant ce temps, le Capitaine Soliclès créait plusieurs clones de lui-même par la pensée afin de guider dans le Quatrième Cercle chaque âme ayant perdu la vie dans les engins de l’Ombre. Si la bataille tournait dorénavant à l’avantage du Trinité, l’équipage à bord du vaisseau lumineux n’était pas encore au bout de ses surprises. En effet, trois immenses navires de guerre de l’Ombre firent leur apparition, avec la ferme intention d’envoyer un message à toute la Fraternité Stellaire. À peine arrivés, ces cuirassiers obscurs tirèrent des rafales d’armes sales sur le Trinité. Les tirs ricochèrent à bonne distance de la coque grâce aux boucliers pentaculaires activés précédemment.
— Ils étaient là depuis le début, mais ils se sont servis de ces malheureux pour créer une diversion afin de nous affaiblir, comprit rapidement l’Officier Aryôn.
— Exactement, acquiesça Xantor. Hélas pour eux, c’est bien mal connaître le Trinité. Le cœur de ce vaisseau a été conçu dans l’amour flamboyant que se portait une myriade de galaxies jusqu’à leur fusion totale.
— Dois-je enclencher le lancement des foudres solaires ? demanda Aube.
— Active plutôt les missiles des mondes mourants, préféra Xantor. Je voudrais éviter que de nouvelles âmes soient perdues et préservent encore leur chance de s’éveiller durant leur incarnation dans le Troisième Cercle.
— Bien, mon Capitaine.
Des sphères lumineuses de plusieurs couleurs furent projetées du vaisseau de la Fraternité Stellaire et se dirigèrent vers les trois immenses bâtiments de guerre de l’Ombre. Ces derniers ne manquèrent pas de répliquer en larguant leurs missiles d’annihilation, mais la plupart se désintégrèrent au contact des sphères rayonnantes qui vinrent percuter les adversaires du Trinité. Il y eut une explosion de lumières vives, colorées et douces. Seule la matière était littéralement vaporisée, mais les individus présents dans ces navires de guerre demeuraient physiquement intacts. En revanche, la charge énergétique que reçurent certains tourmenta leur esprit en les tournant vers la Lumière. Malgré tout, les forces obscures ne désespéraient pas et poursuivaient le combat en tentant de réduire en poussière le Trinité. La puissance de leurs armes était telle qu’elle secouait le vaisseau de la Fraternité, sans l’endommager grâce à ses boucliers pentaculaires, mais l’Ombre n’avait encore dit son dernier mot.
— Capitaine, des champs magnétiques à polarité inversée déstabilisent nos boucliers. Si ça continue, cela va générer des failles dans lesquelles leurs armes pourront s’engouffrer, alterta l’Officier Krîga.
— Aube, enclenche la manœuvre de la fleur qui tourne vers le blanc, ordonna Xantor.
— Oui, Capitaine.
Le Trinité effectua un mouvement de rotation dans le sens horaire des aiguilles d’une montre et étincela de mille feux. Les tours qu’il accomplissait propulsèrent des rayons d’énergie qui passèrent au travers les vaisseaux de l’Ombre, tout juste entrés en phase un instant auparavant.
— Que le Divin nous protège, pria Aryôn, surpris par la manœuvre habile de ses adversaires.
Des tirs ennemis percutèrent à nouveau le Trinité, passant même à travers les failles magnétiques signalées par Aryôn précédemment. La surface du vaisseau fut touchée. Une explosion eut lieu, mais aucun occupant de l’appareil ne constata de dégâts. Cependant, Aube avait poussé un cri douloureux au moment de l’impact. Le Capitaine Xantor semblait également affecté, vu son lien avec la cyber-entité.
— Aube, est-ce que ça va ? s’enquit Soliclès.
— Un peu secouée, mais tout va bien.
— Si tu en as la force, emploie tous nos moyens de défense pour les repousser, intima Xantor. Pendant ce temps, je vais me démultiplier afin d’apaiser ses âmes perdues.
— Entendu, Capitaine.
— Cela faisait longtemps que l’Ombre n’avait pas paru aussi organiser. Ses représentants nous ont beaucoup étudiés pour en arriver là, analysa Xantor.
— Qu’est-ce que cela signifie ?
— Seul le Divin Suprême le sait.
Xantor Soliclès se concentra rapidement, manipula l’Énergie Universelle, et créa des doubles de lui-même, à l’extérieur du vaisseau, reconnaissables par leur aura magnifique. Ils volèrent vers des engins de l’Ombre qui orientèrent une partie de leurs tirs dans leur direction, mais ces attaques les traversèrent sans les atteindre. Les doubles pénétrèrent facilement dans les vaisseaux adverses et bombardèrent d’énergie spirituelle élevée les lieux et les individus négatifs. Cela engendra une telle déstabilisation, un tel chaos, que les tirs sur le Trinité cessèrent et que le repli stratégique des trois navires de guerre échoua lamentablement. Ils se mirent à se tirer dessus et achevèrent de s’autodétruire.
Le Capitaine fit disparaître ses doubles et considéra les occupants de son navire lumineux pendant un instant.
— La Chambre Blanche des Voix Infinies doit se réunir d’ici peu. Nous devons prévenir Yélen de ce qui vient de se produire ici, et l’informer que l’Ombre se soulève. Ouvrez les canaux télépathiques et diffusez le message à tous nos frères et sœurs.
***
Dans le Cinquième Cercle, en orbite autour de Gayaelle…

Les merveilleux occupants de Belle-Âme contemplaient Gayaelle, planète qui incarnait la renaissance de la Terre. Renaissance qui trouvait son origine dans l'Ascension de Démétria, du Troisième Cercle, le monde physique, au Cinquième Cercle, le monde de la conscience, en l'an 2012.
À cette époque, l'esprit de la Terre, appelé Démétria, n'en pouvait plus des activités pernicieuses des Terriens ayant cours depuis longtemps. Elle décida de quitter son enveloppe corporelle du Troisième Cercle, afin de s'élever dans une dimension supérieure, un plan d'existence subtil dont l'accès n'était autorisé qu'aux êtres ayant réalisé l'Éveil. Cette Ascension eut pour effet de laisser un globe inhabitable dans le monde physique. Certains humains, ayant une conscience suffisamment élevée, ascensionnèrent avec Démétria et passèrent dans le Cinquième Cercle pour vivre sur la magnifique planète Gayaelle, désormais nouveau lieu de résidence de l’esprit originel de la Terre. Les Terriens restés dans le Troisième Cercle constatèrent, après plusieurs jours d’exode spatial à bord des vaisseaux de la Fraternité Stellaire, la miraculeuse régénération environnementale de leur planète due à l’incarnation d’un nouvel esprit, nommé Cérésis. Cette résurrection incita les humains à rebaptiser leur monde « Terre II », un changement symbolisant le nouveau départ qu’ils souhaitaient prendre.
Vaisseau titanesque dont la surface externe et interne revêtait une douce luminosité, Belle-Âme fut créé quelque temps après l'Ascension de Démétria dans le Cinquième Cercle, en vue d'accueillir tous les membres de la Fraternité Stellaire pour leurs missions communes à l'avenir. Cet appareil rappelait à tout le monde que la planète Gayaelle était un lieu de rencontre entre les civilisations et les êtres multidimensionnels, rappelant l’alliance indestructible unissant des peuples d'outre espace, fondée sur l'Amour, la Paix et la Sagesse.
Une douce impulsion télépathique informa les occupants du vaisseau que la séance de la Chambre Blanche des Voix Infinie allait commencer.
La salle se remplissait progressivement, sans le moindre bruit, car chaque nouveau venu veillait à respecter la quiétude du lieu.
Des rangées de confortables fauteuils bleu azur, disposées en gradins, occupaient la majeure partie de la salle et permettaient une vision claire de son centre. Les murs réfléchissaient partout une douce lumière dorée qui mettait en valeur les décorations florales et géométriques dessinées dessus. Dès que les portes se refermaient, elles semblaient comme absorbées par les murs et restaient totalement invisibles. L'usage de la pensée permettait de faire fonctionner le mécanisme d'ouverture et de fermeture des portes, grâce à une application ingénieuse de l'énergie du cristal. C'était une très belle salle, vaste, à la capacité d’accueil impressionnante, conçue spécialement pour équilibrer les énergies de ceux qui se trouvaient à l'intérieur. Elle était toujours aménagée en fonction des besoins de la Fraternité Stellaire.
Tous les êtres qui arrivaient étaient beaux et une sagesse immense émanait d'eux. Parmi eux, des individus représentaient diverses planètes, systèmes, galaxies, ou encore des mondes de l'Anti-Univers ou des dimensions supérieures, c'est-à-dire les Cinquième, Sixième et Septième Cercles et au-delà. En fait, la Fraternité Stellaire regroupait des êtres très éveillés spirituellement, originaires de tous les recoins de l'Œuvre de l'Universel, dans le but de stimuler l’évolution de chacun vers la Lumière divine.
Une fois tout le monde installé sur les confortables fauteuils, une musique d'une douceur incroyable fut diffusée pour détendre toutes les personnes présentes dans la salle. Cette merveilleuse mélodie avait la surprenante faculté d'augmenter les facultés intellectuelles et émotionnelles de celui ou celle qui l'écoutait. À la fin de l’écoute, tous se recueillirent dans une courte méditation collective afin d'être guidé par la Lumière de l'Universel.
La méditation terminée, un homme doté d'une aura resplendissante se leva, s'avança au centre de la salle et se mit à l'intérieur d'un cercle blanc lumineux incrusté dans le sol. Ce cercle était destiné à créer une connexion télépathique entre l'orateur et l'assistance. Chaque participant pouvait s'exprimer quand il le désirait à condition qu'il en formule la demande intérieurement, et grâce à la magie de l'interconnexion télépathique, la parole lui était automatiquement donnée au moment le plus opportun, sans jamais indisposer ou irriter quiconque. Les conversations étaient toujours empreintes de respect et de sagesse, et jamais une parole prononcée n’était blessante.
L'homme, mesurant un mètre quatre-vingt-dix, était habillé d'une toge fine en or qui allait très bien avec ses longs cheveux soyeux de même couleur. Avec son aura blanche qui dégageait une force spirituelle inouïe, donnant un aspect très lumineux à son apparence sans pour autant aveugler, son visage arborait une beauté ineffable et mystérieuse renforcée par la couleur profonde de ses yeux bleus. Une beauté incomparable avec ce qui se trouvait dans les mondes du Troisième Cercle.
Cet individu se prénommait Yélen Béron, un humain originaire de la Galaxie Riaghil située dans le Huitième Cercle. Pourtant âgé de plusieurs milliers de vies humaines, son apparence était celle d'un beau jeune homme de vingt-cinq ans. Bon, loyal et sage, il détenait un grand talent d'orateur et possédait des pouvoirs psychiques très étonnants. Il pouvait notamment faire apparaître des objets rien qu'en manipulant l'Énergie Universelle, Source de toute chose, par la seule force de sa pensée.
Yélen dirigeait cette séance de la Chambre Blanche, en raison de l'absence momentanée du Commandant de la Fraternité Stellaire, Alka Zorna, qui devait suivre une initiation particulière dans une galaxie lointaine, obligeant ce dernier à ne pas se servir de ses pouvoirs.
— Mes frères et sœurs d'outre espace, je vous salue et vous souhaite la bienvenue ! annonça-t-il de sa voix puissante, ferme et séduisante. Je vous remercie du fond du cœur d'avoir répondu à mon appel. Que la Lumière de l'Universel nous guide.
Yélen fixa son auditoire.
— Je pense que vous connaissez tous les motifs de notre réunion, fit Yélen en regardant l'assistance.
Tout le monde acquiesça.
Une conversation télépathique, faite de visions et de flashs très précis, commença entre les différents membres de la Fraternité Stellaire. Ces visions relataient le déroulement de l'évasion d'Orxana dans les moindres détails. Toute l’assistance avait beaucoup de peine pour les victimes, mais aussi pour les prisonniers. Les personnes présentes dans cette salle ne faisaient aucune différence entre les bourreaux et leurs victimes, car elles avaient suffisamment de sagesse pour voir les raisons de toutes choses et comprendre que dans les deux cas, la souffrance était présente.
Au terme de cette conversation mentale collective, Shaïn, natif de l'étoile Mintaka de la constellation d'Orion (Delta d'Orion), grand, maigre, une grosse tête, un visage émacié, des yeux amendés assez larges, demanda intérieurement à prendre la parole. Yélen perçut cette demande et la lui donna.
— Si nous décidons d'intervenir, nous devons avant tout préserver le libre arbitre de chaque être faisant l'expérience de la densité à l'échelle tridimensionnelle, comme nous l'avons toujours fait, conseilla-t-il.
— Parfaitement, Shaïn, approuva Yélen. Cependant, l'Ombre a gagné trop de terrain en un rien de temps et dans ce contexte, elle constitue plus une « menace » pour l'évolution spirituelle des êtres qu'une opportunité d'évolution. D’ailleurs, j’ai appris que le Trinité, commandé par le Capitaine Xantor Soliclès, a été attaqué par l’Ombre aux abords de la Voie Lactée. Lui et les occupants du vaisseau n’ont rien, mais la témérité et l’ingéniosité dont les forces obscures ont fait preuve posent question.
L’assistance fut relativement étonnée par cette information, mais la considéra avec sagesse.
Une Vénusienne du Cinquième Cercle, qui s'appelait Ama, d'une beauté éblouissante, participa au débat qui venait de commencer.
— Dans ce contexte où l'Ombre cherche à voiler la Lumière, je tiens à rappeler que l'Ombre demeure néanmoins un facteur d'évolution spirituelle pour toute vie. Évidemment, nous devons intervenir pour l'empêcher d'étendre sa domination quand cela s'avère nécessaire. Je propose la création de groupes d'interventions pour accomplir une mission dans le Troisième Cercle à caractère spirituel afin d'endiguer les forces obscures.
La proposition d'Ama fit l'objet d'une étude plus approfondie.
— L’idée est intéressante, déclara Odan, un être à la peau bleue de la Galaxie Oubéa, située dans le Septième Cercle. Mais, nous devons recruter des volontaires très motivés et aptes pour cette mission.
— La motivation est déjà une aptitude en soi, propice au développement de la créativité, enseigna sagement Vala, une humanoïde sublime, originaire de Véga de la constellation de la Lyre (Alpha de la Lyre) dans le Sixième Cercle.
— C'est vrai, reconnut Odan. Cependant, il est préférable que des êtres plus expérimentés interviennent pour gérer cette situation.
— En effet, admit Vala.
— Pourquoi ne ferions-nous pas appel à l'Ordre des Fils de l'Unité ? suggéra Odan aux autres Voix Infinies de la Chambre Blanche.
— Leur présence dans le Troisième Cercle n'est due que dans des cas où la Lumière cesse pratiquement de briller au profit de l'Obscurité. Pour cette raison, les Fils de l'Unité sont déjà très occupés dans différents mondes, expliqua Yélen. Rassurez-vous : s'ils doivent nous apporter leur soutien, ils le feront sans hésiter.
Shaïn prit la parole avec courtoisie.
— Je connais quelqu'un qui pourrait aider activement au rééquilibrage de l'Ombre et de la Lumière, annonça-t-il.
Un silence s'installa et tout le monde sut de qui il s'agissait.
— Je vois, comprit Yélen d'un air songeur en le regardant avec ses yeux perçants. Tu penses à Taona.
— Il est vrai qu'il a toutes les qualités requises pour aider les agents I.G.S.D qui luttent pour ramener l'harmonie, remarqua Ama. Dans le passé, avec plusieurs compagnons, il a réussi quelque chose d'important pour l'Ascension de Démétria et de certains êtres humains. Ils ont ensuite créé la Société Mystique des Étoiles pour guider spirituellement les êtres dans la Voie Lactée.
— En effet, il a accompli énormément de choses, approuva un Orionis nommé Ranambaranaï originaire de l'étoile Al Nitak de la constellation d'Orion (Zeta d'Orion). D'ailleurs, en parlant des agents I.G.S.D, je pense à une équipe qui pourrait être efficace pour cette mission. Celle du Général Léo Hawkins.
— Maintenant que tu en parles, je vois de fortes énergies dans ce groupe et de remarquables connexions, remarqua Odan dont la clairvoyance lui montrait des couleurs subtiles de l’aura de chaque agent de cette équipe.
— Sans oublier que Taona a déjà rencontré Léo durant une précédente incarnation, ajouta Vala.
— Ensemble, ils peuvent accomplir quelque chose d'important, appuya Ama.
— Exactement, approuva l'Orionis. D'ailleurs, peu après l'évasion d'Orxana, leur Surêtre respectif a vibré avec une intensité particulière et les deux ont décidé de faire en sorte qu’ils se rencontrent à nouveau, dans le but de pousser plus loin leur évolution spirituelle respective. Si nous voulons comprendre pourquoi leur source divine agit ainsi, nous devons les laisser mener cette affaire. Il se peut que l’évolution de nombreuses âmes dépende de leur future rencontre et de la décision que nous allons prendre ici et maintenant.
— Je suis d'accord, dit Vala. Il est vrai que leur association rassemblerait autour d'eux beaucoup d'âmes bienveillantes. D'un côté, Léo et ses équipiers, et de l'autre, Taona et des mystiques qu'il a formés et côtoyés. Mais chacun jouera le rôle qu'il aura choisi.
— Toutefois, est-ce que Taona est au courant du passé de Léo ? demanda Odan.
— Non, et il y a des raisons karmiques sous-jacentes à ça, répondit Ranambaranaï. Dans tous les cas, il ne faut pas qu’il le soit pour l’instant afin qu’il puisse accomplir plus efficacement son rôle important de guide spirituel auprès de Léo. D’après ce que je vois dans les plans subtils, il est temps pour le Général Hawkins de connaître la vérité, qu’il plonge en lui-même afin d’avancer sur la voie de l’Éveil… Il a profité de ces quatre dernières années pour bâtir sa vie au sein de la République, mais il ne s’est plus posé de questions sur son passé depuis sa sortie de cryoconservation. Il doit absolument retrouver la mémoire, mais en douceur, et Taona peut l’y aider.
— Étant donné ses liens avec Taona, penses-tu que le destin de cette Galaxie dépend de la disparition de son amnésie ? demanda Shaïn incertain.
— Peut-être… Je pense surtout que retrouver la mémoire lui permettra tout d’abord d’avancer spirituellement, de se comporter différemment et de donner un meilleur sens à sa vie, répondit l’Orionis. Et vu sa popularité au sein de la République, il peut aisément inspirer les autres à entreprendre cette quête du sens, les plaçant davantage sur la voie de l’Éveil. Cependant, le type d’influence qu’il aura sur la Galaxie dépendra avant tout de cette avancée spirituelle qui conditionnera ses pensées, ses choix, ses actes et ses relations.
— Que la Lumière de l’Universel illumine tout son être, bénit Ama.
Un silence paisible s’installa dans la Chambre Blanche.
— J'irai voir Léo et Taona, se proposa Ranambaranaï. Je les connais bien. J'ai été en contact avec eux plusieurs fois.
— Qu'il en soit ainsi, acheva Odan.
Après un moment passé à se concerter sur d’autres sujets, la réunion touchait maintenant à sa fin. Tout le monde sentait que la solution était trouvée.
— Parfait ! Pour résumer, Taona sera avec l'équipe du Général Léo Hawkins pour ramener l'harmonie et des collectifs d'êtres s'incarneront dans cette partie de la Galaxie pour mener en parallèle une mission à caractère spirituel, conclut Yélen. Y a-t-il d'autres propositions, mes frères et sœurs, que vous voudriez soumettre à la Chambre ?
Il n’y en eut pas. Chaque individu présent dans la Chambre Blanche était d'accord sur la marche à suivre.
— Que l'Amour, la Paix et la Sagesse rayonnent en vous, déclara Yélen en guise de conclusion.
Sur ces mots, tout le monde quitta la salle dans le plus grand calme et songea à la mission que chacun se devait d'accomplir pour protéger au mieux les êtres du Troisième Cercle, tout en veillant à ne pas enfreindre les Lois Cosmiques et le libre arbitre de ces êtres.
3
Synopsis :

N’avons-nous pas tous, un jour, souhaité réécrire l’histoire ?
C’est le pouvoir que vont s’octroyer Rose et Alfred le temps d’une nuit, faisant fi des convenances et du passé.
Un roman "pièce de théâtre", bouillonnant, entre rires et larmes, nostalgie et espoir, à l’humanité renversante.


Mon avis :

Enfin posée pour déguster le dernier opus de Sacha Stellie 😃. Je remercie d’ailleurs l’auteur de me l’avoir fait découvrir en avant-première 🤩   
Cette histoire débute sur un enterrement, celui de Jean. Quelle tristesse en plus de la morosité ambiante, ai-je automatiquement pensé...mais connaissant le talent de cette auteure incontournable, j’ai poursuivi ma lecture pleine d’envie et de curiosité.
Dès les premières lignes, le ton est donné, les questions nous assaillent :
Qui est-il ?
Quelles sont tous ces personnages qui gravitent autour de lui, et qui semblent avoir partagé un bout de vie en sa compagnie ?
Et sans crier gare, nous voici happés, plongés, enferrés au cœur de ce récit palpitant, au goût délicieusement rétro, nous transportant dans un autre temps.
Tour à tour, dans un tumulte d’émotions, nous faisons la connaissance de tous ceux qui lui sont chers :
Sa femme Arlette, celle qui fut toujours là pour lui, contre vents et marées.
Ses filles Maud et Mélanie, ô combien agaçantes, mais qu’il chérissait tellement.
Son frère Christian, encore venu faire un esclandre, puis  reparti sans que personne ne le retiennent.
Enfin Carmen, sa mère adorée qui a tant de mal à rester digne devant la perte de son fils. Comment une mère peut-elle supporter de perdre la chair de sa chair ?
Et soudain... la lumière après les ténèbres, l’éclaircie après la tempête. Voici la rencontre de Rose et Alfred ; ceux qui vont apporter un peu de bonheur sur cette journée si triste. Ceux qui vont nous faire rire, pleurer, vibrer.
Qui n’a pas un jour eu l’envie de pouvoir réécrire sa propre histoire ? De réinventer sa vie, de s’imaginer une sublime histoire d’amour pour être heureux une fois encore ?
C’est le luxe que vont s’offrir Rose et Alfred, le jour des obsèques de leur meilleur ami. Faire table rase de leur passé, de leur vécu, pour vivre l’histoire fantasmée d’une union parfaite, celle de  deux cœurs réunis vibrant à l’unisson.
Transporté par la plume délicate et tout en sensibilité de l’auteur, ce roman se déguste par petites touches, à la façon d’un bonbon acidulé, où pour notre plus grand plaisir, s’entremêlent un arc en ciel d’émotions...
Vous l’aurez compris, j’ai plus qu’adoré ce roman, à la fois poignant et bouleversant. J’ai pris mon temps, relu certains passages, retardant sans cesse le moment de quitter ces personnages...
Alors, vous non plus, n’hésitez plus ; foncez découvrir cette petite pépite aux protagonistes bien campés, à ce récit qui réchauffe et émerveille :pouceenhaut:

Ma note :

:etoile: :etoile: :etoile: :etoile: :demietoile:



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4
Mise en avant des Auto-édités / De Circonstance - Nicolas Vallier
« Dernier message par marie08 le sam. 02/01/2021 à 14:21 »
Un roman « De circonstance » pour passer un moment des plus agréables

Avec ce premier roman, « De Circonstance » Nicolas Vallier annonce la couleur de son talent. Une écriture maitrisée et riche, un style soigné, le tout dans une belle plume fluide et agréable.  C’est un roman dont le genre se situe entre le polar et le Feel-good.
La grande force de l’auteur est d’être léger, drôle et humain quelles que soit la situation. Il n’y a aucune noirceur dans l’histoire. Tous les personnages, l’assassin compris, sont attachants et dépeints avec justesse.
Dès le début, le ton est donné ; un humour à demi-teinte « so british », qui correspond parfaitement à la couverture.
Nous faisons ainsi la connaissance d’un jeune cadre nommé Nathaniel. Il a quitté Dijon pour travailler à Paris. Mais la vie n’est pas vraiment ce qu’il avait espéré jusqu’au jour où il bouscule par inadvertance une vieille dame du nom de Anna Marshall Borowski, russe de naissance. Dès lors, la vie de Nathaniel va prendre une direction qu’il était loin d’imaginer. De jeune cadre au sein d’une société de lingerie fine, il devient directeur d’un hôtel à Strasbourg. Mais les choses vont se compliquer.
Je n’en dirais pas plus. Je laisse le soin au lecteur de faire la découverte de ce roman qui est mon coup de cœur.
Aussi, si j’ai un seul conseil à donner, c’est de ne pas passer à côté de cette belle histoire à la fois drôle et humaine que l’auteur nous conte de main de maître.
Un grand bravo Nicolas Vallier




5
Mise en avant des Auto-édités / La Bulle aux Rêves de Lyne Caputo
« Dernier message par Apogon le jeu. 31/12/2020 à 16:55 »
La Bulle aux Rêves de Lyne Caputo


A Christine, Meg et Tiffany,
Qui parsèment d’étoiles mes bulles de rêves.




Prologue :
Des soucis d’été
au goût sucré de l’espoir

1

L’accident de voiture n’avait laissé aucune trace physique autre que des bleus en quantité. Surtout au niveau de la cage thoracique, où désormais en plus d’être douloureux, ces épanchements de sang formaient sous la peau une carte multicolore, qui se teintait du noir le plus profond en son centre pour finir par se diluer en toutes les nuances d’un jaune hideux en périphérie de ce vaste hématome, qui depuis quelques jours recouvrait la quasi-totalité du ventre de Lili.
Psychologiquement, et surtout émotionnellement, c’était une toute autre question. Cinq jours après avoir négocié le rond-point d’une petite ville anglaise dans le sens attendu dans une commune française, Lili n’avait toujours pas repris le volant par peur de commettre un nouvel impair en conduisant. James la pressait de remonter à cheval, comme il aimait à le répéter, jour après jour. Ce qui à la longue avait fini par se révéler être aussi drôle qu’agaçant, vu que ni l’un ni l’autre n’éprouvait de passion pour l’équitation. Et surtout parce que tout comme James, Lili n’avait même jamais tenté de monter sur le dos d’un de ces animaux, qui ne lui inspiraient que des craintes certaines ; en tout cas quand il s’agissait de les chevaucher. Les flatter, les caresser, ou leur donner quelques friandises, pouvait à la rigueur passer pour un moment agréable, à condition que l’animal soit docile, et non pas aussi ombrageux que le dernier que Lili avait eu à approcher lors d’un concours hippique où elle s’était rendue pour faire plaisir à une de ses élèves.
Même Wendy avait fait sa réapparition. Peut-être pour se faire pardonner sa longue absence des derniers mois. A moins que parce que ses relations avec Peter n’étaient désormais plus au beau fixe, c’était avant tout pour fuir son domicile qu’elle rendait à présent visite à Lili aussi souvent qu’elle le pouvait; parfois même plusieurs fois par jour. L’aspect le plus désagréable dans son attitude empressée était que la jolie rousse n’en cessait plus de lui proposer de la conduire où elle le souhaitait. Ce qui n’arrivait que très rarement, car Lili n’avait vraiment envie d’aller nulle part. Enfin, pour être totalement honnête, nulle part en Angleterre.
L’été s’allongeait en pente douce. Le temps était agréablement chaud pour ce mois de juillet, et comme d’habitude, elle avait beau savoir que la fin de la belle saison telle qu’elle était inscrite au calendrier civil était encore bien éloignée, elle ne pouvait s’empêcher de ressentir, en raison de la rentrée scolaire qui aurait lieu dans un peu plus d’un mois, que c’était autant la fin prévisible des vacances que de cet été qui la laissait glacée à la fois dans son corps et dans son âme.
Lili avait accepté de reprendre son poste à l’école publique de la ville, mais absolument pas de retourner travailler pour le cours privé de James. Même si cette fois-ci, elle aurait dû y être payée. Oh! Pas grassement ! Loin de là même. Mais c’était toujours mieux de se voir offrir un poste avec salaire, que de revivre ces mois où elle avait enseigné à la Saint Thomas School for Boys, sans aucune contrepartie financière. Ou autre.
Son ressentiment à l’égard de son mari était toujours bien trop fort pour qu’elle envisage de lui faire plaisir sur ce point. Ou tout autre d’ailleurs.
James ne lui parlait jamais de sa fuite en Louisiane à la toute fin du printemps dernier. Il ne voulait rien savoir sur ce qui s’était passé dans cette contrée lointaine. Ni même connaître, ou chercher à comprendre, les raisons qui avaient poussé sa femme à fuir ainsi. Ce silence convenait parfaitement bien à Lili, qui avait déjà assez de mal à tenir Wendy à distance. Son amie restait persuadée qu’un homme se cachait derrière cette escapade. Et elle aurait tant aimé tout apprendre à son sujet. Evidemment, Wendy n’avait pas tout à fait tort sur ce point, mais comment Lili aurait-elle pu admettre l’existence de la charmante hallucination qui l’avait visitée au cours de l’année passée ? La scolaire, toujours pas l’année civile. Etre prof modifiait définitivement la perception du calendrier.
Si Lili s’était laissée aller aux confidences, Wendy aurait sans doute recommencé à parler de psychiatre, et peut-être même d’enfermement ; surtout si Peter décidait de s’en mêler à nouveau. Qu’un homme se cache derrière cette fugue, c’était une histoire que Wendy aurait adoré s’entendre raconter, à condition que cette aventure ne mette pas en scène une existence tout aussi inexplicable que celle liée à ces apparitions insensées, dont l’origine et le sens se refuseraient sans doute à elle à jamais. Aussi son secret restait-il bien enfoui dans le cœur de la jeune femme. Et alors qu’elle avait cru qu’au fil du temps et des jours, le manque allait se faire moins mordant, il n’avait au contraire eu de cesse de grandir. Peut-être au fond, n’était-ce même pas les bleus qui lui faisaient ainsi mal à la poitrine. Peut-être était-ce au contraire son cœur, qui face à l’absence, saignait.
« Je vais rentrer tard ce soir. »
Si absorbée qu’elle l’était par ses pensées, Lili mit de longues secondes à noter que James lui avait parlé et qu’il attendait maintenant sa réponse.
«Oh! Je vois, dit-elle, justement parce qu’elle n’avait aucune idée de ce qu’il venait de lui dire.
– Tu sais combien ces réunions de préparation pour la rentrée sont importantes à Saint-Thomas... »
Lili faillit lui rétorquer qu’elles n’étaient pas plus importantes que dans une autre école, mais comme elle n’avait qu’une seule envie, que James quitte la maison au plus vite, elle se garda de répondre.
« Ne m’attends pas ce soir. »
Et son mari se retourna sans dire autre chose, ce qui là aussi lui convenait très bien. Enfin, il sortit de la maison sans ajouter un seul mot.
Il était tôt encore, même pas 19 heures, mais Lili avait déjà envie d’aller se coucher. Aussi, par commodité, mit-elle son besoin de dormir sur le compte de l’accident, un accident après tout encore bien récent. Son corps lui demandait du repos. Quoi de plus normal. Pour en finir avec ces pensées inutiles, elle chassa enfin de ses réflexions l’idée que, pendant qu’elle dormait, au moins le manque se faisait-il moins fort.
Pas comme en cet instant où après avoir monté les escaliers qui menaient au premier, avec toutes les précautions dues à ses côtés blessées, Lili pénétra dans sa chambre, ses pensées tournées vers celui, qui elle l’espérait, allait revenir hanter ses rêves. Elle était encore si perdue au fond d’elle-même qu’elle faillit ne pas comprendre l’image que ses yeux étaient en train de renvoyer à son cerveau.
Brutalement, et dans un sursaut si violent qu’il faillit lui arracher un cri de douleur, avant que toutes les souffrances, physiques ou non, ne soient reléguées bien vite au second plan, Lili laissa enfin ce nom qu’elle avait retenu avec tant de force franchir ses lèvres :
« David. »
Parce que là, assis sur le lit, souriant de ce sourire un peu maniaque, mais si plein de vie, se tenait bel et bien David.
« Oh David ! » lâcha-t-elle encore, le soulagement aussi présent dans sa voix qu’il l’était maintenant dans tout son être.

* **

« David ! répéta Lili, soudain gagnée par une énergie qu’elle avait crue à jamais disparue. Tu... tu existes pour de bon. »
Et alors qu’il lui adressait un clin d’œil, sans quitter le lit sur lequel il était confortablement assis, la jeune femme se ressaisit et tenta une fois de plus de donner corps à l’être impossible qui se tenait en face elle et qui lui renvoyait l’image d’un gosse heureux de constater que la surprise qu’il avait planifiée était à la hauteur de ses espérances.
« Tu es bien là, tenta Lili. Je veux dire, même si tu n’es qu’une hallucination, tu es bien présent... »
Elle stoppa, à court d’idées, plutôt que de mots, et elle regarda David se lever vivement et venir à sa rencontre. Quand il la saisit dans ses bras et qu’il l’enserra bien fort, Lili ne put retenir un faible gémissement de douleur. Il s’écarta aussitôt d’elle et lui fit face, baissant la tête pour mieux se plonger dans son regard, clairement inquiet à présent. Son éclatant sourire avait disparu, et ses yeux dans ce visage redevenu sérieux, renvoyèrent l’incompréhension qui l’habitait.
Sans tarder, Lili saisit David par les avant-bras et commença à lui expliquer, le plus vite qu’elle pouvait : « Ce n’est rien. J’ai juste eu un accident et j’ai
encore mal aux côtes... »
Elle le lâcha ensuite pour pouvoir soulever son
pull, juste un peu, pour ne pas dévoiler la totalité des dommages physiques qu’elle avait subis, mais aussi par pudeur. Une pudeur un peu enfantine dont elle prit conscience de façon aiguë.
David baissa les yeux et au vu de sa physionomie, elle comprit qu’il était sincèrement touché de ce qui lui était arrivé. A son tour, il leva une main qu’il approcha avec lenteur du ventre de Lili jusqu’à ce que le bout de ses doigts effleure doucement sa peau et provoque par ce geste des frissons, qui combinaient à la fois le plaisir d’être touchée par lui et l’âcre douleur montant des terminaisons nerveuses sous la peau ; une peau, qui réagissant à ce doux contact, se hérissa en une chair de poule féroce, à laquelle Lili se força à vite trouver une cause pour ne pas laisser la gêne s’installer en elle. Enfin, pas plus qu’elle ne l’était déjà.
« J’ai un peu froid. », annonça-t-elle en rabaissant le pull sur son ventre.
David la regarda, droit dans les yeux, comme lui seul savait le faire.
« Je suis désolé, dit-il avec cette intensité qui lui était propre et qui menaça de faire chavirer à nouveau le cœur de Lili. Je suis désolé, répéta-t-il. Mais pas que pour ça. Il est arrivé quelque chose... »
Intriguée, Lili se focalisa sur ce que sa charmante apparition essayait de lui dire.
« Je crois, reprenait David qu’un drame s’est passé à la plantation. Je ne sais pas bien quoi. Il hésita, puis annonça finalement comme on le ferait d’une excuse. Quand tu es partie, j’ai perdu toute possibilité de voir et de comprendre la vie... »
Lili faillit se servir de cette nouvelle pause pour lui dire que si quelqu’un avait bien disparu, c’était lui et absolument pas elle, mais David semblait avoir des choses tellement plus importantes à lui révéler qu’elle choisit de garder le silence.
« Prépare-toi, termina-t-il, sans même chercher à lui expliquer pourquoi il lui délivrait une telle mise en garde. Prépare-toi. »
Et cette fois-ci, si vite que si elle avait cligné des yeux en cet instant, elle ne se serait aperçue de rien, Lili le vit disparaître devant elle, à l’image d’un hologramme dont on aurait coupé la source. En réaction, elle porta les mains à ses côtes, y appuya légèrement pour vérifier qu’elle ne rêvait pas. Puis, elle grimaça, avant d’enfin se laisser aller à sourire. Certes, David venait de littéralement se dématérialiser devant ses yeux, mais il était revenu. Il lui était revenu. Et c’était bien la seule chose qui comptait. S’il avait pu la rejoindre encore une fois, c’est qu’elle ne devait plus douter qu’il n’allait pas la quitter.
Sa joie se fit si profonde que Lili, qui avait d’ores et déjà oublié la mise en garde, se laissa tomber assise à l’exact endroit que David avait occupé. Et elle éclata de rire, d’un rire plein d’une satisfaction, dont cette fois-ci elle ne se soucia même pas de trouver l’origine, tant elle était évidente.

2

Le mur avait disparu. Non, pas disparu. Maintenant que David prenait le temps d’y réfléchir, ce mur avait plutôt semblé s’écrouler. Même si ce qui importait au bout du compte, c’était que le résultat reste le même : cet obstacle infranchissable qui n’avait aucun sens n’était plus là, mais vraiment plus là du tout. A la différence des autres fois, où cette muraille sans fin s’était par instant ouverte pour lui livrer passage sous la forme d’une fente élargie en son centre par la force de... De quoi justement ? De la volonté de Lili? De son besoin de lui? Et cette hypothèse à laquelle il avait abouti, faute de mieux, n’était-elle pas une conclusion des plus ridicules? Surtout que la première fois où l’ouverture sur le monde s’était produite, Lili n’avait pas même idée de qui il était.
Mais désormais, le mur n’était plus là. Paradoxalement, Lili ne l’était pas plus. Seule la plantation lui faisait face, majestueuse et aussi belle qu’elle l’avait toujours paru à ses yeux. Au pied de ce promontoire sur lequel elle était bâtie, il se tenait, droit, le vent qui jouait dans les mèches de ses cheveux lui rappelant qu’il avait bel et bien repris contact avec la réalité.
David fit un pas en avant. Rien ne se passa. Il était toujours là. Il regarda alors la mousse espagnole qui se balançait dans les arbres au rythme du vent qui gagnait en force. Le gris intense de cette mousse se découpait sur un ciel d’un bleu pâle, parsemé de striées blanchâtres. L’humidité était intense. Il la ressentait sur sa peau, dans le tissu de son pantalon de coton blanc, et jusque dans ses cheveux qui semblaient s’imprégner de cet air embrumé.
Il fit un nouveau pas en avant. Toujours rien. Toujours pas de Lili en vue. Son cœur sauta un battement, mais son visage resta de marbre.
Le mur ne reviendrait plus. En tout cas, il l’espéra de toutes ses forces. Etre présent un instant, puis comprendre qu’on avait disparu, disparu au vrai sens du terme, aucune pensée, ni aucune réalité, en tout cas aucune de celles qui faisaient que vous étiez vous n’étant désormais possible, allait finir par le rendre fou. Cet état d’absence, de disparition, de mort, ne pouvait être compris, et pris en compte, il avait fini par l’apprendre à ses dépens, que lorsqu’il était de retour. De retour, et dans l’attente cruelle de s’effacer à nouveau. Et voilà que maintenant, ce qui n’avait pas de sens venait de mettre un point final au phénomène. Il le savait. C’était aussi simple que cela.
L’air dans le lointain sembla se déchirer. A présent, des lumières, blanches et bleues, striaient l’horizon. Et le son strident des sirènes de police atteignit avec une seconde de décalage ses oreilles.
Des voitures de police arrivaient à la Bulle aux Rêves.
David pensa à Lili. Son cœur se serra, mais pas en raison du manque. Soudain, il eut peur. Et dans l’instant, il pensa aussi qu’elle devait être bien en sécurité dans sa chambre, loin de la Louisiane.
Sa vue se brouilla. Il cligna très fort des paupières. La lumière avait baissé en intensité. Et David ne comprit pas l’image que ses yeux lui renvoyaient, sinon qu’il s’agissait à nouveau d’un mur. Un mur qui n’était plus blanc, mais taupe. Son cœur s’affola, pendant que son esprit se décidait à enregistrer le fait qu’il était confortablement assis, sur un lit sans doute, et qu’une porte découpée dans le mur taupe s’ouvrait, et s’ouvrait pour laisser entrer Lili.
Là, il comprit, et le sourire éblouissant qui naissait sur ses lèvres, même s’il s’adressa à Lili, naquit avant tout du bonheur que devait éprouver tout prisonnier dont on vient d’ouvrir la porte de la cellule à jamais.
A moins que ce soit jusqu’à sa prochaine erreur. Une erreur impossible à prévoir, ou pire, à tout simplement anticiper.

Pour rappel : lien vers le tome 1 ICI
6
Mise en avant des Auto-édités / Pardonne à la vie de Marjorie Levasseur
« Dernier message par Apogon le jeu. 17/12/2020 à 18:00 »
Pardonne à la vie de Marjorie Levasseur

— Prologue —
Quelle que soit l’issue de cette opération, le visage souriant de mon père sera l’image qui restera gravée à jamais dans ma mémoire. Cet air serein et confiant qu’il m’offre juste avant qu’il ne disparaisse derrière les deux portes coupe-feu menant au bloc opératoire sera son plus beau cadeau... peut-être le dernier.
On va lui greffer un cœur tout neuf, un cœur censé lui donner un second souffle, une nouvelle vie. Il s’agira sans doute de quelques années supplémentaires, une décennie, tout au plus, mais tout est bon à prendre, pour lui comme pour moi. Nous avons perdu beaucoup de temps. Dix ans nous permettraient sinon de le rattraper, au moins de le passer ensemble.
Le risque de rejet n’est pas exclu. L’intervention peut aussi tout simplement échouer, mais j’ai envie d’y croire. J’ai BESOIN d’y croire. Je suis un fils. Je suis un homme, mais un homme qui requiert encore la présence de son père, parce qu’il m’a terriblement manqué pendant ces dix dernières années.
« Je t’aime, Papa. Accroche-toi, s’il te plaît... »
Extrait du manuscrit de Matthias Lacroix : « Si la vie tient ses promesses »


— Chapitre 1 —

Chaque fois qu’Isa relisait ce passage du manuscrit, elle sentait l’émotion la gagner. Des frissons la parcouraient et des larmes s’invitaient pour lui brouiller la vue. Elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’une part de ce récit, même s’il était de toute évidence romancé, ne relevait pas que de la fiction. L’intensité des sentiments du narrateur semblait beaucoup trop réelle pour avoir été seulement imaginée, et cela conférait encore plus de poids aux mots et à tout ce qu’ils revêtaient. L’auteur paraissait bien connaître ce tourment qu’est la peur de la perte d’un être cher. Sa sensibilité propre transparaissait à chaque page. Isa aurait donné n’importe quoi pour rencontrer cet homme en chair et en os et lui avouer combien cette histoire qu’il avait écrite la touchait au plus profond d’elle-même. Malheureusement ce Matthias Lacroix était aussi insaisissable qu’une ombre, impossible de le joindre ne serait-ce que par téléphone.
Depuis que le manuscrit avait atterri entre ses mains, elle ne cessait d’y penser. Il avait d’ailleurs séduit tous ceux qui l’avaient lu à l’Escapade littéraire, la maison d’édition dans laquelle elle travaillait depuis trois ans. Elle croyait dur comme fer au futur succès de cette histoire. Mais pour que celle-ci ait un jour la chance d’être connue du grand public, il fallait qu’elle soit publiée et disponible aux rayons des librairies. Un récit qui faisait autant l’unanimité au sein d’une même équipe, c’était assez rare dans le milieu, surtout pour un primo-romancier, alors « il n’était pas question qu’un potentiel contrat d’édition leur passe sous le nez ! », dixit Érick Schneider, son patron. Elle devait donc tout mettre en œuvre pour parvenir à entrer en contact avec Matthias Lacroix. Sa future promotion dépendait de la réussite de cette mission. Son supérieur lui avait même laissé entendre qu’elle pourrait être l’interlocutrice privilégiée de cet auteur en herbe si elle arrivait là où tout le monde avait jusqu’ici échoué.
Tout au long de ces trois années passées à travailler à l’Escapade littéraire, on lui avait octroyé de plus en plus de prérogatives. Son statut et son salaire s’étaient nettement améliorés et elle était pressentie pour le poste de responsable éditoriale d’une nouvelle collection qui allait bientôt être créée dans la maison d’édition, une collection dont la ligne éditoriale correspondrait parfaitement à l’essence du manuscrit de Matthias Lacroix. Isa était fière que ses compétences soient enfin reconnues à leur juste valeur. Elle n’avait pas ménagé ses efforts depuis qu’elle officiait ici, renonçant même à demander les congés auxquels elle avait droit, cette promotion serait donc sa récompense ultime. Une récompense qu’elle n’obtiendrait pas si ce monsieur Lacroix continuait à faire le mort en ne prenant pas ses appels et en ignorant les nombreux messages qu’elle lui avait laissés sur son répondeur.

Elle avait de plus en plus la certitude que pour atteindre son objectif, il fallait qu’elle aille plus loin, qu’elle sorte de son fonctionnement habituel et qu’elle rende directement visite à l’auteur, chez lui. Malheureusement, Chamonix se trouvait à des centaines de kilomètres de Paris. Il faudrait qu’on lui permette de s’absenter pour le rencontrer, ce qui n’était pas une mince affaire, même si ses journées de travail, ces derniers temps, étaient plutôt calmes. Isa se redressa soudain : une idée venait de germer dans son esprit. Et si tous ces congés non pris étaient la solution ?! Elle n’aurait sans doute pas besoin de plus d’une ou deux semaines après tout. Si ce Matthias Lacroix leur avait envoyé son manuscrit, c’était bien qu’il espérait une réponse, positive de préférence. Peut-être qu’elle avait joué jusqu’ici de malchance et l’avait appelé à chaque fois lorsqu’il n’était pas chez lui, c’était tout à fait possible... même si un peu tiré par les cheveux, il fallait bien l’avouer.
De plus, elle s’était renseignée et le chalet dans lequel vivait Matthias Lacroix proposait deux chambres d’hôtes. Il avait apparemment créé cette activité un an auparavant. Elle avait fureté sur le net en espérant glaner quelques informations supplémentaires sur cet homme mystérieux, mais son nom était vraisemblablement très courant, vu le nombre d’occurrences qu’elle avait trouvées. Impossible donc d’en connaître davantage sur cet énigmatique et talentueux auteur. Un petit séjour dans cette région dont elle était originaire lui ferait le plus grand bien, mais il restait encore un obstacle de taille : convaincre sa hiérarchie...

***

Essoufflée après avoir grimpé les quatre étages menant à son studio (elle ne se ferait décidément jamais à cette absence d’ascenseur), Isa laissa claquer la lourde porte blindée de son logement. Ses lèvres s’étirèrent en un sourire extatique. On lui avait accordé cinq semaines ! C’était plus qu’elle n’avait espéré. L’intégralité de ses congés d’une année en une seule fois ! Elle n’avait pas intérêt à rater son coup ! Elle devrait se montrer très convaincante. Elle n’avait aucune idée de la personnalité de l’homme qu’elle allait rencontrer, mais quand on était capable de faire preuve d’autant de sensibilité dans ses écrits, on ne pouvait pas être mauvais, si ? L’Escapade littéraire avait effectué la réservation pour elle, les frais d’hébergement ne seraient donc pas à sa charge, les billets de train non plus, mais pour le reste, se restaurer par exemple, puisque le prix payé par sa maison d’édition n’incluait que les nuitées et les petits-déjeuners, elle devrait se débrouiller. ... Pas de quoi fouetter un chat. Isa Marquez était plutôt du genre à économiser parcimonieusement son argent durement gagné. Cela n’allait pas jusqu’à la pingrerie, non, elle aimait se faire plaisir de temps en temps et offrir des cadeaux à ses proches et amis, mais elle faisait attention à ses dépenses.

Elle habitait un studio de dix-neuf mètres carrés dans le Marais dont le loyer grevait déjà son salaire presque de moitié, mais pour rien au monde elle n’aurait renoncé à y vivre. C’était déjà une aubaine d’avoir réussi à coiffer au poteau tous ceux qui avaient eu des vues sur cette séduisante location située dans un des quartiers les plus prisés de Paris. Elle en était tombée amoureuse dès qu’elle l’avait vue. Sa grande pièce à vivre, lumineuse, dont le parquet était en chêne, les murs d’une blancheur immaculée et les poutres apparentes du plafond lui conféraient un cachet indéniable. Elle adorait s’installer le soir sur son canapé convertible pour lire pendant des heures, avec la voix envoûtante de Janis Joplin en fond sonore, à la lueur de cette petite lampe style rococo qu’elle avait dénichée dans une brocante. C’était son havre de paix, son home sweet home, et elle s’y sentait bien.
Elle allait le quitter pour quelques semaines, mais c’était pour la bonne cause. Heureusement, elle n’avait ni végétaux ni animal de compagnie, ce qui la laissait libre de ses mouvements et lui permettait de partir de temps en temps loin de Paris sans contrainte. Elle n’avait jamais eu la main verte et chaque fois qu’un ami commettait l’erreur de lui offrir une plante, celle-ci mourait dans les jours qui suivaient, Isa omettant systématiquement de l’arroser. Quant à un compagnon à quatre pattes, elle y avait tout simplement renoncé. Elle avait une peur bleue des chiens depuis qu’elle avait été mordue, enfant, par le molosse de son oncle paternel, et un chat n’aurait pas été heureux dans son petit studio, seul toute la journée en attendant son retour du travail.
Isa était actuellement célibataire et ses amis vivaient leur propre vie, elle ne manquerait donc à personne pendant cette courte absence... enfin, courte, elle espérait en tout cas qu’elle le soit. Elle croisait les doigts pour que cette rencontre et les négociations qui s’ensuivraient portent leurs fruits. On lui donnait une véritable chance en lui attribuant cette mission, elle devait se montrer digne de la confiance de ses supérieurs. Le week-end arrivait à grands pas, elle devait commencer à préparer son départ. En effet, Érick Schneider, enthousiaste, lui avait asséné qu’il fallait battre le fer tant qu’il était chaud et partir sans plus attendre. Si jamais Matthias Lacroix avait envoyé son manuscrit à d’autres maisons d’édition, ce qui était probablement le cas, ils ne devaient pas perdre une minute. Isa n’allait certainement pas le contredire !
Euphorique, elle commença à établir mentalement une liste de tout ce qui lui restait à faire avant son départ, à commencer par sa valise. Le printemps venait tout juste de pointer le bout de son nez, mais à Chamonix, cette jolie commune entourée par la montagne, les températures risquaient d’être beaucoup plus fraîches que dans la capitale. Il fallait donc qu’elle emporte quelques pulls bien chauds en prévision. Bien qu’originaire de la région Rhône-Alpes (devenue

aujourd’hui Auvergne-Rhône-Alpes), Isa n’avait jamais mis un pied en dehors de Lyon, où elle était née, et de Grenoble. La Haute-Savoie demeurait donc une terre encore inconnue pour elle.
Elle ressentait un curieux mélange d’impatience et d’appréhension. Elle avait tellement hâte de mettre un visage sur ces mots qui l’avaient tant touchée, et en même temps si peur d’être mal accueillie par cet homme qui semblait prendre un malin plaisir à jouer les fantômes. Isa soupira. D’ici quelques jours, elle serait fixée. Le voile serait enfin levé et le mystère Matthias Lacroix, éclairci.

— Chapitre 2 —

Sophie referma le carnet de réservation et le glissa dans le tiroir qui lui était dédié. Elle se félicita d’être passée dans l’entrée du chalet au bon moment. Si Matthias avait pris l’appel, l’employée de cette maison d’édition n’aurait jamais pu mettre les pieds ici. Lorsque le propriétaire des lieux avait appris que son père, avec la complicité de la jeune infirmière, avait fait parvenir son manuscrit à plusieurs éditeurs sans même l’en informer, il avait vu rouge. Elle qui l’avait toujours connu doux et posé, n’en était pas revenue. Elle se rappelait encore la virulence de ses mots.
« Mais de quoi je me mêle, bon sang ?! Ce texte est personnel, vous m’entendez : PERSONNEL ! Je n’avais absolument aucune envie de le rendre public. Comment avez-vous osé faire ça derrière mon dos ?! Surtout toi, Sophie, tu me déçois... »
La jeune femme avait pris ce dernier reproche comme une gifle. Cela l’avait blessée qu’il s’emporte ainsi contre elle alors que l’idée même venait de Philippe, le père de Matthias. Bien sûr, elle n’aurait sans doute pas dû accepter d’aider celui-ci, il était presque certain que son ami n’apprécierait que très peu cette façon de faire. Elle avait d’ailleurs tenté de lui faire entendre raison, mais quand elle avait compris que Philippe était bien décidé à aller jusqu’au bout et qu’il trouverait un moyen d’envoyer ce manuscrit, avec ou sans son aide, elle avait préféré capituler.
De manière générale, Sophie avait beaucoup de mal à dire non à son patient, parce que finalement, Philippe Lacroix était beaucoup plus que cela. Il avait toujours été comme un père pour elle depuis qu’elle était toute petite, le sien ayant démissionné de son rôle quand elle avait quatre ans. De deux ans son aîné, son frère, Julien, le meilleur ami de Matthias depuis le jardin d’enfants, était beaucoup trop jeune alors pour remplacer cette figure paternelle dont elle avait tant besoin et lui aussi, après tout, avait cherché à combler ce manque.
Refuser d’accorder ce service à Philippe avait été d’autant plus difficile que son état de santé, déclinant à vue d’œil, le rendait vulnérable et de plus en plus dépendant des autres, ce qu’il avait beaucoup de mal à accepter. Sophie, en tant qu’infirmière libérale, passait plusieurs fois par semaine chez les Lacroix, pour assurer le suivi et le traitement de son insuffisance rénale. Elle s’était spécialement formée à la dialyse péritonéalei dans ce but, même si Philippe gérait la chose de façon très autonome. Mais elle leur rendait visite également par amitié, parce qu’elle était très attachée à ces deux hommes qui, après une longue séparation, avaient fini par se retrouver un an auparavant.

— Sophie ? Tu es encore là ?
La voix de Matthias tira la jeune femme de ses réflexions. Son visage était dégoulinant de sueur, il venait sûrement d’interrompre sa séance intensive de sport quotidienne.
— Euh... oui, je... je cherche mes clés de voiture, bafouilla-t-elle, nerveuse.
Le jeune homme s’approcha lentement du bahut installé dans l’entrée pour accueillir les éventuels locataires des chambres d’hôtes et s’empara d’un trousseau qu’il lui tendit.
— Juste sous ton nez...
Sophie leva le visage vers lui et se sentit rougir jusqu’aux oreilles. Elle ne savait décidément pas mentir. Elle lui offrit un sourire gêné.
— Oups, je crois que je commence à avoir de sérieux problèmes de vue, plaisanta-t-elle. Les yeux bleus de Matthias la scrutèrent d’un air inquisiteur.
— Le téléphone ne vient pas de sonner ? J’ai cru l’entendre quand j’étais au sous-sol...
— Oui, oui, effectivement, mais c’était juste du démarchage, rien d’intéressant, lâcha-t-elle, en évitant son regard.
La jeune femme s’empara de ses clés, récupéra le vanity case contenant son matériel de soins, qu’elle avait posé sur le meuble et se dirigea vers l’entrée en saluant rapidement son ami.
— Sophie, attends...
Elle se retourna, emplie d’appréhension. Est-ce qu’il savait qu’elle mentait ? Allait-il l’obliger à le regarder droit dans les yeux pour lui avouer la vérité ?
— Oui ? lâcha-t-elle d’une toute petite voix.
— Je... je suis désolé pour l’autre jour. Je n’aurais pas dû te parler comme ça. J’étais énervé... je sais que ce n’est pas une excuse, mais...
— C’est oublié, Matthias, ne t’inquiète pas.
— Tu vois, ce texte, c’est... enfin c’est vraiment quelque chose d’intime pour moi...
— Je comprends Matthou, mais c’est si beau, tu as tellement de talent ! Ton père et moi, on
ne pensait pas à mal, on n’a pas fait ça pour te blesser... Matthias soupira.

— Je sais, Sophie, mais vous vous doutiez bien que je finirais par l’apprendre et que ça n’allait pas me plaire, non ?
— Philippe se disait que tu n’osais simplement pas l’envoyer, que tu n’y croyais pas. Il a juste voulu te donner un petit coup de pouce.
— Je peux l’entendre... Mais à l’avenir, ne faites plus rien sans m’en parler avant, d’accord ? Et laissez tomber cette histoire de maison d’édition, le sujet est clos, OK ?
Prise de court, Sophie hocha vigoureusement la tête.
— Promis !
Mon Dieu, qu’est-ce que je viens de faire... pensa-t-elle.

***

Matthias continua de fixer la porte du chalet de longues secondes après le départ de Sophie. Quelque chose dans l’attitude de la sœur de son meilleur ami le troublait. Elle était partie comme si elle avait le diable aux trousses, comme si rester plus longtemps en sa compagnie la mettait mal à l’aise. De plus, il avait remarqué qu’elle avait scrupuleusement évité de le regarder dans les yeux.
Il abandonna sa contemplation de la porte pour se positionner derrière le meuble où elle s’était trouvée quelques minutes plus tôt. Rien ne semblait clocher, tout était en ordre, même le téléphone était bien en place. Matthias secoua la tête, se fustigeant pour la paranoïa dont il faisait preuve. Sophie lui avait promis de ne plus intervenir dans la lubie de son père, il n’avait aucune raison de ne pas la croire. Il avait en elle une confiance aveugle, égale à celle qu’il portait à Julien, son meilleur ami.
Chassant ses doutes d’un revers de main, il quitta l’entrée pour se rendre au sous-sol, bien décidé à poursuivre sa séance de cardio-training par un peu de levées de poids. Il était hors de question pour lui de faire preuve du moindre relâchement. Il ne voulait pas retomber dans ses travers et se laisser aller. Non, il devait continuer à s’astreindre à la discipline qui était la sienne depuis dix ans. C’était le prix à payer.

***

Sophie pénétra en trombe dans la petite maison qu’elle partageait avec son frère. Où était- il ? Il fallait absolument qu’elle lui parle. Elle avança dans le salon : aucune trace de lui. Il devait encore être cloîtré dans sa chambre à travailler sur le projet de logo que la mairie d’une ville voisine lui avait confié une semaine plus tôt.

Le logo d’une commune... Quel dommage de gâcher un talent pareil ! songea Sophie.
La jeune infirmière était sa plus fervente admiratrice. Julien avait créé sa microentreprise tout seul, avec juste le bac en poche. Tout ce qu’il savait du graphisme et des logiciels professionnels qui y étaient consacrés, il l’avait appris sur le tas. Mais se bourrer la tête avec des connaissances ne suffisait pas, Julien avait un vrai don. Entre ses mains, des tracés basiques devenaient de véritables œuvres d’art. Il était capable de créer des choses tellement plus grandioses qu’un simple logo !
— Mon Juju, tu es où ?
— Dans la chambre, ma Fifi !
Les lèvres de Sophie s’étirèrent en un sourire, creusant ses joues de deux adorables fossettes. Ils avaient beau avoir grandi, ils s’affublaient toujours de ces surnoms ridicules. Elle avait tellement de tendresse pour son frère aîné qui avait su, dès sa majorité, prendre soin d’elle et de leur mère. Il avait renoncé à des études supérieures pour chercher du travail et ne s’était lancé dans sa propre carrière de graphiste free-lance que lorsqu’elle-même avait eu son premier poste en sortant de l’Institut de Soins Infirmiers. Il avait toujours fait passer sa famille avant ses intérêts personnels.
Sans plus attendre, elle se dirigea d’un pas rapide jusqu’à l’antre de son frère et poussa la porte sans frapper... après tout, elle s’était déjà annoncée ! Elle fut accueillie en fanfare par Pixel, l’énorme Leonberger qu’ils avaient adopté quelques années plus tôt dans un refuge alors qu’il n’avait que quelques semaines. Le mastodonte vint lui réclamer affectueusement une caresse, ce dont Sophie s’affranchit avec plaisir. Julien était, comme à son habitude, assis confortablement dans un large fauteuil de bureau, face à deux écrans d’ordinateur et une tablette graphique dont il tenait fermement le stylo dans sa main gauche, gantée. Sophie se glissa derrière son frère, l’entoura de ses bras et lui claqua une bise sur la joue.
— Tu aurais une minute à accorder à ta petite sœur préférée ?
— En même temps, je n’en ai qu’une... répliqua-t-il, railleur, en faisant pivoter son siège pour lui faire face. Bon, qu’est-ce que tu as encore fait comme bêtise ?
Sophie roula des yeux ronds comme des billes.
— Comment tu le sais ?
— Quoi donc ?
— Que j’ai fait une bêtise, pardi !

Julien gloussa sans retenue.
— Je n’en savais rien ! ricana-t-il. Bon, vas-y, crache le morceau.
— J’ai fait une bourde avec Matthias...
— Encore ?! Mais tu les accumules ces derniers temps ! Philippe a inventé quoi cette fois-
ci ? Un appel à Macron pour qu’il remette la Légion d’honneur à notre bon vieux Matthou ? Sophie se mordit la lèvre inférieure en signe de nervosité.
— Non, là j’ai agi toute seule...
— Fifi... la gronda gentiment Julien.
— Je pensais que c’était une bonne idée ! Il raccrochait au nez des maisons d’édition et ne
donnait pas suite à leurs messages, alors quand l’Escapade littéraire a proposé d’envoyer quelqu’un sur place, je me suis dit...
— Attends, tu as fait quoi ?!
— J’ai enregistré une réservation pour une certaine Isa Marquez, elle arrive dans deux jours...
Julien posa les mains sur son visage et secoua la tête.
— Il va te tuer...
— C’est peu dire, surtout que je viens de lui promettre que je ne me mêlerais plus de tout ça. Oh, qu’est-ce que je vais faire, Juju ?!
— Assume ! lâcha son frère en lui tournant le dos pour se remettre au travail.
— Ah merci, tu m’aides beaucoup ! Il est beau l’esprit de famille ! ronchonna Sophie, les bras croisés sur sa poitrine.
7
Mise en avant des Auto-édités / Un nouveau départ de Christelle Morize
« Dernier message par Apogon le jeu. 03/12/2020 à 15:59 »
Un nouveau départ de Christelle Morize : T1 Retour aux sources



Premier Chapitre


Lundi 19 novembre 2018, Los Angeles

     Après avoir couru jusqu’à s’en faire mal aux côtes, Jane pénétra dans l’immeuble, agita la main en guise de salut à Harry, l’agent de sécurité, avant de s’engouffrer dans l’ascenseur. Sa voiture n’avait pas voulu redémarrer du collège où elle venait de déposer sa fille. C’était la troisième fois cette semaine qu’elle était en retard au bureau et peut-être autant les semaines précédentes. Sa patronne allait l’étriper. Ashley Davenport, directrice générale des Editions Blue Butterfly, n’acceptait pas la moindre incartade de la part de ses employés. Jane était sur la sellette depuis quelques mois – du moins, l’avait-elle entendu dire dans les bruits de couloirs.
Pourtant, la jeune femme faisait tout pour éviter ces désagréments. Mais la malchance s’acharnait sur elle comme la pauvreté sur le monde. Depuis que Brett l’avait quitté pour sa secrétaire cinq ans plus tôt, tout s’était enchaîné à une vitesse vertigineuse. Son ex-mari gagnait un salaire convenable dans l’architecture, trois fois plus que Jane ne toucherait jamais avec son travail d’assistante d’édition. Du jour au lendemain, elle avait dû assumer seule les factures, le loyer exorbitant et surtout s’occuper de leur unique fille, Charlie. Quitter cette maison trop onéreuse et déménager dans un quartier plus abordable lui avait semblé la meilleure solution pour subvenir à ses besoins. Brett ne l’aidait pas ou peu, trop occupé à batifoler avec sa jolie blonde. Pour Jane, ce fut le coup de grâce. Assumer les dépenses était une chose, consoler sa fille en était une autre.
Puis au bout de quinze longs mois, Brett réapparut, prétextant que Jane et Charlie lui manquaient affreusement. Il voulait repartir de zéro avec elles, se faire pardonner, redevenir le bon mari et bon père qu’il avait été avant ce qu’il appelait « son moment d’égarement ».
Presque deux ans d’égarement ? Il s’était perdu en Alaska ou quoi ?
Jane n’avait pas été dupe. En outre, et certainement grâce à son infidélité, la jeune femme avait enfin ouvert les yeux sur la place de Brett au sein de la famille. « Bon mari, bon père » n’était manifestement pas ce qu’elle aurait utilisé en ce qui le concernait. Son départ, du moins son abandon, n’avait fait qu’accentuer les responsabilités de Jane. Depuis des années, elle endossait déjà le rôle du père et désormais celui de mère célibataire, même si elle avait dû faire d’énormes sacrifices. Jane s’était habituée à son absence et avait réussi à apporter une certaine stabilité pour sa fille. Après avoir mûrement réfléchi, ce fut donc sans le moindre remords qu’elle l’avait chassé de sa maison, laissant partir avec lui l’amour qu’elle avait pu un jour éprouver à son égard. Une décision que Charlie lui reprochait chaque jour.
Ses talons claquèrent sur le carrelage de la grande allée des bureaux. Elle aperçut sa collègue Samantha qui l’attendait au bout du couloir d’un air angoissé.
– Je t’ai appelé une bonne dizaine de fois et j’ai dû te laisser au moins trois messages, murmura celle-ci, quand j’ai vu qu’il allait être dix heures, je me suis inquiétée.
– Désolée, j’étais tellement fatiguée, hier que je n’ai pas pensé à recharger mon téléphone, laissa échapper Jane d’un air penaud.
Pendue au téléphone, Laure, la responsable d’édition, les observait derrière la grande vitre de son bureau. Elle tapota l’index sur sa montre pour leur signifier de retourner à leur bureau, ce que les deux jeunes femmes firent sans attendre. Jane remarqua un silence quasi-religieux dans la grande salle. D’ordinaire, elle avait droit à une petite réflexion désobligeante de la part de Jerry sur son retard. Mais pas cette fois.
– Quelqu’un est mort ou quoi ? S’étonna-t-elle, à voix basse.
– Presque ! Ashley est sur les charbons ardents depuis son arrivée. Il parait que Mark Newman n’a pas renouvelé son contrat chez nous. Il nous a lâchés pour une autre maison d’édition.
– Ah mince ! C’est notre auteur phare pour le salon…
– Exact ! Alors je ne sais pas pour toi, mais perso, je vais me faire toute petite, coupa Samantha, en s’affalant dans son fauteuil, la dernière fois qu’un auteur nous a fait faux bond, elle nous a mené la vie dure pendant des semaines.
– Je m’en rappelle, soupira doucement Jane en s’asseyant à son bureau, juste en face de sa collègue – elles partageaient le même box toutes les deux. Si elle a remarqué mon retard, je vais en prendre pour mon grade.
– Je ne sais pas, mais avec Laure, tu peux être sûre que c’est chose faite désormais, minauda Samantha, en faisant mine de réfléchir, si tu allais dans son bureau avec une bonne nouvelle, ça calmerait la tension. Dis-moi que tu as trouvé un roman qui la fera bondir de son siège ! Enfin, je veux dire dans le bon sens.
Grande, très mince, le regard noir toujours pétillant, une peau hâlée qui trahissait ses origines afro-américaines, Samantha Monroe demeurait une des rares collègues avec qui Jane pouvait se sentir à l’aise. Elle était sincère, d’une franchise déconcertante et ne se laissait pas marcher sur les pieds. Les autres ne parlaient à Jane que quand le travail l’exigeait. La jeune femme ne supportait plus cette ambiance morose, certainement due au comportement presque dictatorial d’Ashley.
– J’aimerais bien, mais je n’ai pas ça en stock pour le moment, plaisanta Jane en retirant ses hauts talons pour masser ses pieds douloureux.
– Pourquoi tu ne lui proposes pas ton manuscrit ? Avança Samantha, comme si elle venait de trouver l’idée du siècle, il est vraiment excellent. Moi qui n’aime pas trop les autobiographies, je trouve la tienne émouvante, tellement authentique, bien écrite et fascinante à la fois.
Non, évidemment que Jane n’avait pas parlé de son manuscrit à sa patronne. D’abord parce que cette dernière préférait de loin les romans de fiction qui faisaient fondre le cœur des lectrices, avec une fin magnifique pour baigner dans le monde utopique de l’amour et des « Ils vécurent heureux… ». Cependant, elle savait également qu’Ashley ne lui donnerait jamais sa chance en tant qu’auteure dans sa maison d’édition. Elle l’avait entendu prononcer ces paroles lors d’une réunion avec les éditeurs. Les raisons de cette décision échappaient encore à Jane, mais la jeune femme travaillait pour les Editions Blue Butterfly depuis dix ans déjà et n’avait jamais vu un employé franchir la barrière et devenir un auteur privilégié.
– Je ne crois pas qu’il soit prêt à être édité, ici ou ailleurs, confia-t-elle d’un air dépité, je pense plutôt qu’il est larmoyant, ennuyeux et beaucoup trop long.
– Tu rigoles ! Je l’ai bouffé en une nuit, tellement j’étais absorbée par ma lecture. J’avoue, j’ai eu ma larmichette à l’œil, mais j’ai beaucoup ri aussi. C’est une petite pépite.
Etant la seule véritable amie qu’elle avait sur Los Angeles, Samantha avait pu lire l’ébauche de son manuscrit. Une tranche de vie, sa vie.
– Il faut que je change la fin et rectifie quelques petites choses, persista Jane devant le regard plein d’espoir de sa collègue.
– Mais enfin, il est parfait ! Pourquoi veux-tu…
– La petite orpheline a divorcé de son prince charmant qui, soit dit en passant, l’avait épousé parce qu’il l’avait mise enceinte un soir de beuverie à l’université. Maman à dix-neuf ans, mariée à vingt, elle se retrouve célibataire à trente-quatre ans, sa fille la déteste et sa vie est loin d’être un conte de fée.
Jane venait de parler d’une traite, épuisée par les problèmes qui s’accumulaient, alors que, de son côté, son ex-mari allait se remarier avec un superbe mannequin de dix ans sa cadette. Samantha eut un mouvement de recul pour mieux observer son amie.
– Désolée ! Je sors du collège. Charlie continue ses effronteries auprès des profs et le proviseur m’a bien fait comprendre qu’elle pourrait être renvoyée si elle ne changeait pas de comportement. Je ne sais plus quoi faire.
Charlie manquait de respect envers ses professeurs, se rebellait sans cesse contre les règles et perturbait les cours quand l’envie lui prenait. Autant elle pouvait laisser passer des jours en restant polie et courtoise, autant elle accumulait des bêtises d’un grotesque inimaginable.
– Je me doutais un peu que c’était la raison de ton retard. Pourquoi ils n’appellent pas son père pour changer ? 
Jane haussa les épaules d’un air las, triturant machinalement le crayon qu’elle tenait dans la main. Elle se retenait tant bien que mal de s’affaler sur son bureau pour laisser libre court à sa détresse.
– Brett connait le numéro du collège, il n’a jamais pris la peine de décrocher.
– Quelle ordure !
– Et comme si ce n’était pas suffisant, ma fichue voiture a choisi de caler au beau milieu de la rue, poursuivit Jane. J’ai dû courir comme une dératée pour arriver jusqu’ici.
Elle marqua une courte pause, puis reprit d’un ton empreint d’une pointe d’amertume.
– Quelque fois je me dis que si j’avais accordé une seconde chance à Brett, tout ceci ne serait probablement jamais arrivé. Charlie ne manquerait pas de respect envers ses profs pour attirer l’attention de son père. 
– Tu plaisantes, j’espère ! Pesta d’emblée Samantha, ce salaud t’aurait trompée avec tout le quartier. C’est dans sa nature. Je connais bien ce genre de beau mâle prétentieux et coureur de jupon. D’ailleurs, je ne donne pas cher de son mariage avec sa dernière conquête. Ne me dis pas que tu l’aimes encore !
– Non, absolument pas ! Je le méprise pour tout le mal qu’il nous a fait endurer à Charlie et à moi. Si seulement elle pouvait le voir tel qu’il est réellement, peut-être que ma fille pourrait avancer, plutôt que de stagner dans le passé et surtout de me tenir comme responsable de l’échec de notre mariage.
– Oh, ne t’inquiète pas ma belle ! Un jour, elle verra le vrai visage de Brett et elle le virera de son piédestal. Papa chéri va partir aux ordures, là où est sa place.
Jane imaginait la scène au premier degré et l’idée de voir son ex-mari les pieds en l’air dans une poubelle remplie de déchets la fit sourire. Lui qui ne supportait pas la moindre petite tache sur ses vêtements serait sûrement fou de rage. Il n’était pas le genre d’homme à bricoler, à tripoter un moteur de voiture ou à changer une ampoule grillée.
Même jouer dans la neige le répugnait, alors une poubelle…
– Ah ah ! S’exclama Samantha, je vois grâce à ton sourire que nous pensons à la même chose. Monsieur tout propre serait moins séduisant avec du chou pourri écrasé sur son costume hors de prix, un peu de sauce tomate périmée sur ses cheveux gominés et un soupçon de litière puante étalée sur ses belles chaussures italiennes.
Cette fois, Jane faillit éclater de rire, mais elle ne tenait pas à être le centre d’attention, alors que tous ses collègues bossaient dur depuis une petite heure.
– Je vais garder cette image en tête pour les mauvais jours, histoire de me redonner du baume au cœur, avoua-t-elle, en retirant seulement sa veste. Merci Sam, tu me remontes toujours le moral.
– Et vice-versa, ma belle ! Quand j’ai le moral dans les chaussettes à cause de mes trois gamins qui m’en font voir de toutes les couleurs, tu as la patience d’écouter mes longues lamentations.
– C’est normal, tu es mon amie, avança Jane, une certaine douceur dans son regard émeraude. Parfois je t’envie. Mike est tellement adorable. Vous formez une magnifique famille tous les cinq. 
– C’est vrai, j’ai beaucoup de chance, reconnut Samantha dans un petit soupir d’aise avant de se pencher au-dessus de son bureau. Et toi aussi, tu auras droit au bonheur, mais pas avec monsieur tout propre.
Jane la remercia d’un sourire. Déterminée à ne pas se laisser gagner par la morosité, surtout à l’approche des fêtes de fin d’année, elle alluma son ordinateur et consulta ses mails. Un des avantages de son métier était qu’elle restait souvent en contact avec les auteurs qu’elle avait réussi à faire entrer dans les éditions Blue Butterfly. Il lui arrivait même de se retrouver devant une tasse de thé pour discuter lecture. C’était souvent le cas avec Meredith Wingreen, la plus âgée des auteurs mais aussi la plus prolifique, avec laquelle Jane passait des heures à papoter. La France était leur sujet de prédilection, puisque Meredith était née à Paris. Au souvenir de leurs discussions, Jane esquissa un sourire affectueux.
Elle était sur le point de répondre à son invitation quand le téléphone sonna, affichant le numéro un sur la base. Un appel du bureau de la patronne. Peut-être voulait-elle savoir si tout prenait forme pour la séance de dédicaces à la boutique Barnes & Nobles de Los Angeles ? Leur dernier auteur, un ancien boxeur, devait y présentait son premier roman.
Jane décrocha et n’eut pas le temps de prononcer le moindre mot qu’une voix autoritaire résonna dans le combiné.
– « Je vous veux dans mon bureau immédiatement ! » Ordonna sèchement Ashley d’un ton sans appel.
Sachant pertinemment que ses retards trop répétés devaient être la cause de cette entrevue, Jane emporta son agenda et un carnet de notes avec elle pour se donner bonne contenance devant ses collègues. Samantha minauda une petite moue compatissante en croisant deux doigts par solidarité.
8
J’ai découvert avec un grand plaisir « Les plus belles choses vivent à l’intérieur » et la plume fluide et agréable de Céline Fuentès.

Que dire de ce roman ? Il est réaliste, touchant et frais comme peuvent l’être les belles choses de notre vie. Hugo est un homme qui arrive à un tournant de sa vie. Il s’interroge sur sa carrière et su sa vie privée. Le bonheur n’est plus aussi présent, si toutefois, il l’a été un jour.
Alors, il entreprend un voyage à l’extérieur et à l’intérieur de lui-même. Un voyage qui va lui ouvrir non seulement un autre horizon mais aussi les yeux. Petit à petit il va comprendre et s’apercevoir qu’il a tourné le dos à ce qui pouvait le rendre plus heureux et plus épanoui.
C’est vraiment une belle petite histoire d’une introspection qui ne vous laisse pas indifférent. D’autant que les personnages sont hauts en couleurs et très attachants.

Si vous voulez passez un bon moment, et peut-être retrouver toutes ces belles choses que nous avons à l’intérieur que nous avons parfois oublié, je vous conseille vivement « les plus belles choses vivent à l’intérieur ».
Je dis un grand bravo à Céline Fuentès.

https://www.amazon.fr/plus-belles-choses-vivent-lint%C3%A9rieur/dp/B08NRXQ5NQ/ref=tmm_pap_swatch_0?_encoding=UTF8&qid=1606740318&sr=8-2
9
Mise en avant des Auto-édités / Un roman original entre polar et accents feel-good
« Dernier message par Sophie Lim le ven. 27/11/2020 à 14:04 »
Intriguée par le résumé bien plus que par le titre que je trouve trop vague, je souhaitais découvrir ce livre qui ne répondait pas aux codes classiques du polar ni aux romans feel-good habituels. La plume parfaitement maîtrisée de l'auteur m'a littéralement emportée et m'a donné envie, dès les premières pages, d'en savoir plus sur Nathaniel, un gars ordinaire auquel on s'identifie facilement, et ce, malgré quelques longueurs. J'ai été conquise par le style de l'auteur qui utilise un vocabulaire riche mais vernaculaire, accessible au plus grand nombre.

Les chapitres sont assez courts, ce qui ravira ceux qui ont besoin de repères et qui ne lisent pas d'une traite, comme moi. Le découpage judicieux des chapitres constitue donc un plus à mon sens.

La vie "monotone" de Nathaniel basculera le jour où il rencontrera Anna, une dame âgée qui lui proposera un travail non dénué de surprises, comme en témoigne le cadavre qu'il aura sur les bras, lorsqu'il prendra ses fonctions à l'hôtel. Bien que le thème policier soit abordé, la force du roman ne réside pas dans la résolution de l'enquête, mais dans la faculté de l'auteur à dédramatiser et à amener le lecteur à s'intéresser à la psychologie des personnages, via un humour savamment dosé.

On prend plaisir à suivre les personnages tout au long de l'histoire. Anna, la septuagénaire un peu rêche et un brin autoritaire, ne m'avait pas semblé sympathique, de prime abord, mais j'ai appris à l'apprécier au fil des pages. On se surprend même à trouver des circonstances atténuantes à l'assassin dont l'histoire nous paraît finalement émouvante, malgré l'ignominie de son acte et l'état du cadavre, façon puzzle ou vieux tacot en pièces détachées.

En dépit d'une lecture très divertissante, je mets un bémol sur la fin que je trouve un peu rapide. Peut-être est-ce là la volonté de l'auteur, qui tient à nous faire comprendre qu'il y aura une suite ? Si c'est le cas, je la lirai sans hésiter. Quoi qu'il en soit, c'est un roman qui sort de l'ordinaire et je suis prête à le recommander à mon meilleur ami, toujours avide de nouvelles lectures. Un grand bravo à l'auteur.
10
Synopsis :

Le major Maraval est retrouvé mort à son domicile, une balle dans la tête, son arme à la main.
La thèse du suicide est pourtant très vite abandonnée par le groupe du commandant Rebecca de Lost, et les pistes militaires et familiales se multiplient.
Dans le même temps, le « tueur au marteau », demeuré silencieux depuis l'enterrement du capitaine Atlan, décide de reprendre du service.
Deux enquêtes sous haute tension. Un final explosif !


Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier Joël des « Éditions Taurnada » pour sa confiance, ainsi que pour l’envoi de ce SP au résumé fort alléchant.
C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé le commandant Rebecca de Lost et son équipe laissés à la fin de « Mauvais genre » encore sous le choc des derniers événements, des décès qu'il a fallu digérer, de la résolution de la dernière affaire. On retrouve donc une Rebecca fragilisée, déstabilisée ; ses souffrances sont loin d’être effacées, et encore moins cautérisées. Malgré tout, elle n’a rien perdu de sa détermination, de son enthousiasme, de sa volonté pour résoudre les enquêtes qui lui sont confiées.
Une nouvelle affaire voit d’ailleurs le jour lorsque l'on retrouve à son domicile le major Maraval mort, une balle dans la tête, l'arme à la main. Tout semblerait converger vers un suicide évident, vu que ce dernier, depuis sa dernière mission au Mali souffrait de SPT (stress post-traumatique). Vous savez, ce mal-être profond des soldats lorsqu’ils reviennent dans une vie plus apaisée, plus normée.
Pour autant, l’équipe de Rebecca ne peut se résoudre à une cette conclusion quelque peu hâtive ; certains éléments tendraient vraisemblablement vers une possible mise en scène, fort bien ficelée pour qui ne saurait la décoder.
Et quand on connaît les antécédents de ce gradé, on ne peut que se poser d’indiscutables questions, tant le professionnalisme de ce militaire n’est plus à démontrer, aguerri au fil du temps par les multiples missions dans des pays plus que sensibles.
Très vite, le ton est donné, l’angoisse monte, les questions nous taraudent :
Que s’est-il réellement passé ?
Sa mort est-elle un véritable suicide, ou bien a-t-on voulu maquiller la vérité ?
Rebecca et son équipe vont mener cette enquête délicate, et se confronter à des blessures loin d’être apparentes, d’où le titre fort bien choisi ^^
En parallèle, nous suivons une seconde enquête commencée dans les précédents opus : celle de l'affaire du tueur au marteau, cet homme que l'on a connu dans les enquêtes précédentes, celui qui tue des femmes en écrasant leurs mains avec le dit objet.
Pourquoi le meurtrier s'est-il abstenu de tuer pendant toutes ces années ?
Qu'a-t-il pu arriver dans sa vie pour qu'il fasse cette coupure ?
Pourquoi a-t-il repris d’une manière aussi acharnée ?
Quelles sont ses raisons, s'il peut y en avoir une, pour être aussi cruel ?
Dans ce récit mené tambour battant, toute l’équipe sera mise à rude épreuve. Des indices, des doutes, des incertitudes, des fausses routes, des tortures physiques et psychologiques... Il sera difficile de défaire les nœuds de ces deux affaires sans y laisser quelques plumes.
Sous l’écriture tantôt fluide et percutante, tantôt acérée et entraînante de l’auteur, nous voici plongés, enferrés, happés au cœur d’une intrigue  complexe mais fascinante à la manière d’un puzzle macabre, dont les pièces ont bien du mal à s’imbriquer.
Puis, après moult rebondissements, comme à la fin d’un mauvais rêve, tandis qu’un peu de lumière éclaire un ciel obscurci de nuages, c’est l’illumination ; toutes les pièces mainte fois remaniées s’emboitent d’un seul coup.
Les pages se tournent à toute allure ; on veut savoir. Le rythme est nerveux, enlevé, précis. Le style incisif permet une immersion totale, tout comme les explications des thèmes abordés qui enrichissent considérablement le texte. L'histoire nous captive, nous malmène, nous balade jusqu'à l'éclatement final qui nous surprend autant qu’il nous anéantit. Et une fois libérés, nous restons interdits, pantelants, essorés, et on n’en redemande.
Avec leurs qualités et leurs défauts, les personnages eux aussi ne sont pas en reste ; bien travaillés, fouillés, attachants, ils servent au mieux la complexité du récit.
En même temps que ces deux enquêtes qui s’entrecroisent, leurs histoires personnelles nous sont contées, attisant autant la curiosité que la réflexion, ce qui, je vous avoue, est un véritable plus dans ce roman.
C’est ainsi qu’avec une réelle sensibilité et sans aucun fard, l’auteur nous parle de sujets sociétaux très importants, comme le mariage pour tous, où le syndrome post traumatique, un mal qui a été longtemps tabou et dont on parle très peu encore aujourd’hui.
Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce roman qui m’a tenu en haleine de bout en bout, j’ai aimé suivre les intrigues aux multiples rebondissements, me faire bousculer par l’auteur, me perdre dans les méandres de son histoire pour me retrouver exactement à l’endroit où elle le souhaitait...
Alors, si vous aimez les polars aux nombreuses facettes, aux personnages aussi étoffés qu’attachants, au récit addictif, ce dernier opus des aventures de Rebecca de Lost est fait pour vous :pouceenhaut:
Attention ⚠️ pour apprécier au mieux ce dernier volume, il est préférable de lire les précédents opus avant celui-ci ; ainsi, vous aurez une meilleure compréhension de l’histoire et des personnages.
Quant à moi, qu’une seule envie : retrouver très bientôt la plume de cette auteure talentueuse :clindoeil:

Ma note :

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