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Avis : auteurs auto-édités / Re : La fille aux cheveux roses par Amélie B
« Dernier message par La Plume Masquée le jeu. 17 mai 2018 à 21:59 »
Mais que vois-je :yahooo:
Merci beaucoup :bise:  voici un nouvel avis très bien construit qui donne encore plus envie de découvrir ce super roman :pouceenhaut:
Et hop, En voici un autre dans ma Wish liste :fuifui:
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Avis : auteurs auto-édités / La fille aux cheveux roses par Amélie B
« Dernier message par IsabelleMS le jeu. 17 mai 2018 à 16:58 »
Résumé
Après deux années de prépa, Adèle, élève sérieuse et réservée, quitte le cocon familial pour intégrer une école supérieure en province. La cohabitation avec les autres étudiants n’est pas toujours facile et l’ambiance festive qui règne sur le campus perturbe ses habitudes.
Une personne intrigue immédiatement la jeune Parisienne : Chloé. Son style décalé et son caractère bien trempé soulèvent quelques interrogations.
En voulant percer les mystères qui entourent cette fille aux cheveux roses, Adèle s’apprête à vivre l'année la plus marquante de son existence.


Mon avis
Je suis fan de cette auteur depuis que j'ai lu le 1er tome de sa trilogie, depuis je me précipite sur chacun de ses romans ! Pour celui-ci, je me demandais ce qu'il en serait, puisque nous partons dans une toute nouvelle aventure, avec de nouveaux personnages. J'étais à la fois curieuse et angoissée : et si j'étais déçue ? Evidemment c'était sans compter sur la capacité d'Amélie B à rebondir, à nous entraîner à la suite de ses personnages, à nous balloter de ci de là, ne nous laissant apercevoir que la surface de la réalité. En effet c'est bel et bien là sa force, outre sa plume évidemment, que de ne pas créer un monde tout en vérité et certitude, de faire croire à un aspect lisse des situations et des personnages quand dans la vie rien ne l'est. Pour ma part j'adore cet optique là ! On suit donc Adèle dans ses premiers pas d'étudiante et si tout semble clair de prime abord, les révélations nous montrerons une fois de plus qu'il ne faut jamais juger des apparences. C'est un roman juste, profondément humaniste et tellement bien écrit. A conseiller.

https://www.amazon.fr/fille-aux-cheveux-roses-contemporain-ebook/dp/B07CSF6YHZ/ref=cm_cr_arp_d_product_top?ie=UTF8
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Mise en avant des Auto-édités / La fleur de l'ombre de Isabelle Morot-Sir
« Dernier message par Apogon le jeu. 10 mai 2018 à 19:11 »
La fleur de l'ombre de Isabelle Morot-Sir


Chapitre 1


Elle appuya le front contre la vitre, sans pour autant ressentir la fraîcheur presque saisissante du verre contre sa peau, sans même remarquer l’éveil luxuriant des jardins en ce début de printemps.
Ses pensées toutes entières tournées vers sa situation présente, elle ne voyait rien hors de son désarroi. Ne percevait plus rien, hors d’amères images qui tournant en boucle, lui revenaient en un leitmotiv sans fin. Une mèche, échappée de sa longue tresse réglementaire, vint lui chatouiller le visage. Elle la repoussa presque rageusement. Comment avait-elle pu être aussi naïve ? Comment avait-elle pu croire cette rumeur, cette légende urbaine qui voulait que seules les blondes soient sélectionnées ? Elle qui se targuait d’être plus intelligente que ses comparses s’était montrée bien plus idiote ! Comment en ce cas expliquer la grande diversité de la population ? Si les Mères étaient toutes blondes le peuple le serait lui aussi ! La logique la frappa une fois de plus. Elle se mordit la lèvre en réprimant un sanglot de peur et de rage. Elle ne savait plus au juste quelle émotion primait sur l’autre.
Elle avait été si puérile de croire que seule sa lourde chevelure couleur châtain pouvait la préserver. Comment avait-elle pu imaginer qu’elle pourrait si aisément vivre et réaliser ses rêves ? Il était évident que le Devoir qu’elle avait envers la Patrie la rattraperait. C’est bel et bien ce qui était survenu hier.
Elle gémit sans même s’en rendre compte. Hier. Ce n’était qu’hier… Des siècles semblaient s’être écoulés. Hier encore elle était une élève comme une autre, en jupe sage et chemisier blanc et aujourd’hui… Aujourd’hui elle portait sur ses frêles épaules la reconnaissance du peuple entier, en même temps que ce titre. Aujourd’hui elle était tout, elle faisait partie du pinacle de ses femmes adulées, vénérées, révérées par toute la nation : elle était une Mère de la Patrie. Aujourd’hui cependant elle n’était plus rien, elle étouffait. Où était passée Tamara l’adolescente enjouée, qui voyait son Destin écrit dans les pierres de l’Université d’architecture ? Où était-elle ? Elle qui se voyait ériger des monuments ? Elle retint un rire cynique. Elle ne construirait jamais aucune demeure aussi modeste qu’elle soit, elle ne serait qu’un ventre, pondant inlassablement des enfants qui grossiraient le flot du peuple.
À l’idée du futur qui l’attendait, elle se mit à trembler, de plus en plus fort, frappant dans la même cadence son front contre la vitre. Presque aussitôt deux infirmières surgirent dans sa chambre, alertées par ses battements cardiaques bien trop élevés.
Avec fermeté et douceur elles lui prirent les mains, la faisant s’asseoir sur un canapé en velours beige. Elles avaient l’habitude des réactions des nouvelles, bien que cette dernière semblât particulièrement rebelle.
— Allons ma chérie, calme-toi, dit l’une des femmes, tandis que l’autre partit dans la salle de bains attenante, revenait avec un gant qu’elle avait humidifié. Elle le lui posa avec délicatesse sur le front, tout en caressant ses cheveux.
—Ne te mets pas dans cet état, voyons ! Tu es surprise, mais tu verras, tu t’accoutumeras et avec le temps tu seras heureuse ici.
Le cœur de Tamara battait à tout rompre. Le sang cognait si brutalement à ses tempes qu’elle en avait la nausée, tandis que son esprit se révoltait en un vain combat. Jamais elle ne s’habituerait à ça !
Cependant en seulement quelques heures, elle avait mûri et pris en expérience. Elle savait qu’il ne servirait à rien de tempêter, ou vouloir s’enfuir. Elle avait déjà tenté ce registre et le résultat avait été confondant d’inefficacité. Elle ne repoussa donc pas les infirmières. Elle baissa la tête en refoulant son envie irrépressible de les frapper, serra les dents et s’efforça de dompter ses pulsations cardiaques. Elle s’y prendrait autrement afin d’échapper à ce sort qui semblait vouloir être le sien. Elle ne deviendrait en aucun cas l’une de ces replètes femmes, bonnes qu’à n’être que le réceptacle de la semence d’hommes, aussi âprement sélectionnés qu’elles.
   Elle qui se rêvait une vie d’aventurière, d’érudite, de constructeur et architecte révolutionnaire, elle qui pensait un jour rencontrer un homme et peut-être tomber amoureuse, elle n’aurait rien de tout cela. Un mot, prononcé solennellement hier matin lors de la cérémonie de la fête des Mères, avait en un instant balayé tout cet avenir. Hier elle avait eu 16 ans. Comme tous les enfants de la patrie, elle avait été suivie, étudiée, notifiée durant toute son enfance afin de pouvoir l’orienter vers la place qui lui conviendrait le mieux, où elle serait le plus efficace à la Nation. Tamara n’en avait jamais douté : avec ses excellentes notations scolaires elle serait naturellement orientée vers l’Université. Comme tous les érudits. Elle n’avait pas imaginé autre chose, c’est pourquoi elle s’était mise en ligne parmi la foule de ses camarades, le cœur serein. Si sûre d’elle. Trop sûre bien évidemment.
La représentante régionale des Mères était là, comme chaque année, venue prendre possession de son cheptel de ventres. Intérieurement Tamara se moquait de celles qui étaient retenues. Des pondeuses, voilà tout ce qu’elles seraient ! Les idiotes semblaient même heureuses.
Lorsque la représentante, sa liste dûment en main, avait égrené un à un les noms des futures Mères, Tamara ricanait encore en observant les réactions excitées de ses compagnes. Elle vit la déception se peindre sur le visage lisse de Janie, lorsque celle-ci comprit qu’elle ne ferait pas partie des heureuses retenues. Tamara faillit éclater de rire de sa déconvenue. Elle se retint néanmoins, tout en tournicotant entre ses doigts une mèche folle, peu attentive à la solennité du moment. Elle ne réalisa que son nom venait de retentir dans le silence de la cour, qu’en voyant les autres filles se retourner vers elle en s’exclamant à demi. Effarée, elle les dévisagea avec effroi et incompréhension. Ce ne pouvait être possible, son avenir n’était pas là !
La représentante referma son carnet dans un geste sec, englobant d’un regard satisfait la foule bleu marine et blanc des jeunes filles. Tamara se redressa et s’écria :
— C’est une erreur ! Madame !
Se penchant à nouveau vers le micro sans déranger l’ordonnance parfaite de son chignon, la représentante fit d’une voix qui semblait n’avoir qu’une seule tonalité, celle de la droiture et de l’efficacité :
— Que dis-tu mon enfant ?
Jouant des coudes, Tamara se fraya un passage jusqu’au pied de la tribune, où se trouvait tout en apparat l’ensemble des professeurs en sus de la représentante des Mères. Essoufflée et rouge, elle répéta d’un ton presque strident, reflet de sa peur grandissante.
—Madame, je vous prie de m’excuser mais c’est certainement une erreur… Je ne peux être prévue pour être Mère.
La Représentante leva un sourcil étonné tout en renvoyant un sourire rassurant à la jeune adolescente :
— Rassure-toi mon enfant, il n’y a pas d’erreur possible. L’honneur insigne d’être l’une des Mères t’échoit bel et bien.
Tamara blêmit tandis que sa voix montait d’un cran dans les aiguës :
— Madame vous ne comprenez pas ! Je ne veux pas être Mère ! Donnez cette place à Janie, elle sera parfaite. Mais pas moi.
La Représentante jeta un vif coup d’œil à sa liste, avant de répondre :
— Tu es Tamara n’est-ce pas ? Ton génotype est exceptionnel, tu seras une Mère idéale. Va te préparer et dire au revoir à tes camarades. Nous partons dans une heure.
Elle tourna les talons, laissant là Tamara hébétée. Ses camarades la félicitèrent avec plus ou moins d’hypocrisie et de jalousie. Tamara les repoussa sans même les voir, courant de plus en plus vite vers le bâtiment des dortoirs. Elle grimpa quatre à quatre les escaliers, le cœur battant follement, si affolée qu’elle ne voyait plus rien, ses pensées incapables de se fixer plus loin que sa terreur. Elle claqua derrière elle la porte de son dortoir, désert à cette heure. Elle se précipita vers son lit surmonté de son armoire, puis sans même réfléchir, mue par son seul instinct elle ôta en tremblant sa jupe bleu marine et enfila son short de sport avant de passer ses baskets. Une fois fait elle ouvrit la fenêtre donnant trois étages plus bas sur la cour de l’École. Elle enjamba le rebord et posa un pied étonnamment ferme sur la corniche qui faisait le tour du bâtiment.
Être la première en sport, cela devait bien servir un jour ou l’autre, songea-t-elle afin de se donner du courage. Elle progressa souplement le long de la façade, le regard fixé vers le lointain, apercevant là-bas dans une banlieue éloignée de la ville, les fumerolles de l’usine d’armement qui s’épanchaient lascivement dans le ciel voilé de brumes. Les mille bruits de la ville montaient vers elle en une cascade presque étourdissante : crissements des tramways automatiques, klaxons et feulements feutrés des voitures électriques, interpellations hâtives des piétons, grondement sourd du chemin de fer qui traversait la ville dans un panache noir. Ombres sombres des zeppelins qui survolaient mollement la cité, baleines aériennes et silencieuses.
Elle parvint assez aisément jusqu’au coin du bâtiment, là elle tourna à l’angle apercevant alors le toit plat de la cantine juste quelques mètres plus bas. Son sang battit un peu plus fort, mais bah ce n’était pas le moment d’hésiter, après tout que pouvait-il lui arriver de pire qui ne lui était survenu ?
Sans plus ni réfléchir ni tergiverser, elle sauta, se réceptionnant dans un roulé-boulé parfait qui aurait fait la fierté de sa professeur de sport. Elle se remit cependant aussitôt debout et courut jusqu’à l’autre bout du toit, là où la façade du bâtiment faisait aussi partie intégrante du mur d’enceinte.
Une fois-là elle scruta la ruelle, peu passante, attendit quelques secondes qu’il n’y ait aucune voiture ou promeneur et s’élança sur le trottoir, situé trois mètres en dessous. Elle atterrit avec un léger choc sur les mains et les pieds, cependant bien amorti, ce qui lui permit de se redresser aussitôt et de traverser la rue en courant. Elle continua sa course au petit bonheur, enfilant rues et ruelles, sans néanmoins bien savoir où elle était, où elle allait. Pour l’instant toutefois peu lui importait, seul comptait de mettre le maximum de distance entre la représentante des Mères et elle-même !
Elle ne saurait jamais combien de temps exactement dura sa folle évasion, des heures ? Quelques minutes à peine ? Elle fut cependant abruptement interrompue par une voiture de police qui la faucha presque. Deux policiers en jaillirent qui la stoppèrent brutalement, l’immobilisant violemment à terre, une main rabattue dans le dos, la faisant crier de peur et de douleur.
Sa fuite éperdue se termina là. Ni ses hurlements, ni ses protestations ne changèrent quoi que ce soit. Comme d’autres de ses camarades elle se retrouva à l’arrière d’un minibus sombre, aux vitres fumées, emportée par la puissance silencieuse d’un moteur électrique, vers une destination inconnue et une destinée trop certaine.
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Chroniques Service Presse / Une raison d’espérer de Maude Perrier
« Dernier message par La Plume Masquée le mer. 2 mai 2018 à 18:09 »
Synopsis :

Il lui a tout pris, saura-t-elle tout lui reprendre ?
Lily est une femme maltraitée par son mari.
Depuis cette grossesse que Denis ne voulait pas. Depuis Charlotte...
Et si en public le couple Châtelain fait rêver, derrière les portes closes, la réalité est tout autre. Non seulement Lily subit la brutalité de son mari, mais elle doit aussi supporter de vivre sans sa fille qu’elle aime pourtant désespérément.
Jusqu’à cette soirée où tout bascule, et cet accord qui conduit les époux en Australie.
A Perth, Lily fait la connaissance de Tate, un vendeur de Harley Davidson. Son attirance pour lui est immédiate, irrésistible ; elle tourne vite à l’obsession.
La jeune femme osera-t-elle braver l’interdit ultime et tromper Denis ?
De plus en plus jaloux et possessif, celui-ci lui, ne reculera devant rien pour la garder sous son contrôle.
Ira-t-il jusqu’à commettre l’irréparable ? Lily aura-t-elle le courage de relever la tête et de l’affronter ?
Et si en Australie, la jeune femme trouvait enfin une raison d’espérer ?
Un roman sentimental dont vous ne sortirez pas indemne...
Un roman d'amour, un roman d'espoir aussi. Une plongée dans l'indicible, le sordide, l’actualité


Mon avis :

Tout d’abord, je voudrais remercier l’auteur pour sa confiance et l’envoi de son ouvrage fort alléchant.
Dès l’ouverture du roman, on fait la connaissance de Lily, jeune femme craintive et plutôt soumise aux desiderata de son mari.
Mais dès les premières lignes, on prend très vite conscience de ce qui se joue réellement au sein de ce couple, de l’horreur, de l’intolérable, de l’impensable que vit cette jeune femme.
Pourquoi Denis, brillant homme d’affaires adulé, courtois et charismatique, fait-il subir ça à la femme qu’il aime ?
Pourquoi, jour après jour,  lui fait-il vivre l’enfer de la maltraitance, des brimades, de la dévalorisation ?
Pourquoi Lily, quant à elle, accepte-elle cette situation ?
Pourquoi a-t-elle autant de difficulté à réagir, à s’extirper de cette violence quasi journalière ?
Dès les premières pages, nous voici plongés, happés, immergés au cœur du quotidien de Lily, de ce qu’elle endure sous le joug de son mari.
Malgré L’effroyable, l’indicible, la honte et la culpabilité, Lily s'accroche à un unique espoir : retrouver sa petite fille de 4 ans que Denis lui a retirée après sa naissance afin de la placer en famille d'accueil.
Son rêve ? Recouvrer son rôle de maman, si injustement volé...
Dans ce roman bouleversant, dérangeant, parfois insoutenable, l’auteur aborde avec brio le sujet tabou de la maltraitance conjugale. Avec beaucoup de  talent et une justesse infinie, elle nous embarque, nous emprisonne, nous enchaîne à ce récit avec une acuité poignante, qui nous empêche de lâcher le roman avant d’en connaître le dénouement.
Même si j’ai pu noter quelques phrases maladroites gâchant par moment la fluidité de ma lecture, l’emploi judicieux de la première personne renforce grandement cette immersion. Conséquence immédiate : une identification massive,  une empathie, allant même jusqu’à l’attachement ; nous vivons avec Lily, souffrons avec Lily, pleurons avec elle, en nous demandant tout au long de l’histoire : réussira-t-elle à s’extirper des mains de ce tortionnaire et à sortir de cet abîme de violences ?
Ainsi, ballotés, projetés au cœur du cycle infernal de la violence psychologique, physique voire sexuelle, nous passons sans arrêt d’une émotion à une autre, pour en ressortir éreintés, essorés, malmenés par un tel voyage.  .
Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce roman,un vrai coup de ❤️ et je ne peux que vous le conseiller, vous n’en sortirez pas indemne !
Alors si un tel voyage vous tente, foncez, vous ne serez pas déçu :pouceenhaut:
Pour ma part, plus qu'une envie : succomber à la plume ensorcelante de cet auteur talentueuse :clindoeil: 

Ma note :

:etoile: :etoile: :etoile: :etoile: :etoile:



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Site de l'auteur : Maude Perrier
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Mise en avant des Auto-édités / Entre rêve et réalité, nouvelle de Véronique Jeandé
« Dernier message par Apogon le jeu. 26 avril 2018 à 13:26 »
Entre rêve et réalité, nouvelle de Véronique Jeandé

PRÉAMBULE

Histoires courtes

À l’origine, ces histoires résultent d’un jeu initié par un groupe de passionnés, que vous retrouverez sur Facebook sous le nom de « Histoires sous influence ». Il consiste à écrire un texte en y insérant un certain nombre de mots imposés.
J’ai souhaité rester dans mon univers, et chaque histoire, tout en étant autonome, se rattache donc à l’un de mes romans. Ceux qui ont lu mes livres retrouveront des personnages connus, les autres pourront découvrir mon microcosme.
Parce que je trouvais dommage de laisser ces textes traîner dans un tiroir, j’ai décidé de les retravailler pour les transformer en nouvelles, que j’ai ainsi le plaisir de partager avec vous.

ENTRE RÊVE ET RÉALITÉ
« Mince, je vais être en retard ! » constata Géraldine en regardant sa montre. Le miroir de la salle de bains lui renvoya l’image d’une jeune fille épuisée, les cheveux en bataille. Lire quelques pages avant de s’endormir était une habitude à laquelle elle n’avait jamais pu déroger, même à une heure plutôt tardive. Toutefois, la veille, ce n’était pas quelques pages qu’elle avait lues, mais la moitié du livre. Il était plus de deux heures lorsqu’elle avait éteint la lumière. Guère étonnant qu’elle n’ait pas entendu son réveil. Elle s’empara de son peigne, essaya de remettre en place son épaisse tignasse rousse, puis se maquilla rapidement. « Je crois qu’on ne pourra pas mieux faire aujourd’hui… », souffla-t-elle avec une grimace au miroir. Elle regagna le salon, enfila son manteau, attrapa son sac et son livre et quitta l’appartement au pas de course. Huit minutes pour atteindre la gare… Elle piqua un sprint dans la rue, évita de justesse une grand-mère qui promenait un horrible saucisson sur pattes, faillit s’étaler sur les gravillons en atteignant le parking, puis arriva sur le quai au moment où le train s’immobilisait. « Ouf », pensa-t-elle en s’affalant sur les banquettes. L’heure d’affluence était passée et le train n’était qu’à moitié rempli. Elle sortit le livre de son sac et reprit l’histoire où elle l’avait laissée la veille.
— Billets, s’il vous plaît !
La voix du contrôleur la rappela à la réalité et elle lui tendit machinalement son titre de transport. Au moment où elle s’apprêtait à replonger dans sa lecture, son regard se posa sur la personne assise en face d’elle et elle crut qu’elle allait défaillir. « Jérémy… » pensa-t-elle sans arriver à y croire. Son imagination devait lui jouer des tours. Mais non, il était là, reconnaissable entre tous. Le jeune homme récupéra son ticket sans lui prêter la moindre attention et se remit à contempler le paysage qui défilait derrière la vitre. Elle sentit son cœur se serrer en relevant l’infinie tristesse de son regard.
Le train s’immobilisa Gare Saint Lazare dans un horrible crissement métallique et elle n’avait toujours pas pris sa décision. L’ignorer et se rendre au bureau, comme tous les matins, ou alors… C’était de la pure folie. Cependant, elle n’aurait sans doute pas de seconde chance et elle risquait de le regretter toute sa vie. La journée passa sans même qu’elle s’en rende compte. Comme un robot, dans un état second, elle se contenta de le suivre. S’arrêtant lorsqu’il s’arrêtait, se remettant à marcher lorsqu’il repartait. Jamais elle ne le quitta des yeux. La nuit commençait à tomber lorsqu’elle le vit s’approcher d’une boîte à lettres, sortir une épaisse enveloppe de son sac à dos et la glisser dans la fente. Son cœur ne fit qu’un tour. Elle ne pouvait pas le laisser faire ça. Elle lança un regard à la ronde pour s’assurer que personne ne s’intéressait à elle, sortit un trousseau de clés de sa poche et ouvrit discrètement la boîte pour récupérer l’enveloppe. Pour la première fois de sa vie, elle ressentit une immense satisfaction à l’idée de travailler pour les services postaux. La silhouette s’éloigna et elle accéléra le pas afin de le rattraper. Jérémy s’arrêta sur un pont et s’accouda à la rambarde, observant pensivement les bateaux-mouches qui flottaient lentement sur la Seine.
— Il ne faut pas faire ça… glissa Géraldine en allant s’installer à côté de lui.
Le jeune homme se tourna vers elle et lui adressa un regard surpris.
— On se connaît ?
— Moi je vous connais, répondit-elle doucement. Je vous ai observé toutes ces années…
— C’est lui qui vous envoie ? rétorqua-t-il d’un ton fatigué. Vous pouvez lui dire qu’il n’aura jamais ce qu’il veut.
— Non ! s’exclama-t-elle en secouant la tête. Ce n’est pas lui ! Je veux vous aider. Je sais ce que vous avez l’intention de faire. Il ne faut pas, je vous en prie, continua-t-elle en masquant difficilement ses sanglots.
Il la dévisagea avec une intense curiosité. Des frissons envahirent tout son corps. Elle aurait aimé se perdre dans la profondeur de ce regard et ne jamais refaire surface.
— Si vous savez ce que j’ai l’intention de faire, vous savez également pourquoi. Il n’y a pas d’autre issue.
— Si ! Je connais des gens qui pourraient vous aider. Faites-moi confiance…
— C’est trop tard de toute façon, répondit-il en secouant lentement la tête.
— À cause de ça ? reprit-elle en sortant l’enveloppe de son sac.
— Comment avez-vous eu ça ? demanda-t-il sans pouvoir dissimuler sa surprise.
— Ça n’a pas d’importance… La seule chose qui compte… c’est que je ne veux pas vous voir disparaître. Pensez à votre famille, pensez à Laura. On a tous besoin de vous…
Il détourna la tête et se replongea dans sa contemplation.
— J’ai un marché à vous proposer, commença-t-elle d’une voix qui se voulait assurée. Laissez-moi une nuit. Une nuit pour essayer de vous convaincre que cela vaut le coup de continuer. Si demain matin, vous êtes toujours décidé, alors je vous rendrai cette enveloppe. Vous pourrez la poster à nouveau et faire ce que vous voulez. Je ne chercherai plus à intervenir.
Elle crut qu’il n’allait jamais lui répondre. Qu’il allait rester là, immobile, jusqu’à ce que l’irrémédiable se produise.
— Une nuit, finit-il par chuchoter en posant son regard sur elle.
Elle s’empara doucement de sa main et l’entraîna vers une bouche de métro. Où aller, sinon chez elle ? Pendant le temps que dura le trajet, ils ne prononcèrent pas le moindre mot. Une nuit, pensa-t-elle tandis qu’ils atteignaient enfin leur destination. Une nuit qui allait sans doute changer le cours de l’histoire.
— Vous avez faim ? demanda-t-elle en posant ses affaires dans l’entrée.
Il secoua la tête et elle l’entraîna dans le salon.
— Installez-vous, faites comme chez vous.
— Qui êtes-vous ? Qui vous a informée ?
— Ça serait trop long à expliquer. Je sais simplement que l’histoire n’est pas terminée. Qu’il ne faut pas baisser les bras.
— Nul ne peut quitter le Cercle.
— Si. Et si vous me laissez le temps, je pourrai vous le prouver.
— Pourquoi ? Qu’avez-vous à y gagner ?
Elle ne sut pas trop quoi lui répondre. Comment lui expliquer qu’elle avait l’impression de le connaître depuis toujours ? Qu’elle ne supportait pas l’idée de le perdre, maintenant qu’elle l’avait enfin trouvé… Elle hésita encore, puis approcha doucement sa main de son visage pour lui caresser la joue. Pour la première fois depuis qu’elle l’avait rencontré, elle eut l’impression de discerner une étincelle de vie dans son regard. Tout n’était peut-être pas perdu, en fin de compte. Elle prit ça comme un encouragement et se pencha vers lui pour l’embrasser tendrement. Une nuit pour le convaincre de rester avec elle.
— Mademoiselle ! entendit-elle tandis qu’une main lui secouait l’épaule. Vous êtes au terminus. Vous devez descendre du train maintenant.
Géraldine ouvrit les yeux et mit quelques instants à réaliser l’endroit où elle se trouvait. Elle se sentait complètement perdue. Son regard se posa sur le livre toujours ouvert sur ses genoux et une immense tristesse l’envahit. Elle était de retour dans la réalité. Une réalité où Jérémy n’avait pas sa place.
Encore bouleversée par l’intensité de son rêve, elle ramassa ses affaires et se dirigea vers la boutique Pomme de Pain, halte incontournable de tous les matins.
— Vous n’avez pas l’air en forme, aujourd’hui ! lui lança le vendeur avec un sourire complice.
— Un peu patraque… Je crois que je n’ai pas assez dormi. Vous pouvez me mettre un double café, bien serré ? Et un croissant…
— Bien sûr, répondit ce dernier en lui préparant sa commande.
Elle régla ses achats et reprit le chemin de son travail, tout en sirotant le café brûlant. Sans savoir qu’elle venait de poser le pied sur la première marche d’un escalier qui la mènerait droit en enfer.
*
« Mince, je vais être en retard ! » constata Géraldine en regardant sa montre. Elle ne prit pas la peine de s’arrêter devant le miroir avant de sortir. Elle savait déjà qu’il renverrait une image fort déplaisante. L’insouciance de la jeunesse s’était effacée durant ces derniers mois. Les cernes mangeraient la moitié de son visage amaigri, et son regard pétillant aurait laissé place à celui d’une biche aux abois. Elle songea soudain qu’un an auparavant, c’était dans un autre miroir qu’elle s’observait tous les matins. Avant de quitter son adorable studio pour se rendre au travail. Une vie qu’elle trouvait parfois trop paisible, à l’époque. Mais combien elle la regrettait, maintenant… Elle secoua la tête et se dépêcha de quitter le foyer. Ce n’était pas le moment de se laisser envahir par de telles idées. Bientôt, le cauchemar qu’elle avait vécu ne serait plus qu’un horrible souvenir, lorsqu’elle retrouverait Christian, pour monter tous deux dans ce train qui les emmènerait loin d’ici. En sécurité.
Le vent glacial lui piqua le visage et elle remonta le col de son manteau. La forme massive de la gare apparut enfin à l’horizon. Elle s’approcha des quais et chercha son ami du regard. Une légère inquiétude s’empara d’elle en constatant qu’il n’était pas encore arrivé. Elle alla s’installer sur un banc d’où elle avait une vue parfaite sur les quais et les panneaux d’affichage. Elle rêva quelques instants devant une publicité vantant la magie du Carnaval de Venise. Un jour, peut-être… pensa-t-elle en s’attardant sur Arlequin et Colombine qui saluaient poliment les passants. Elle ignorait ce que l’avenir allait lui réserver.
L’annonce sonore invitant les derniers voyageurs à monter dans le train la ramena à la réalité. Christian n’était toujours pas là et sans lui, le voyage risquait fort de se terminer avant même d’avoir commencé. Elle n’avait même plus dix euros en poche. Elle trépigna sur son banc et sentit ses yeux devenir humides tandis que les wagons commençaient à se mouvoir lentement. Impuissante, elle fixa longuement les feux rouges qui finirent par s’estomper à l’horizon. Son ami n’était pas venu à leur rendez-vous.
Son désespoir se mua en pure terreur lorsqu’elle aperçut la silhouette en costume qui venait à sa rencontre. Elle s’empara de son sac et quitta précipitamment les lieux. Elle courut dans les rues désertes sans réfléchir, jusqu’à ce qu’un point de côté l’oblige à ralentir. Une majestueuse église se profila à l’horizon et elle obliqua dans sa direction. Un refuge où l’homme ne viendrait peut-être pas la débusquer. L’édifice était vide et silencieux et elle avisa une petite chapelle s’ouvrant sur le déambulatoire, éclairée par quelques cierges. Elle s’affaissa au pied d’une statue de la Vierge Marie, incapable de retenir ses larmes.
Elle n’arrivait toujours pas à comprendre comment sa vie avait pu sombrer dans un tel chaos. Tout avait commencé par ce rêve, le jour où elle s’était endormie dans le train, son roman entre les mains. Jérémy s’était alors échappé des pages de son livre pour se matérialiser en face d’elle. Son visage fin, ses cheveux noirs bouclés, jusqu’à la petite boucle d’oreille en diamant dont elle se souvenait précisément. L’enveloppe kraft qui dépassait de son sac à dos et ce regard empreint d’un désespoir incommensurable… Elle s’était tout d’un coup sentie investie d’une extraordinaire mission. Elle avait désormais le pouvoir de changer la suite de l’histoire. Elle y était presque parvenue… Mais son rêve avait brutalement pris fin lorsque le contrôleur l’avait réveillée. Enfin, c’est ce qu’elle avait cru sur le moment.
Jusqu’à ce qu’elle arrive au travail. Le visage furibond de son patron, qui l’avait immédiatement convoquée dans son bureau, l’avait prise de court. « Mais… quel jour sommes-nous ? » avait-elle demandé, totalement abasourdie, tandis qu’il lui reprochait son jour d’absence injustifié. Et puis, il y avait eu ces photos. Celles qui prouvaient de manière irréfutable qu’elle avait subtilisé une mystérieuse enveloppe kraft dans une boîte postale. Jamais elle n’avait volé quoi que ce soit. Sauf dans ce rêve… qui finalement n’en était peut-être pas un. Les événements s’étaient alors enchaînés et elle n’avait pu qu’observer, impuissante, l’anéantissement de toute sa vie : son licenciement, les difficultés financières, l’expulsion de son appartement, son installation dans ce foyer destiné aux personnes en difficulté…
Durant tous ces mois, une évidence s’était imposée dans son esprit. Cette journée n’avait jamais été un rêve. Ce qui signifiait que l’histoire contée dans ce livre n’était pas issue de l’imagination d’un écrivain. Tout était bien réel : la secte, les expériences abjectes… Mais surtout, Jérémy. Et l’idée de le retrouver, de l’aider à combattre ses ennemis redoutables s’était transformée en une véritable obsession. Elle s’était plongée à cœur perdu dans son enquête, essayant de remonter les pistes, de retrouver les autres protagonistes de cette histoire.
Au fur et à mesure, ses amis s’étaient éloignés d’elle, persuadés qu’elle avait totalement perdu la raison, incapables de comprendre ce qu’elle vivait. Sauf Christian qui l’avait écoutée, qui l’avait soutenue dans cette quête sans fin. Parfois, elle s’interrogeait sur la nature des sentiments qu’il éprouvait à son égard. Tant que le souvenir de Jérémy hanterait sa mémoire, elle ne pourrait lui offrir autre chose que son amitié. Peut-être ses sentiments évolueraient-ils avec le temps… Elle n’était pas insensible à son charme et à la gentillesse dont il avait fait preuve à son égard. Mais aujourd’hui, elle était trop perdue pour prendre une quelconque décision.
Des bruits de pas résonnèrent sur le dallage de la nef et elle se recroquevilla dans son coin. L’homme au costume l’avait retrouvée. La première fois qu’elle l’avait vu, elle n’avait pas prêté attention à lui. Un cadre dynamique comme il en existe des centaines d’autres, vêtu d’un costume sombre, le téléphone portable toujours à portée de main. Ce n’est qu’après l’avoir croisé à plusieurs reprises qu’elle avait commencé à s’inquiéter. Elle se sentait constamment épiée, comme si une présence malfaisante collait à ses pas. « Ils sont partout et ils sont dangereux »… Elle approchait de la vérité, elle en était convaincue. Toutefois, le danger l’avait également rattrapée. Christian n’avait pas pris la menace à la légère et il avait réussi à la convaincre qu’elle devait se mettre à l’abri. Au moins quelque temps.
— Géraldine ? souffla la voix de Christian.
Elle se redressa avec un immense soulagement et se jeta dans ses bras.
— Christian… Pourquoi n’étais-tu pas là ? Comment as-tu fait pour me retrouver ? L’homme au costume, il était dans la gare… Il m’a peut-être suivie, je ne sais pas…
— Plus tard. Il faut qu’on parte d’ici.
— On a raté le train.
— Je sais. Les plans ont changé.
Il l’entraîna jusqu’à sa voiture et ils se mirent en route. Le manque de sommeil et sa récente frayeur vinrent à bout de sa résistance. Le ronronnement du moteur se mit à la bercer et elle se laissa glisser dans un sommeil agité. Elle n’avait aucune idée du temps qui s’était écoulé lorsque Christian la réveilla doucement.
— Où sommes-nous ? demanda-t-elle d’une voix pâteuse.
— Dans un endroit tranquille…
Elle acquiesça de la tête en observant la maison vétuste, perdue dans les bois. Ils se dirigèrent à l’intérieur et elle écarquilla les yeux en découvrant l’homme installé autour d’une table, en train de siroter un café.
— Jérémy ! s’écria-t-elle sans pouvoir masquer son exultation. Christian, tu l’as retrouvé ? Alors j’avais raison, n’est-ce pas, tout est vrai ? Nous devons agir, nous devons…
Son regard passa de l’un à l’autre et elle laissa sa phrase en suspens. Quelque chose clochait. Toutes les fibres de son être l’avertirent d’un danger imminent.
— Qu’est-ce qui se passe, Christian ?
— Le jeu est fini.
— Quel jeu ? Je ne comprends pas…
— Tu vas comprendre, lui répondit-il avec un sourire déplaisant en déposant quelques photos devant elle. Tu te souviens d’elle ?
Géraldine eut un haut-le-cœur en découvrant la jeune femme sur la photo. Mon Dieu, oui, elle se souvenait parfaitement d’elle. Ces images qu’elle avait mises tant de temps à enfouir dans sa mémoire refirent immédiatement surface. Elle rentrait de l’anniversaire d’un ami, ce soir-là, lorsque la femme s’était littéralement jetée sous ses roues. Elle n’avait pas pu l’éviter et elle voyait encore son corps horriblement disloqué. Heureusement, des témoins avaient assisté à la scène et elle n’avait pas bu une goutte d’alcool. Le rapport de police l’avait totalement disculpée. Mais jamais plus elle n’avait touché un volant depuis ce jour. Cela remontait à près de deux ans, maintenant. Jamais elle n’en avait touché le moindre mot à Christian. Pourquoi fallait-il qu’il évoque aujourd’hui cette tragédie ? Qu’est-ce que cela avait à voir avec eux ? Elle pouvait tout lui expliquer, tout lui raconter…
— Je te présente ma femme, reprit Christian.
— C’était un accident ! se défendit Géraldine d’une voix horrifiée. Tout le monde l’a dit, regarde le rapport…
— Peu importe. Il faut bien que quelqu’un paye.
La phrase tomba comme un couperet. Elle eut soudainement l’impression que le Christian qu’elle connaissait s’était métamorphosé. Il la fixait comme une bête sauvage qui s’apprête à fondre sur sa proie.
— Alors, tout ça…
— Oui, répondit-il avec un rire sardonique. Des mois de travail pour gagner ta confiance, pour t’amener jusqu’ici…
— L’histoire de Jérémy, le livre…
— J’étais sûr qu’il te plairait. Un bon point de départ, n’est-ce pas ?
— Comment pouvais-tu être sûr que je le lirais ? demanda-t-elle avant de trouver elle-même la réponse à cette question.
Les pièces du puzzle commencèrent à se mettre lentement en place. Sa première rencontre avec Christian, quelques mois après cet horrible événement. Il s’était immiscé dans sa vie, jusqu’à devenir son ami le plus proche. Elle revit le jour où il lui avait vanté ce livre, comme si c’était hier… Il avait accepté de lui prêter à la seule condition qu’elle le lise rapidement afin qu’il puisse le rendre à son propriétaire. Bien entendu, elle l’avait attaqué le soir même.
— Je vois que tu commences à comprendre. Tout a été si simple. Tu es tellement prévisible… J’ai admiré les compétences d’acteur de Sylvain, ajouta-t-il avec un clin d’œil à son comparse. Quelques cachets glissés dans ton café lorsque vous vous êtes réveillés, ce matin-là, histoire de te faire perdre un peu plus les pédales, et l’affaire était bouclée ! Tu as suivi la route que l’on avait tracée comme un petit chien bien docile.
— Et l’homme au costume ?
— Un pote chargé de te mettre un peu la pression. « Il ne reculera devant rien pour balayer les obstacles qui croiseront sa route », récita-t-il en éclatant de rire. Tu ne peux pas imaginer mon plaisir en te voyant courir après de telles chimères ! Tu avais l’air tellement convaincue, tellement… pitoyable…
— Qu’est-ce que vous voulez de moi ?
— Œil pour œil, dent pour dent. Un simple suicide qui ne surprendra personne. Tout le monde est persuadé que tu as complètement pété les plombs. Avale ça, dit-il en lui tendant un verre et un tube de médicaments.
— Non… Je t’en prie…
— Avale.
— Et si je refuse ?
— Alors nous avons prévu une autre option. Mais je crois qu’elle ne te plaira pas. Dans quelques heures, tu risques de nous supplier pour récupérer ces cachets.
Géraldine se mit à pleurer. Elle chercha désespérément une solution pour se sortir de ce pétrin, avant de comprendre qu’il n’en existait aucune. Le piège s’était refermé sur elle, sans lui laisser la moindre chance. De toute manière, elle ne possédait plus rien. Elle n’était plus rien. Qui allait bien pouvoir la regretter… Elle renversa le flacon dans sa main, fixa les comprimés et s’apprêta à commettre l’inévitable.
— Non ! s’éleva soudain une voix inconnue.
Surprise, Géraldine lâcha les petites gélules qui s’éparpillèrent sur la table. Christian et Sylvain se tournèrent d’un seul geste vers les deux intrus qui se tenaient immobiles sur le seuil de la porte. L’homme qui venait de parler devait avoir dans les trente-cinq ans. Vêtu d’un pardessus et d’un costume bien taillé, il fixait Christian avec une froide détermination.
— Qui êtes-vous ? demanda le jeune homme d’une voix rageuse en faisant mine de se lever.
L’inconnu l’arrêta d’un geste autoritaire.
— Je vous le déconseille. Vous risqueriez de froisser mon ami, ce qui n’a jamais été une bonne chose…
L’homme au visage balafré qui l’accompagnait fit un pas en avant et Christian frémit en découvrant l’arme pointée sur eux.
— Qu’est-ce que vous voulez ?
— Nous sommes venus chercher la jeune demoiselle et mettre un peu d’ordre dans cette histoire.
— Tirez-vous d’ici. Vous ne savez pas à qui vous avez affaire.
— Moi si, justement. Mais je crois que ce n’est pas le cas de cette demoiselle. Et la moindre des choses, à mon sens, serait de lui expliquer. Alors nous allons tout reprendre depuis le début. Sa femme était une habituée des Urgences, commença-t-il en se tournant vers Géraldine. Il faut avouer qu’il a toujours eu la main un peu leste. Terrorisée, brisée par cet immonde individu, elle a finalement décidé de mettre fin à ses jours. Vous n’êtes en rien responsable de ce qui est arrivé. Vous vous êtes seulement trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment.
Géraldine n’arrivait pas à quitter des yeux l’homme aux cheveux châtain qui parlait d’une voix curieusement douce.
— Alors, pourquoi dans ce cas mettre sur pied un plan aussi machiavélique ? reprit-il en se tournant vers Christian. Parce que vous étiez furieux de voir votre « jouet » disparaître ? Parce que vous aviez besoin de trouver une nouvelle cible pour décharger votre haine ? Pas très reluisant tout ça… Mais guère surprenant lorsque l’on regarde qui vous êtes réellement. Un jeune malfrat dont la réputation n’est plus à faire. Un homme dont l’instabilité psychologique n’a d’égal que sa cruauté.
— Espèce de…
— Ça suffit. Il est temps que cette lamentable histoire prenne fin. Pour commencer, la demoiselle va se lever et rejoindre notre voiture qui l’attend sagement dehors, le temps que nous finissions cette discussion.
Géraldine les regarda l’un après l’autre, puis se leva et se mit à courir sans même prendre le temps de récupérer ses affaires. Elle s’arrêta à côté de la BMW rutilante garée dans le jardin, tremblant autant de froid que de frayeur. Elle sursauta en entendant plusieurs détonations rompre le silence. Peut-être ferais-je mieux de fuir cet endroit sans attendre, pensa-t-elle en observant les alentours avec inquiétude. Elle n’eut pas le temps de mettre son plan à exécution, et les deux inconnus sortirent de la maison pour la rejoindre.
— Tenez, dit l’homme au pardessus en lui tendant son manteau et son sac. Installez-vous, je vous en prie, ajouta-t-il en lui ouvrant galamment la portière arrière.
Géraldine se glissa sur la banquette sans piper mot, tandis que les deux hommes prenaient place à l’avant du véhicule. La voiture quitta la propriété pour s’engager sur la route. Une légère sonnerie se fit entendre et l’homme au pardessus sortit un téléphone de sa poche. Il fronça les sourcils en découvrant le message.
— Un problème, patron ? questionna le chauffeur.
— Non… Mais nous sommes attendus à l’agence.
Les deux hommes échangèrent quelques propos sans plus prêter attention à leur passagère. Géraldine sentit une foule de sentiments contradictoires l’envahir. Le soulagement d’avoir échappé à une mort certaine n’arrivait pas à effacer la douleur qu’elle avait ressentie en découvrant la trahison de celui qu’elle considérait comme son seul ami. Elle reporta son attention sur les deux hommes à qui elle devait la vie, sans se sentir rassurée pour autant. Le chauffeur, avec la balafre qui le défigurait, avait quelque chose de terrifiant. Quant au plus jeune, il dégageait un tel magnétisme qu’elle se sentait terriblement mal à l’aise. La douceur de sa voix et de ses gestes contrastait avec la volonté implacable qui émanait de toute sa personne.
— Désolé pour notre impolitesse et pour ces échanges en aparté, annonça-t-il en se tournant vers elle. Une affaire qui nous attend.
— Vous les avez tués ? demanda-t-elle d’une voix effrayée.
— Vos deux hôtes ? Mon Dieu, non ! Même s’ils l’ont franchement cherché. Disons que nous les avons plongés dans un sommeil sans rêves, qui laissera le temps à la police d’arriver jusqu’à eux et d’étudier le petit cadeau que nous avons laissé. Leur place est derrière les barreaux, vous en conviendrez et, je pense qu’ils vont en avoir pour de longues années.
Géraldine l’observa quelques instants d’un air dubitatif, s’attardant sur le sourire bienveillant qu’il affichait désormais. Elle finit par se convaincre qu’il disait la vérité. Elle préférait nettement cette version. Savoir qu’ils étaient capables de tuer de sang-froid, même si la sentence était amplement méritée, l’affolait quelque peu.
— Qui êtes-vous ? reprit-elle finalement.
— Un ami d’une amie.
— Comment êtes-vous arrivé jusqu’ici ?
— Ça n’a pas d’importance.
— Où allons-nous ?
— Quelqu’un vous attend. Quelqu’un qui prendra soin de vous.
Le véhicule s’immobilisa dans un quartier résidentiel de la banlieue parisienne. Géraldine avait renoncé à comprendre. Elle ne connaissait pas cet endroit. Pas plus que l’identité de cette mystérieuse personne qui l’attendait.
— Venez, glissa l’homme au pardessus en descendant de la voiture, pendant que le chauffeur allumait une cigarette.
Géraldine lui emboîta le pas silencieusement. Ils s’arrêtèrent devant un coquet pavillon aux volets couleur lavande. La porte d’entrée s’ouvrit sur le visage bienveillant d’une femme aux cheveux grisonnants.
— Monique ? demanda Géraldine sans en croire ses yeux.
— Géraldine, tout va bien ?
— Oui… Grâce à ce monsieur.
— Merci David, reprit chaleureusement cette dernière en se tournant vers l’homme au pardessus. Vous entrez quelques instants ?
— Non, désolé, je dois m’en aller, répondit-il avec un geste d’excuse. Tenez, ajouta-t-il en lui tendant une enveloppe. Tout y est.
— Vous remercierez Robin de ma part, n’est-ce pas ?
— Bien entendu, répondit l’homme avec un sourire énigmatique.
— Entre, dit la femme en entraînant Géraldine dans la maison. Tu as l’air frigorifiée ! Nous allons nous faire une bonne petite tasse de thé, je pense que cela te fera du bien.
Géraldine la suivit dans la cuisine, encore abasourdie par tous ces événements. Elle avait croisé Monique à plusieurs reprises au foyer, mais n’avait jamais réellement évoqué avec elle ses mésaventures. Monique faisait partie de l’équipe de bénévoles qui encadrait avec dévouement toutes ces âmes égarées. Sûrement pas le genre de personnes qu’elle aurait cru capable de fréquenter les deux inconnus qui l’avaient amenée jusqu’ici.
— Je ne comprends pas, Monique…
— Quand tu es arrivée au foyer, tu ressemblais à un petit oiseau effrayé, expliqua-t-elle en s’affairant. Au début, je ne me suis pas inquiétée. Ce n’était pas la première fois que je voyais des gens comme toi. Et puis, quand j’ai vu cet homme qui rôdait en permanence autour de nos locaux, j’ai éprouvé quelques doutes. Je me suis dit que tu avais peut-être raison d’avoir peur. J’en ai déduit que tu avais sûrement besoin d’aide. Visiblement, je ne me trompais pas.
— Qui sont ces deux hommes qui m’ont amenée jusqu’ici ?
— C’est un peu compliqué… Normalement, je n’en parle jamais. Cependant, tu as bien le droit à une petite explication. Il y a quelques années, des amis m’ont parlé d’un certain Robin… Il a fondé une sorte de communauté sur Internet. Ce sont des gens qui souhaiteraient simplement que le monde soit un peu meilleur. J’apprécie ce qu’il fait, et j’ai décidé de me joindre à eux. Même si je ne suis pas sûre de leur être très utile… Enfin, ce n’est pas grave. Parfois, Robin nous demande de menus services. Mais il est à notre écoute également. Je lui ai fait part de mes inquiétudes à ton sujet. Peu de temps après, il m’a envoyé David.
Elle s’empara de l’enveloppe qu’elle avait déposée sur la table et en sortit un certain nombre de documents.
— Ils se sont occupés de tout. L’homme qui te voulait du mal ne restera pas éternellement derrière les barreaux. Ils ont jugé plus prudent de te construire une nouvelle identité. Désormais, tu n’auras plus rien à craindre et tu as de quoi recommencer ta vie…
*
« Mince, je vais être en retard ! » constata Géraldine en regardant sa montre. Elle réajusta une mèche rebelle qui s’échappait de son chignon et attrapa son sac et son manteau. Les amis de Monique avaient tenu leur promesse. Géraldine n’existait plus. Mais grâce à eux, Cécilia allait pouvoir entamer une nouvelle vie. Ils avaient fait en sorte qu’elle puisse obtenir ce bel appartement. Restait plus qu’à trouver un emploi. Elle était certaine qu’elle allait assurer lors de cet entretien d’embauche. Elle voulait ce poste.
Elle sourit en songeant à ses mystérieux bienfaiteurs. Grâce à Monique, elle avait rejoint leur réseau sur Internet. Elle y avait trouvé une paix de l’esprit qu’elle n’aurait jamais imaginée. Comme si elle faisait maintenant partie d’une grande famille. Elle aussi allait pouvoir les aider à rendre ce monde un peu meilleur… Elle laissa son imagination rejoindre Robin, personnage énigmatique dont l’ombre bienveillante planait sur ce groupe. Personne ne connaissait sa véritable identité. Son seul rêve désormais consistait à le rencontrer un jour, en chair et en os. Pour mettre enfin un visage sur cet homme qui lui avait accordé une seconde chance.
FIN

« Si vous souhaitez découvrir l’histoire de Jérémy, Le Cercle Manteia vous attend…
A moins que vous ne préfériez savoir qui se cache derrière le mystérieux personnage de Robin ? Auquel cas, seule La Cinquième Clé pourra vous apporter la clé de cette énigme. »  Véronique Jeandé

6
Wahou ! Et bien voici un avis qui donne vraiment envie de découvrir ce roman :pouceenhaut: :bravo:
Merci beaucoup :bise: je m’empresse de le mettre dans ma Wish liste :oui: :petiller:
7
Avis : auteurs auto-édités / Ailleurs, c'est forcément mieux de Sacha Stellie
« Dernier message par IsabelleMS le mar. 24 avril 2018 à 19:28 »
Résumé

Je m’appelle Charles, j’ai trente-neuf ans.
Je suis ce que certains aiment à qualifier de cynique. Un personnage outrecuidant, ostentatoire, qui fait semblant de sourire au monde, surtout aux femmes, qui a la débauche facile et le travail exigeant. J’avance ainsi dans la vie, sans encombre, avec le désavantage de ceux qui ont une belle gueule, un charisme claquant et un humour acerbe. Je suis donc aux yeux de tous ce cynique mondain qui a réussi.
En réalité, je suis tout simplement un sale type.
Un sale type brinquebalant, qui ne profite jamais de rien à cause de cette pathologie nauséabonde qui consiste à penser qu’ailleurs, c’est forcément mieux.
Un mec qui ne vit pas parce qu’il attend quelque chose qui ne vient pas sans même savoir ce que c’est. Un sinistre individu qui écrase les gens de ses lourdes convictions, de cette détestable assurance, de son désir obsessionnel de rentabilité et de son manque viscéral de disponibilité. Un personnage égocentrique qui n’éprouve de réelle affection que pour la pierre tombale de sa mère. Un pauvre drille qui aime gagner et amasser de l’argent mais que tout l’or du monde ne parviendrait pas à rendre heureux.
Un sale con en somme, mais un con lucide. »

Ce roman est la percutante introspection d’un homme qui, comme tant d’autres, s’est perdu dans une existence mal choisie, un arrogant voyage dans les noirceurs des remises en question et une claquante révolution intérieure audacieuse et perçante.


Mon avis

C'est le premier roman de cette auteur que je lis et certainement pas le dernier ! J'ai été surprise, dans le sens émerveillée, par la plume riche et mélodieuse, accompagnant une histoire simple tour à tour cruelle, incisive, drôle, triste et suave: une histoire de vie avec tout ce qu'elle comporte en émotions. On suit donc les aléas de Charles, ses questionnements de quadra' aigri, ses doutes, ses colères et surtout ses remises en cause. On suit son évolution, c'est grinçant, lumineux, tendre... On rit, on pleure, on a envie de le secouer et enfin on l'aime ce Charles avec tout ses travers tellement humain, car la force de ce roman c'est en effet toute l'humanité qui s''en dégage. Alors plongez dans ce roman non pas pour l'action, mais pour les sentiments, vous ne serez pas déçu vous serez tout au contraire transporté.

https://www.amazon.fr/Ailleurs-forc%C3%A9ment-mieux-Sacha-Stellie-ebook/dp/B079Q5K6FT/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1524590021&sr=8-1&keywords=Ailleurs%2C+c%27est+forc%C3%A9ment+mieux&dpID=51d27cV6TVL&preST=_SY445_QL70_&dpSrc=srch
8
Wahou super avis :pouceenhaut: merci beaucoup :bise:
Il était dans ma wish list depuis un moment déjà  :petiller: mais là, il me donne encore plus envie de le découvrir :oui: :clindoeil:

wish list  :interrogation:

Oublié de répondre :rougir:
La Wish list est dans le monde du livre, l’anglicisme pour liste d’attente :fuifui: où les livres ardemment désirés sons pré sélectionnés en vue d’un futur achat 😍 :petiller: :pouceenhaut:
9
Mise en avant des Auto-édités / Re : Elsa de Laura D
« Dernier message par Apogon le dim. 15 avril 2018 à 22:31 »
Réponse de Morphée

Laura D sait par sa jolie plume  et ses dialogues réalistes nous émouvoir, surprendre et captiver ! Oui ! tout ça à la fois !  Je l'avais déjà  remarqué en lisant Le réparateur de cœurs brisés que j'avais adoré !
Et ça se vérifie avec celui ci aussi !  J'ai tellement aimé les personnages attachants ,Elsa et son amie Jess, Tristan le nouveau voisin mais aussi les garçons surfeurs et bien sur l'intrigue que j'enchaîne avec la suite le tome 2.
Merci encore à Libres écritures et à l'auteur pour m'avoir offert ces 2 romans grâce au concours sur twitter ! j'en suis ravie :yahooo: !
10
Mise en avant des Auto-édités / Elsa de Laura D
« Dernier message par Apogon le jeu. 12 avril 2018 à 16:40 »
Elsa, les anges ne font pas de bruit quand ils tombent de Laura D

Jour de pluie

   Assise sur la plage de Socoa, Elsa contemple les vagues qui se fracassent sur le sable. Ses cheveux fouettés par un vent d’Est froid et brutal s’emmêlent autour des fils de son casque. Depuis quelques semaines, elle écoute des vieux titres de Radiohead, Red Hot ou Nirvana, comme une régression émotionnelle qui la replonge dans une époque réconfortante, mais il y en a un qui la touche plus que les autres, c’est Creep.
   Mais l’Atlantique seul ne suffit plus à l’apaiser alors elle a trouvé d’autres façons d’étouffer ses douleurs. Les traitements qui anesthésient, elle s’y connaît, elle en a pris des tonnes après sa greffe, et elle sait exactement comment les doser pour que tout s’engourdisse à l’intérieur sans que cela se voit à l’extérieur. Quentin a bien remarqué que les boîtes de médicaments se vidaient, mais il ne lui a rien demandé à ce sujet. Lui c’est dans l’indifférence qu’il a choisi de s’anesthésier, quitte à oublier tous ceux qui font partie de son monde.
   Elsa frissonne. Il fait froid aujourd’hui, mais ce n’est rien comparé au vent glacial qui souffle à l’intérieur d’elle. Elle reste pourtant encore, le visage exposé à l’écume qui, portée par des rafales de plus en plus fortes, vient exploser en infimes gouttelettes sur ses joues pâles. Elle a gardé sa silhouette de jeune femme sportive, élancée et musclée, et si elle a raccourci sa chevelure bouclée, ses cascades blondes tombent toujours sur ses épaules. Deux hommes, la petite trentaine, s’approchent d’elle. Il faut dire qu’Elsa, ainsi calée sur les larges rochers qui s’étalent sur la plage comme des galets géants, est une aquarelle pleine de promesses. C’est lorsqu’ils arrivent à sa hauteur et croisent son regard qu’ils rebroussent chemin, silencieux, probablement surpris d’avoir trouvé en un seul lieu, si infime, si intime que deux iris bleus griffés d’or, toute la tristesse du monde. Elsa ne fait même pas attention à eux. C’est déjà difficile de se concentrer sur sa propre existence.
   Son portable vibre dans sa poche.
De Julian : Tu rentres quand ?
De 06 45 85 25 95 : J’arrive.

***
   
   Une odeur de brûlé l’accueille dès le jardin. Elsa s’engouffre dans la cuisine, un peu inquiète.
   – Salut M’man ! Ce soir c’est moi qui cuisine !
   Julian, dix-neuf ans, lui montre fièrement des carrés d’un brun très foncé d’où s’échappe du fromage liquide. A priori des croque-monsieurs, mais ce n’est pas si évident.
   – Ça a l’air bon, répond Elsa, mais le ton n’est pas très convaincant et Julian fait la moue.
   Ses cheveux blonds ébouriffés, ses yeux rieurs planqués derrière des lunettes, ses t-shirts jamais repassés, sa voix, tout en lui est une copie conforme de son père, à part la barbe. Elsa aime passer sa main dans ses cheveux pour les décoiffer un peu plus, surtout parce qu’elle sait qu’il va râler en affirmant qu’il a mis des heures à se faire cette sculpture capillaire savamment étudiée qui consiste à faire croire qu’on ne s’est pas coiffé.
   Un coup d’œil circulaire indique à Elsa que d’autres tentatives, avant les carrés de pain de mie dégoulinants, se sont soldés par un échec cuisant.
   – Tu n’oublieras pas de nettoyer tout ça…soupire-t-elle.
   – Le chef ne fait pas le ménage, il crée. Le nettoyage, c’est pour les commis. Ou les filles. Nina le fera, rétorque-t-il, attendant déjà la réplique sismique de sa sœur avec un sourire.
   Ce qui ne tarde pas.
   – Mamannnn ! Tu vas le laisser dire ça ? Je n’en peux plus de ses remarques sexistes ! C’est puéril et injustifié !
   – Du calme, Miss Femen, se moque son frère, apprends l’humour et on en reparlera.
   – Ça n’a rien de drôle de propager une image de la femme dégradante et réductrice.
   – N’empêche, insiste son frère, une femme qui se tait ne risque pas de se faire exclure de cours, elle.
   – Tu t’es faite exclure d’un cours ? intervient Elsa.
   – Je ne vois pas le rapport ! Mêle-toi de ce qui te regarde ! vocifère la jeune fille à son frère, hilare.
   – Nina Jessica Decostayre ! Pourquoi tu t’es fait exclure de cours ? insiste Elsa.
   La jeune fille fronce son nez, furieuse après Julian qui continue à massacrer le pain de mie avec entrain.
   – Mais Maman, c’est pas de ma faute !
   – Bien sûr, Nina, c’est toujours de la faute des autres ! Alors explique-moi ce que les autres ont fait. 
   – C’est le prof de maths, Monsieur Daguerre. Il a humilié une fille de ma classe, devant tout le monde !
   – En lui rappelant qu’il n’était pas utile de compter sur ses doigts pour calculer 1 +1 ? raille Julian.
   – Maman ! Fais-le taire !
   Elsa, fatiguée mais amusée, fait signe à son fils de cesser ses moqueries. Il ressemble tellement à son père quand il a ce sourire en coin et les yeux qui pétillent.
   – Un membre du corps enseignant devrait mettre en valeur les compétences de chacun, pas se moquer de ses lacunes, affirme Nina.
   – M’man, dis-lui qu’elle fait peur quand elle parle comme ça.
   – Ça suffit Julian, laisse finir ta sœur, soupire Elsa.
   Nina, satisfaite, adresse une grimace à son frère.
   – Donc, tu as dit ça à ton prof ?
   – En quelques sortes, répond Nina après deux secondes d’hésitation.
   – En quelques sortes n’est pas une réponse rassurante, Nina. Qu’est-ce que tu lui as dit exactement, à ton prof ?
   – Euh…que c’était un pauvre type, répond Nina d’une toute petite voix.
   – Quoi ?
   – Elle a raison, les interrompt une voix dans le couloir.
   Quentin surgit dans la cuisine. Nina se pend aussitôt à son cou et l’embrasse bruyamment sur la joue, heureuse de voir un allié débarquer au bon moment.
   – Merci pour cet avis hautement éclairé, grogne Elsa sans le regarder.
   Quentin embrasse son fils, lorgne sur les croque-monsieurs avec le sourcil levé, regarde Julian avec un sourire entendu qui admet qu’ils n’aient pas reçu, ni l’un ni l’autre, de don particulier pour la cuisine.
   – Si ma fille dit que c’est un pauvre type, c’est que ça doit être vrai, rétorque Quentin avec un clin d’œil à Nina.
   – Et ça l’autorise à s’adresser à un prof de cette manière, tu crois ?
   Quentin hausse les épaules, et cela exaspère encore plus Elsa qui préfère tourner les talons et s’enfuir dans le jardin plutôt que de provoquer une énième dispute avec lui. Sa désinvolture prendrait le dessus, de toute façon.
   Elle se cale contre le mur, de façon à ce qu’on ne puisse pas la voir. Inutile de montrer à Quentin qu’il a encore touché sa cible. Elle sent en elle une vague silencieuse arpenter ses veines, se charger de rancœur, de tristesse et de colère. La seule façon dont Quentin la touche aujourd’hui, c’est en lui griffant le cœur. 
   – Maman ? Tu viens manger ? lui demande une petite voix hésitante.
   Nina, elle, est une copie conforme d’Elsa. Déjà grande pour son âge, mince, de longs cheveux bouclés, tout juste un peu plus foncés que ceux de sa mère, de minuscules tâches de rousseur sur les joues et le nez et de grands yeux dans lesquels elle dissimule difficilement ses émotions. Mais la ressemblance s’arrête là, car si le physique est le même, l’attitude est totalement différente : Nina est aussi volubile qu’Elsa était discrète au même âge. Petite boule de nerfs toujours prête à exploser, Nina est une féministe affirmée et aurait déjà intégré le rang des Femen si sa mère ne lui avait pas fait remarquer que la pudeur de ses quinze ans ne résisterait pas au costume de super-héroïne que les militantes arboraient lors de leurs manifestations, autrement dit, leurs jolies poitrines dénudées. Elle adhère aussi à la cause animale, et n’hésite jamais à faire part de sa colère auprès de ses voisins, éleveurs de canards destinés à produire du foie gras, tandis qu’Elsa s’en gave dès qu’elle déjeune au resto avec ses collègues.
   Elle est jolie, Nina. Très jolie, même, et avec son visage d’enfant bordé de sa chevelure lumineuse, elle doit attirer des kyrielles de petits cons, au lycée.
   – J’arrive, ma puce.
   Autour de la table familiale il y a son fils et sa fille, qu’elle chérit comme un trésor, et auprès d’eux elle se sent vivante ; ils lui insufflent ces petites particules de vie qui coulent dans ses veines et maintiennent son cœur au chaud.
   Et puis il y a celui qu’elle a aimé, bien plus qu’elle ne se serait crue capable, celui qui a permis son réveil, son éveil, son évolution, celui à qui elle doit ce bonheur d’être mère, celui qu’elle a tant aimé, jour et nuit, surtout la nuit, et qu’elle a choisi comme compagnon de vie. Il n’a pas tellement changé, en fait, avec ses cheveux décoiffés et ses lunettes rondes. Il a juste perdu son sourire, lui aussi ; il était pourtant si beau, avec son sourire si large qu’il plissait ses yeux dans une onde malicieuse.
   Elsa le regarde, exagérément, avec insistance, comme si c’était la première fois. Sauf qu’aujourd’hui, elle le déteste, autant qu’elle l’a aimé.

***
      
   – Pourquoi tu as dit à ta fille qu’elle avait eu raison d’être insolente avec son prof ?
   – Pourquoi tu m’agresses ?
   – Je ne t’agresse pas.
   – Je n’ai pas dit à Nina qu’elle avait eu raison d’être insolente, j’ai dit qu’elle avait eu raison de dire que son prof était un pauvre type.
   – Pardonne-moi si je ne saisis pas bien la nuance en terme d’éducation.
   Quentin soupire et jette son pull sur le lit, énervé, ébouriffant un peu plus ses cheveux. Une mèche rebelle se dresse au-dessus de sa tête, et Elsa aurait trouvé ça drôle si elle n’avait pas été si en colère.
   – Tu pourrais arrêter d’être tout le temps en colère et de te passer les nerfs sur moi ? rétorque Quentin.
   – Le jour où je serai vraiment en colère, tu le sauras.
   – T’as raison. Là je vois du mépris dans tes yeux. C’est pire.
   Elsa le fixe, la mâchoire aussi serrée que le cœur et les poings. Ses hurlements resteront silencieux ce soir encore, au fond d’elle, comme des monstres qui frappent à la porte. Elle préfère les enfermer plutôt que de les laisser ravager ce qu’il subsiste encore, même si c’est infime. Certains soirs sont plus sereins ; ils ne se parlent pas mais au moins ne se disputent pas.
   Elle fait des efforts incommensurables pour ne pas pleurer, mais elle sent déjà ses yeux se remplir d’une chaleur significative alors elle se réfugie dans la salle de bain où elle espère que la vapeur se mêlera à ses larmes et la plongera dans le flou d’une vie recouverte de buée.
    Quentin s’assure que Nina et Julian sont dans leur chambre avant de descendre, son oreiller sous le bras. 
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